Les procédures d’asile en dehors de l’UE démarrent timidement

Une petite partie des réfugiés de Centrafrique au Tchad pourront être réinstallés en France. [Cécile Barbière]

Déplacer la procédure d’asile hors du territoire européen pourrait aider à résoudre le drame Méditerranéen selon les dirigeants européens. Une procédure lente et compliquée : sur les 900 réfugiés que la France a prévu d’accueillir en provenance du Tchad, seuls 175 sont en France.

L’externalisation de la procédure d’asile a été au cœur du dernier sommet européen qui s’est tenu à Bruxelles le 29 juin. Les chefs d’État et de gouvernement se sont accordés sur la création de plateformes de débarquement de migrants hors d’Europe, et de centres contrôlés de migrants ; dans les deux cas, les pays européens peuvent s’ils le souhaitent envoyer des représentants pour que les procédures d’asile s’y déroulent.

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Droit d’asile hors des frontières

La décision du Conseil européen s’annonce difficile à mettre en œuvre : aucun pays tiers  n’a manifesté de volonté d’accueillir de tels centres, et en Europe seuls l’Espagne et la Grèce sont candidats.  Certains pays cités comme de potentiels alliés, comme le Maroc, ont déjà rejeté le concept .

L’examen des demandes d’asile hors UE existe déjà sous la forme du mécanisme de réinstallation, notamment défendu par le président français. En juillet 2017, le président fraîchement élu avait annoncé l’intention de Paris de traiter une partie des demandes d’asiles dans l’État tiers le plus sûr, proche des États d’origine .

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Accord de réinstallation pour 10.000 réfugiés

La réinstallation de réfugiés depuis les pays de transit existe de longue date. Mais elle a principalement été utilisée par  le Canada ou les États-Unis, moins accessibles par voie de terre ou de mer depuis les continents africain ou asiatique, ou du Moyen-Orient, d’où proviennent la majorité des réfugiés.

Paris s’est engagée d’ici 2019, à mettre en œuvre un programme de réinstallation de  3 000 personnes en provenance du Niger et du Tchad pour les réfugiés de différentes nationalités, et de 7 000 depuis la Turquie, la Jordanie et le Liban pour les réfugiés syriens.

Ce corridor humanitaire a démarré au Tchad, où plusieurs missions de l’Office français pour les réfugiés et apatrides se sont déroulées. 175 réfugiés ont déjà rejoint le territoire français sur les 900 sur lesquels la France s’est engagée pour 2018.

Dans ce pays sahélien qui héberge près de 500 000 réfugiés en provenance de ses voisins comme la Centrafrique ou le Soudan, le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) identifie pour le compte de l’Ofpra des personnes éligibles à l’asile dans les camps de réfugiés, en s’appuyant sur différents critères.

« Les critères de sélection de personnes candidates à la réinstallation sont basés en premier lieu sur la vulnérabilité, puis sur la capacité d’intégration sociale économique », explique Edward O’Dwyer, le représentant adjoint du HCR au Tchad.

Les personnes éligibles – et volontaires – sont identifiés par le HCR dans les camps de réfugiés, avant d’être envoyés à N’Djamena, la capitale du pays, pour être auditionnés par des agents de l’Ofpra.

L’ensemble des personnes identifiées par le HCR bénéficient déjà de la protection au Tchad : ils ont été enregistrés comme réfugiés par une procédure conjointe des Nations Unies et du gouvernement tchadien.

Les entretiens se déroulent dans les locaux du HCR, et sont ensuite renvoyés dans le camp de réfugié, au sud et à l’est du pays, le temps que la procédure d’asile en France suive son cours (entre deux et trois mois ).

Une fois l’asile octroyé par l’Ofpra  – ce qui est le cas dans la grande majorité des cas – les réfugiés sont évacués en France.

« Nous sommes très favorables à la politique de réinstallation du président Macron. C’est une contribution importante pour les réfugiés les plus vulnérables, comme les femmes seules ou les personnes malades.  Cependant, la réinstallation ne concerne qu’une partie très réduite des réfugiés » rappelle-t-il.

La politique de réinstallation des personnes réfugiées au Tchad n’est pas l’apanage de la France. La Suède a également mis en place à un programme de réinstallation en partenariat avec le HCR, mais plus réduit puisqu’il ne concerne que 100 personnes pour l’année 2018.

D’autres pays européens (la Norvège, la Finlande et les Pays-Bas) ont également une politique de réinstallation pour les réfugiés au Tchad, mais qui ne concerne que certains cas urgents, soit quelques personnes par an.

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