Paris compte renégocier la gestion de la frontière de Calais avec Londres

calais

La France compte récupérer des financements supplémentaires de la part de Londres pour la gestion de la frontière commune à Calais, dont Paris a la charge. Mais sans remettre en cause les accords du Touquet.

Tandis que le Royaume-Uni et l’Union européenne continuent de batailler sur la facture du Brexit,  Paris et Londres vont faire les comptes sur un autre sujet lors du sommet franco-britannique qui se tient le 18 janvier à Sandhurst, au Royaume-Uni.

Outre la coopération en matière de sécurité et de défense, le contrôle de la frontière entre les deux pays sera au menu de la rencontre entre Emmanuel Macron et Theresa May. Les deux dirigeants doivent annoncer à l’issue de leur rencontre la signature d’un nouvel accord sur la gestion des migrants souhaitant rallier le Royaume-Uni. Mais aussi rééquilibrer la facture entre les deux pays.

Ce nouveau traité viendra « compléter les accords du Touquet », signés en 2003 par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy. Ces accords négociés dans la foulée de la fermeture de centre d’hébergement de Sangatte avaient déplacé la frontière franco-britannique côté français.

Calais, le cul-de-sac migratoire de l’Europe

Les migrants entassés dans la « jungle » de Calais sont environ 3000 à attendre un hypothétique passage vers l’Eldorado britannique. Une situation qui dure depuis plus de 20 ans. 

Si le Royaume-Uni contribue financièrement, la charge de la gestion frontalière qui repose de fait sur la France a régulièrement été dénoncée ces dernières années.

Après le vote britannique sur le Brexit, plusieurs personnalités politiques françaises avaient d’ailleurs appelé à réviser – voire à annuler – ces accords, dont Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, qui avait mis en garde le Royaume-Uni sur les conséquences d’un Brexit sur l’accord bilatéral.

Mineurs isolés

Si la remise en cause des accords du Touquet n’est plus à l’ordre du jour, Paris compte néanmoins profiter du sommet britannique pour rééquilibrer l’addition, mais aussi la contribution britannique en matière d’accueil des mineurs isolés.

Concrètement, la France souhaite une accélération du traitement des demandes de regroupement familial et  d’accueil des mineurs isolés passant par la France. Mais aussi une définition plus claire des responsabilités côté britannique concernant le regroupement familial les mineurs isolés. Deux sujets épineux entre les deux pays depuis le démantèlement de la jungle de Calais.

Le Brexit menace les accords du Touquet

L’accord bilatéral concernant la gestion de la frontière franco-britannique pourrait être une des premières victimes du Brexit.

En effet, le Royaume-Uni avait alors promis d’examiner les demandes des mineurs isolés ayant de la famille outre-Manche après le démantèlement de la jungle fin 2016. Mais à l’issue du processus d’évaluation, Londres n’avait accueilli que 750 jeunes sur les quelque 2200 demandes, laissant une partie importante des demandeurs d’asile à la charge de la France, qui n’avait pas été associée au traitement des demandes.

La gestion du cas des mineurs isolés de Calais avait mis en évidence le manque d’appétence de plus en plus prononcé de Londres en matière d’accueil. Et surtout fait retomber la gestion de mineurs refoulés sur la France.

Outre ce volet, c’est surtout sur l’aspect pécuniaire que Paris compte obtenir des concessions de la part de Londres. Sur les 5 dernières années, la Grande-Bretagne a déjà contribué financièrement de manière significative à la gestion de la frontière commune, en déboursant environ 100 millions d’euros.

Paris compte obtenir une rallonge de la part des Britanniques pour la gestion de la frontière. Si les montants de la contribution britannique n’étaient pas encore totalement arbitrés à la veille du sommet, « il s’agit de montants importants, sur lesquels nous sommes près d’un accord » assure une source à l’Elsyée.

Contribution économique

Au-delà de la gestion de la frontière, Emmanuel Macron espère aussi obtenir une aide au développement de la région de Calais, dont l’économie est fortement affectée par les questions migratoires.

Selon un rapport du député Pierre-Henri Dumont (Les Républicains), le coût de la crise migratoire pour la région de Calais s’élèverait à plusieurs centaines de millions d’euros, comprenant les dépenses de sécurité, mais aussi les pertes économiques, comme la baisse d’activité du port de Calais, ou celle du tourisme.

« Mais cette question est plus compliquée » reconnait-on du côté de l’Élysée. «  Il s’agit davantage d’ouvrir la discussion sur un soutien économique des Britanniques à la région de Calais ».

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