L’évacuation des migrants en Libye fait consensus, pas la facture

Alpha Conde et Donald Tusk au sommet UE-Afrique EPA-EFE/LEGNAN KOULA EPA-EFE/LEGNAN KOULA

Les pays africains et européens ont adopté une déclaration conjointe spéciale sur la Libye et affirmé vouloir rapatrier les migrants bloqués dans leurs pays d’origine. Mais la question de l’addition a soigneusement été évitée.

Correctif du 2 décembre. Dans l’article initial, il a été indiqué par erreur que la Haute représentante  Federica Mogherini avait réalisé une visite dans un camp de détention de migrant en Libye. Cette visite a en fait  été effectuée par le commissaire de l’Union africaine aux affaires sociales Amira El Fadil.

C’est peut-être la seule action concrète prise lors du Sommet UE-Afrique, qui s’est clôturé le 30 novembre à Abidjan. Quelque 3 800 migrants africains bloqués en Libye dans des conditions inhumaines seront être rapatriés d’urgence dans leur pays d’origine.

Ces migrants détenus à Tripoli ont reçu récemment la visite de la Commissaire de l’Union africaine aux affaires sociales Amira El Fadil, qui a pu constater en personne les conditions catastrophiques de détentions.

Pour ces quelques milliers de personnes, le retour devrait être assuré grâce à des avions mis à disposition par les  autorités marocaines et européennes. « Mais il ne s’agit que d’un seul camp de détention, alors que le gouvernement libyen en a dénombré 42, et qu’il y en a peut-être plus », a rappelé le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat. Le nombre de migrants africains bloqués en Libye se situerait entre 400 000 et 700 000 personnes, selon le président.

Cette annonce a conclu un sommet rivé sur la question de la situation des migrants africains en Libye, malgré un agenda annoncé sur les thématiques de la jeunesse, de l’investissement, de la bonne gouvernance, de la migration ou encore de la sécurité.

Les chefs d’États et de gouvernement des deux continents ont d’ailleurs multiplié les réunions parallèles sur la crise libyenne, à l’image de celle réunie par le président français, Emmanuel Macron.

Une force de renseignement UE-Afrique contre la traite des migrants

Lors d’une réunion d’urgence sur la situation des migrants en Libye, 9 pays africains et européens ont décidé de lancer une force de renseignement commune pour démanteler les réseaux de trafiquants.

À l’issue des deux jours de sommet, une déclaration conjointe sur la situation des migrants en Libye, appelant notamment «  à prendre toutes les actions nécessaires pour offrir [aux réfugiés] l’assistance nécessaire et de faciliter leur retour volontaire vers leur pays d’origin. » a été adopté en sus de la déclaration générale.

Les désaccords ont pointé leur nez autour de la mention de retours « volontaires et forcés des migrants », mais la formulation finale du texte ne mentionne que l’option du retour volontaire. « Nous avons eu quelques divergences notamment sur les questions de migration », a reconnu le président de l’Union africaine, Alpha Condé lors de la conférence de presse de clôture.

Dans la pratique, la distinction entre retours volontaires et forcés est parfois floue. Dans le dernier rapatriement opéré par la Côte d’Ivoire et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plusieurs Ivoiriens interrogés par Euractiv ont affirmé avoir été contraints de rentrer dans leur pays d’origine. « Franchement, on n’a pas eu le choix du retour » a affirmé Sylvain Djeby, rapatrié à Abidjan depuis Tripoli avec plus de 500 Ivoiriens. Pour la majorité, le retour au pays semble toutefois un soulagement tant les conditions de vie en Libye sont éprouvantes.

La facture du retour                                                                                

L’évacuation des migrants bloqués en Libye devrait commencer avec le camp visité par Amira El Fadil. Mais pour les centaines de milliers restant, la question du coût du rapatriement va rapidement se poser.

Sommet EU-Afrique: plein feu sur la jeunesse, la sécurité et l’investissement

Les dirigeants de l’UE et de l’Union africaine se réunissent à Abidjan, en Côte d’Ivoire, pour le cinquième sommet UE-Afrique, les 29 et 30 novembre. Officiellement, cette rencontre devrait se concentrer sur la jeunesse, mais les discussions devraient en réalité être dominées par la sécurité, l’immigration, l’investissement et le commerce.

Et pour l’heure, ni les Européen ni les Africains n’ont réellement ouvert le sujet pécuniaire que cette vaste opération pourrait engendrer, tant sur le plan du rapatriement que de l’aide à la réinstallation. « Les conditions de financement n’ont pas été discutées, et elles risquent d’être longues » reconnait une source de l’Union européenne. « Qui va réellement financer ce type de retour ? Les États africains sont-ils prêts à  mettre la main à la poche ? ».

De son côté, le président français Emmanuel Macron a également insisté sur la nécessité d’un plan d’évacuation des migrants bloqués en Libye, tout évoquant un financement de l’UE «  de ce qui pourrait l’être ».

Pour l’heure, un des outils financiers permettant à l’UE de soutenir le rapatriement volontaire de migrants ainsi que leur réinsertion est le fonds fiduciaire, mais il souffre d’un déficit de financement de la part des États membres.

Et côté Africain, aucune annonce concrète de financement n’a été faite. La mise en place d’un instrument de suivi des engagements pris dans lors du sommet, une première pourra peut-être permettre aux parties prenantes d’y voir plus clair, mais dans le futur.

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