Les portes de l’UE s’ouvrent de plus en plus aux riches

Le salon de l’émigration internationale et de l’immobilier de luxe, à Cannes, est l'endroit idéal où se trouver une nouvelle nationalité. [MarinaDa/Shutterstock]

Alors que des millions de réfugiés peinent à s’établir sur une terre d’accueil, les plus riches trouvent sans problème asile en Europe contre un investissement ou un don. Explications d’une industrie qui brasse des milliards.

Le principe des Golden visas est né il y a une trentaine d’années dans l’État insulaire de Saint-Christophe-et-Niévès, dans les Caraïbes. Pour un don d’environ 200 000 euros à une fondation, on y reçoit un passeport ouvrant les portes de 125 pays, notamment ceux de l’Union européenne.

Des règles similaires existent dans de nombreux pays, notamment la Grèce, Chypre, Malte, le Portugal, ou encore l’Autriche, comme le souligne une série d’enquêtes de l’OCCRP (Projet d’investigation sur la corruption et le crime organisé) et de l’ONG Transparency International.

Pour se procurer une nouvelle nationalité, ou un nouveau pays de résidence, il suffit de faire appel aux spécialistes, et de mettre la main au portefeuille. Conseils juridique, immobilier de luxe, agences d’investissement spécialisée, c’est toute une industrie qui s’est en effet développée autour des besoins d’une clientèle riche et discrète, souvent russe.

Certains observateurs craignent un effet pervers de cette politique, qui fournit à des personnalités riches et potentiellement liées à des réseaux troubles un accès sans limite à l’UE, quels que soient leurs antécédents. Sans compter ce qu’elles pourraient amener de corruption, blanchiment et autres pratiques illégales, s’inquiètent l’OCCRP.

Lors d’un salon de l’« émigration internationale et [de l’]immobilier de luxe », à Cannes, une reporter de l’OCCRP a ainsi rencontré les professionnels qui aiguillent ces immigrés potentiels, en fonction de leurs profils.

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Deux poids deux mesures

Selon eux, c’est en Grèce qu’il est le plus facile d’obtenir un permis de résidence. Légalement, il suffit en effet d’acheter l’équivalent de 250 000 euros en propriété sur le territoire grec pour pouvoir s’y établir, sans conditions. De quoi faire rêver les milliers de migrants arrivés par la mer, puis parqués dans des camps surpeuplés en attendant d’être pris en charge ou redirigés vers d’autres pays européens.

L’enquête de l’OCCRP souligne ainsi que si une personne a des liens avec des personnalités douteuses, certaines sphères politiques ou des antécédents criminels et qu’elle cherche une nouvelle nationalité, elle peut se diriger vers Chypre. Et au besoin, faire la demande au nom de son partenaire, même si le regroupement familial n’y est pas disponible pour les migrants moins fortunés, qui arrivent par bateaux des côtes libyennes.

Dans l’UE, seules Malte et Chypre offrent la citoyenneté en échange d’un investissement. Si Malte est réputée plus dure en termes de transparence des fonds ou de réputation des demandeurs que Chypre, son programme de « visas dorés » a attiré pas moins de 1 100 investisseurs depuis son introduction en 2014.

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Il faut toutefois pouvoir se le payer : 650 000 euros pour le demandeur principale, plus 25 000 pour un époux ou un enfant de moins de 18 ans, et 50 000 pour un enfant entre 18 et 26 ans ou un parent de plus de 55 ans. Cet argent revient en majorité au Fonds social de développement national et aux fonds consolidé du gouvernement. Une partie plus réduite atterrit dans les coffres de l’agence chargée des documents d’identité et d’une banque privée, Henley & Partners.

Or cette dernière détient également une agence immobilière où les personnes en cours de naturalisation peuvent procéder à l’acquisition ou à la location d’une demeure à Malte, qui doit nécessairement dépasser un certain prix.

Les heureux « migrants » n’ont plus qu’à investir 150 000 euros d’obligations gouvernementales, et le tour est joué. Bilan pour un couple avec deux enfants : 1 250 00 euros.

Les 850 millions d’euros ainsi récoltés à ce jour ont contribué au redressement économique du pays, selon le Fonds monétaire international. Certains observateurs s’inquiètent toutefois de l’établissement sur l’île de personnalités aux pratiques douteuses, ayant des liens avec le Kremlin ou certaines mafias.

La Commission européenne se félicite de la reprise « miracle » de l’économie maltaise, mais ne fait rien pour pousser le pays à plus de solidarité, dénonçait en juillet la députée italienne Laura Ravetto (Forza Italia).

Celle-ci critique le refus de Malte de laisser débarquer des migrants sauvés en mer. L’île est pourtant plus proche des côtes libyenne et certaines organisations de sauvetage l’utilisent comme base navale.

Cette situation pourrait cependant bien changer. Dans le cadre de l’opération Triton, l’agence Fontex débarquait les migrants dans des ports italiens. Cette mission est à présent remplacée par Themis, qui prévoit le débarquement dans le pays d’où la mission de sauvetage est coordonnée. Avec des conséquences potentiellement difficile, puisque Malte ne dispose plus des infrastructures d’accueil nécessaires, selon les ONG présentes.

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