Migrations : le ras-le-bol des Canaries qui se sentent délaissées par l’UE

Un bateau de migrants au large des Canaries. [Noborder Network/Flickr]

Ángel Víctor Torres, le président du gouvernement des Canaries, a demandé à l’UE de s’impliquer activement dans la gestion des migrations et de ne plus laisser l’archipel seul face à l’afflux croissant de migrants. Un article d’Euroefe.

Devant la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen, Ángel Víctor Torres a déclaré qu’il y a 15 ans, Adán Martín, son prédécesseur à la tête de l’exécutif canarien, avait prononcé devant cette même commission parlementaire un discours sur la situation migratoire des îles qui « pourrait nous servir aujourd’hui ».

« N’est-il pas temps de trouver des solutions définitives et de ne pas répéter certaines erreurs ? », a demandé Ángel Víctor Torres, qui a exhorté les responsables politiques européens à se mettre à la place des régions submergées par la situation et à chercher, à travers le nouveau pacte sur les migrations et l’asile, une réponse pertinente « dont nous puissions être fiers ».

« Nous avons été confrontés à une autre crise, la pandémie [de COVID-19] qui complique les rapatriements. Tant que la situation administrative des migrants n’est pas résolue, l’option doit être la solidarité, l’accueil partagé », a déclaré Ángel Víctor Torres.

Il a  dès lors insisté sur le fait que le nouveau pacte sur les migrations et l’asile, actuellement en cours de négociation au niveau européen, devait proposer une solidarité « non pas volontaire » mais « contraignante », comme le demandent l’Espagne et d’autres pays situés en première ligne, en particulier la Grèce, l’Italie et Malte.

La situation difficile de l’archipel

Ylva Johansson, la commissaire européenne chargée des migrations, a également pris part au débat. Elle a reconnu la situation difficile de l’archipel, face à laquelle la « solidarité européenne » s’avère nécessaire, et a évoqué sa visite dans la région effectuée il y a quelques mois. Un séjour au cours duquel elle avait pu constater « les grands défis » existants.

Aux îles Canaries, la pression migratoire est « insoutenable » selon Bruxelles

Selon la commissaire européenne aux affaires intérieures, Ylva Johansson, les migrants arrivent clandestinement aux Canaries espagnoles à un rythme « insoutenable ». Elle prône l’accueil de ceux qui ont besoin d’une protection internationale et le retour des autres. Un article d’Euroefe.

Dans ce contexte, elle a évoqué l’aide accordée ces derniers mois aux îles Canaries pour contribuer à l’augmentation de la capacité d’accueil et d’hébergement temporaire avec de nouvelles installations provisoires, tout en admettant qu’un « financement à long terme » serait nécessaire dans le cadre du prochain budget européen.

Ylva Johansson a également indiqué que, compte tenu de l’impact de la pandémie sur le tourisme dans les îles Canaries, Bruxelles devrait également soutenir ce secteur.

La commissaire a aussi souligné que la Commission européenne était en contact avec les pays d’origine et de transit des migrants, tels que le Maroc et la Mauritanie. Elle prévoit aussi de continuer à travailler avec d’autres États dans le but de conclure des accords permettant de faciliter la réadmission des migrants qui n’ont pas le droit de demander l’asile au sein de l’UE et de créer des opportunités d’emploi qui auront pour effet de freiner les départs.

Des eurodéputés très impliqués dans le débat

De nombreux eurodéputés espagnols ont pris part au débat. Parmi eux, Juan Fernando López Aguilar (PSOE), le président de la commission LIBE, qui a attiré l’attention sur la « situation alarmante » des îles. Rien qu’en 2020, celles-ci ont accueilli 23 000 migrants, presque tous sauvés en mer. Et durant les premiers mois de 2021, elles en ont accueilli « 2 000 ou 3 000 de plus ».

L’eurodéputé du PP (Parti populaire), Juan Ignacio Zoido, a estimé pour sa part que les gouvernements espagnol et canarien devaient assumer leurs responsabilités face à cette crise grave et prendre des mesures « sans chercher des excuses devant les institutions européennes ».

Sira Rego (IU) a accusé Bruxelles de défendre un « modèle d’île-prison qui porte atteinte aux droits de l’homme » et la députée européenne Diana Riba (ERC) a déclaré que la Commission était plus préoccupée par « le fait de maîtriser les pays réactionnaires que d’assurer des arrivées protégées ».

Jorge Buxadé (Vox) a quant à lui qualifié « d’insoutenable » cette « invasion migratoire sans précédent ». Selon lui, il existe « une classe politique qui dit certaines choses » et une autre réalité vécue par les Canariens qui souffrent de l’insécurité ou de la « destruction » des hôtels où les migrants ont été temporairement logés.

Bruxelles dévoile sa très attendue réforme de la politique migratoire

Un « mécanisme de solidarité obligatoire » entre États européens en cas de pression migratoire et davantage de retours des déboutés du droit d’asile : Bruxelles présente ce mercredi (23 septembre) une épineuse réforme, cinq ans après la crise des réfugiés de 2015.

De son côté, Maite Pagazaurtundúa (Ciudadanos) a jugé que la danse des chiffres donnés par le gouvernement sur les migrants arrivant et ceux transférés dans la péninsule était « déconcertante ». Elle a déclaré qu’être plus transparent avec ces données aiderait à combattre le populisme.

La directrice de la Commission espagnole d’aide aux réfugiés (CEAR), Estrella Galán, est également intervenue dans le débat. En réponse à une question posée par la commissaire Johansson, elle a déclaré que sur les 23 000 personnes arrivées aux îles Canaries l’an dernier, pour la plupart d’origine africaine, seules 343 ont demandé l’asile, ce qui « n’est pas une situation réaliste ».

Ce qu’il se passe, a-t-elle expliqué, c’est qu’une majorité de migrants renoncent à demander l’asile en Espagne car « ils ne veulent pas se retrouver piégés aux îles Canaries », étant donné qu’ils aspirent à se rendre dans d’autres pays européens.

Estrella Galán a dénoncé les « contradictions » du pacte migratoire de Bruxelles, qui « conduirait à la création de vastes camps aux frontières des pays méditerranéens pour en faire des points d’identification et d’expulsion ».

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