Les eurodéputés dénoncent l’échec de l’accord sur la migration

Les eurodéputés de tout le spectre politique au Parlement européen ont critiqué d’une même voix les conclusions du sommet européen de la semaine dernière sur la migration.

Lors de la séance plénière mensuelle à Strasbourg, les eurodéputés s’en sont pris tour à tour au président du Conseil européen Donald Tusk et à son institution pour n’avoir pas été capables d’atteindre un accord ambitieux sur la gestion des flux migratoires et de l’asile.

Un autre point de frustration parmi les députés a été le peu de progrès réalisés dans la réforme de la zone euro et le fait que dix ans après la crise financière, les dirigeants de l’UE n’ont pas été en mesure d’installer des mécanismes qui pourraient empêcher une dépression économique à l’avenir.

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Ils avaient promis de faire bouger les réformes de la zone euro en juin, pourtant les dirigeants de l’UE ont reporté jusqu’en décembre un accord à ce sujet.

Centres contrôlés

Le Conseil s’est mis d’accord sur la mise en place de « centres contrôlés » sur le territoire de l’UE pour traiter les demandes d’asile et différencier entre les véritables réfugiés et les migrants économiques, et sur l’envoi des migrants sauvés lors des opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée dans des « plateformes de débarquement ». La relocalisation continuera à la bonne volonté des États membres.

Dans son discours d’ouverture, Donald Tusk a récapitulé les conclusions du sommet en soulignant que dans un « contexte géopolitique qui se détériore », l’UE doit agir de concert en « renforçant la coopération militaire, en se préparant aux pires scénarios en termes de commerce et, surtout, en recherchant l’unité dans tous les aspects de la coopération européenne, y compris la migration et la réforme de la zone euro ».

Il a mis l’accent sur trois propositions soutenues par les chefs d’État en matière d’immigration : un outil budgétaire pour lutter contre l’immigration illégale, un soutien accru aux garde-côtes libyens et l’établissement de plateformes de débarquement en dehors de l’Europe. Même si des progrès ont été réalisés sur toutes les questions, il a reconnu que « le chemin à parcourir est long et pas facile ».

Des «centres contrôlés» pour migrants pour ne pas dire hotspots

L’idée de centres contrôlés pour migrants proposée dans les conclusions du Conseil européen rappelle singulièrement les hotspots de 2015.

 

 

Frustrations sur la migration

S’adressant à Donald Tusk, Manfred Weber, chef de file du PPE, s’est félicité de l’accord sur les centres en Afrique et en Europe, ainsi que de l’idée de fonds versés à la Turquie et à l’Afrique et d’une défense forte des frontières extérieures du bloc.

« Le Conseil européen a suivi trois des principales demandes du groupe PPE pour mettre fin à l’immigration clandestine et mieux contrôler nos frontières. » Mais ses collègues des autres partis n’étaient pas aussi optimistes.

« La déclaration finale du sommet a été conçue de manière à ce que chaque État membre puisse rentrer dans son pays victorieux, mais au final et encore une fois, rien ne se passe », a déclaré Udo Bullmann du S&D.

« Sur l’enjeu de la migration, ce sont des vies perdues. Chaque vie est une vie perdue de trop. C’est un scandale que nous ne nous ressaisissions pas », s’est-il indigné, soulignant l’échec des discussions sur une réforme complète de Dublin.

« Nous, les dirigeants de trois partis de cette Assemblée, vous avons écrit pour placer la réforme de Dublin en tête de l’ordre du jour et nous n’avons pas reçu de réponse politique ».

Le leader de l’ADLE Guy Verhofstadt s’est montré encore plus critique. « J’ai proposé au président d’examiner s’il n’est pas nécessaire que notre Parlement se rende devant la Cour parce qu’il y a un manque évident d’action de la part du Conseil, en particulier sur le dossier de Dublin.»

Dans un discours très vif, l’ancien Premier ministre belge a déclaré que les dirigeants devraient être enfermés dans une pièce jusqu’à ce qu’ils puissent parvenir à un accord.

Rappelant les morts de Lampedusa en 2013 et accusant le Conseil de « fermer les yeux », la leader des Verts Ska Keller a déclaré que « l’engagement actif contre le sauvetage en mer s’oppose à toute forme d’humanité et au droit international ».

De plus, la réinstallation volontaire ne signifierait pas que les États membres accepteraient les personnes qui demandent l’asile par l’intermédiaire de centres en Afrique. « C’est la fin du droit d’asile », assure-t-elle.

Juncker déçu des quotas de migration

Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, s’est dit déçu que le Conseil ne soit parvenu à un accord que sur cinq des sept enjeux de la migration, car aucun accord sur les quotas de migration n’a pu être trouvé et la plupart des pays membres ont refusé d’accepter la responsabilité à l’échelle de l’UE.

« Même lorsque nous sommes d’accord, nous ne pouvons pas être d’accord. C’est un peu ridicule. J’avais proposé que les deux questions encore en suspens soient traitées avant la fin du mois de décembre. Les gens regrettent que nous ne fassions pas de progrès, mais ils ne sont pas disposés à s’attaquer aux problèmes et à faire en sorte que les sept seuls problèmes soient réglés d’ici la fin du mois de décembre ».

En ce qui concerne la protection des frontières, Jean-Claude Juncker a suggéré que la portée et le mandat des forces de protection des frontières soient élargis pour être en mesure d’agir à la fois dans les États membres et dans les pays tiers, avec leur consentement.

« Nous devons veiller à ne pas donner l’impression que les camps d’accueil en Afrique du Nord sont un retour aux attitudes néocoloniales. Nous devons travailler ensemble avec les pays africains pour prendre des décisions », a-t-il affirmé.

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