Les eurodéputés dénoncent l’impasse sur la réforme de Dublin

Des migrants d'Afghanistan et du Pakistan protestent contre les déportations dans le camp de réfugiés de Moria, sur l'île de Lesbos, en Grèce. [EPA/ORESTIS PANAGIOTOU]

Le blocage entre les pays européens sur la réforme du système de Dublin est une situation « honteuse », mais qui  risque de perdurer, pour certains eurodéputés.

La réforme du système de Dublin n’aura pas lieu. C’est en tout cas ce que craignent certains eurodéputés, qui ont dénoncé le 30 mai la situation de blocage entre les capitales européennes,. Ces dernières doivent s’atteler à redéfinir un système de gestion es réfugiés européen à bout de souffle.

Pour Elly Schlein, eurodéputée italienne et négociatrice pour le groupe S&D au Parlement européen sur le dossier de Dublin – les règles européennes en matière de migration et d’asile – cette impasse est « une honte ».

« [Les membres du Conseil] ont la proposition de la Commission européenne depuis deux ans. Mais au lieu de trouver un accord, ils ne se concentrent que sur les frontières extérieures », en concluant des accords avec la Libye ou la Turquie, estime-t-elle avant d’ajouter : « Il n’y a pas de leadership, pas de compréhension du fait que les défis communs nécessitent des solutions commune. »

Face à la crise migratoire, l’Europe collabore toujours plus avec les pays autoritaires

L’UE consacre de plus en plus de fonds à l’externalisation de ses frontières. Une politique qui a pour conséquence la subvention de certains gouvernements autoritaires, à l’image du Soudan.

 

Alors que les ministres restent divisés, les eurodéputés d’une majorité du spectre politique ont soutenu une révision du règlement de Dublin en novembre dernier et attendent maintenant que les gouvernements les rejoignent à la table des négociations.

Elly Schlein qualifie le vote du Parlement de « repère historique » et ne s’attendait pas à voir autant d’ambition « sur un sujet qui divise autant ».

Règle du pays d’entrée

« C’est la première fois que le Parlement européen trouve un compromis sur le premier pays d’entrée et sur le partage automatique du fardeau » et adopte une approche « véritablement européenne » sur la migration, explique-t-elle.

Elly Schlein, la rapporteure suédoise Cecilia Wikström et les autres négociateurs du Parlement organiseront une conférence de presse dans les prochains jours pour appeler les États membres à trouver une position commune  et s’accorder sur le début des négociations.

Dimitris Avramopoulos, le commissaire européen à l’immigration,  se chargera d’encourager les dirigeants européens à trouver une position commune sur la révision du système de Dublin lors du sommet à Bruxelles des 28 et 29 juin.

L’UE espère toujours un accord sur les réfugiés en juin

Bruxelles espère toujours convaincre la Hongrie et la Pologne de signer un hypothétique accord sur l’immigration et la répartition des réfugiés.

Pas d’obligation

Elly Schlein reconnaît toutefois que les eurodéputés ne peuvent pas faire davantage si les gouvernements continuent de repousser les échéances. Les négociations sont bloquées depuis octobre. « Nous continuerons de faire pression sur les gouvernements et de dire aux citoyens que le Parlement européen a accompli sa part du travail. Nous sommes prêts à nous asseoir et à négocier. »

À moins d’un an des élections européennes en mai 2019, le Parlement européen est plus que prêt pour les négociations. « Nous insistons sur une approche d’ensemble. On ne peut pas avoir des discussions sur EURODAC si on ne commence pas à négocier sur Dublin », plaide-t-elle.

Selon elle, l’UE doit être dotée d’un système permanent de redistribution des demandeurs d’asile, une disposition qui fait partie du mandat du Parlement.

Le groupe de Visegrád constitué de pays d’Europe centrale, comme la Hongrie et la Pologne, qui ont toujours refusé de prendre part au mécanisme de quotas de relocalisation des réfugiés, est perçu comme le plus grand obstacle. Pour l’eurodéputée, ces pays ne sont pourtant pas les seuls responsables de l’impasse.

« C’est facile de rejeter la faute sur les pays de Visegrád parce que ce sont ceux qui expriment le plus fort leur refus de partager le fardeau. Mais de nombreux autres pays ne veulent pas changer les choses. »

Son indignation est aussi orientée vers l’Allemagne. « Il y a plusieurs années, l’Allemagne voulait une réforme ambitieuse de Dublin, mais je pense que Berlin a oublié tout ça le jour où elle a conclu l’accord avec la Turquie. »

« Qu’Emmanuel Macron s’adresse au Parlement était une bonne chose, mais je veux vois cet européanisme au Conseil. Et pour l’instant, la France n’a pas adopté une position forte au Conseil. »

Le CESE dénonce sévèrement le système de Dublin sur les migrants

Dans un avis très critique, le Conseil Economique, Social et Environnemental dénonce les entraves au droit d’asile induites par le système de Dublin. Et appelle la France et l’UE à une réforme en profondeur.

Insatisfait

La dernière proposition mise en avant par la présidence bulgare est essentiellement volontaire. Elle permet aux pays réticents de sélectionner les réfugiés qu’ils veulent accueillir ou de payer d’autres pays pour accueillir à leur place toutes les personnes qu’ils refusent d’accueillir – à hauteur de 30 000 euros par réfugié.

Pour Elly Schlein, cette proposition, qui ne s’appliquerait qu’en cas de situation urgente, est impossible à mettre en place. « Ce que je crois, c’est que le Conseil veut avoir le dernier mot en écartant le Parlement et la Commission sur ces questions-là. »

La proposition n’a pas satisfait non plus le groupe de cinq pays méditerranéens – Italie, Espagne, Grèce, Chypre et Malte – qui sont les principaux points d’entrée des migrants venus d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Ils regrettent que la nouvelle proposition impose encore une charge excessivement lourde sur les pays récepteurs.

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Le nombre de réfugiés traversant les frontières terrestres de la Grèce est reparti à la hausse. Une situation exacerbée par les tensions politiques avec la Turquie.

La position du Parlement est beaucoup plus sévère, selon elle. Elle contient un partage automatique de la charge des réfugiés et permettrait à la Commission de retenir les fonds structurels des pays refusant d’accueillir leur part des réfugiés.

La récente chute dans le nombre d’arrivées de migrants sur les côtes européennes risque par ailleurs de renforcer la volonté des gouvernements de reporter les négociations.

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) environ 19 000 personnes sont arrivées en Europe durant les quatre premiers mois de cette année, contre 44 600 en 2017.

« Il est indéniable que l’afflux a diminué, mais les chiffres ont chuté pour les mauvaises raisons », estime Elly Schlein. « La situation en Italie est encore critique. Le système d’accueil en Italie et en Grèce subit une énorme pression depuis quelques années. »

L’UE a été forcée d’abandonner les quotas de réfugiés à l’automne dernier alors que les États membres n’avaient relocalisé que 28 000 migrants, soit bien en-deçà de l’objectif initial de 160 000 personnes établi par la Commission.

L’eurodéputée rejette l’idée selon laquelle ce niveau de relocalisation ne peut pas être atteint. « Nous avons eu 1,3 million d’arrivées en 2016 [au plus haut de la crise] mais cela ne représente que 0,25 % de la population européenne », fait-elle remarquer.

« Ce n’est pas un problème de moyens ni de population, mais de manque de volonté politique. Le Canada a réinstallé plus de 44 000 personnes, soit plus de personnes que tous les pays de l’UE réunis. »

Malgré l’impasse, Elly Schlein insiste sur le fait qu’il n’est pas trop tard pour trouver un accord. « J’ai encore de l’espoir. À un moment donné, j’espère que les gouvernements réaliseront que les citoyens attendent que nous agissions. »

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La réforme du système de Dublin, qui détermine quel État est responsable de la demande d’asile des réfugiés, va s’avérer complexe, selon Péter Niedermüller. Une interview d’Euractiv Allemagne.

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