Pour les migrants de l’Aquarius, le périple espagnol a commencé

[EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

Les trois bateaux transportant 630 migrants, dont 130 mineurs, secourus par le navire humanitaire Aquarius en Méditerranée sont arrivés au port de Valence dimanche 17 juin, où ils sont pris en charge par 2 300 professionnels. Un article d’Euroefe.

Le premier bateau à avoir accosté est celui de la patrouille de garde-frontière italienne, le Dattilo, avec 274 personnes à son bord, puis l’Aquarius, de l’ONG française SOS Méditérranée, avec 106 personnes, puis est finalement arrivé le navire de la marine italienne, Orione, transportant 250 personnes, après huit jours de traversée.

L’Espagne a décidé de les accueillir après le refus de l’Italie, de Malte et de la France de laisser le bateau débarquer sur leur territoire.

Horizon incertain

Le gouvernement espagnol leur offre un permis de séjour de 45 jours, après avoir décidé qu’il s’agissait d’une entrée extraordinaire pour des raisons humanitaires, a déclaré à la presse un responsable de l’Office des étrangers de la police espagnole.

Après cette période, ces personnes devront régulariser leur situation, ou en demandant l’asile ou en demandant une résidence, en vertu de la loi espagnole à l’égard des étrangers.

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Entonnant des chants et affichant des sourires sur leur visage, les premiers migrants du Dattilo sont arrivés à 6h30 du matin dimanche, attendus par de nombreux médias.

Du personnel de santé extérieur est monté à bord pour un premier triage des 182 hommes, 32 femmes et 60 mineurs non accompagnés, puis le débarquement a commencé le débarquement par groupe, selon le protocole de l’opération « Espoir de Méditerranée ».

Le personnel médical a découvert un plus grand nombre de pathologie que prévu, même si celles-ci sont en générale légères et causées par des jours de confinement, des plaies, des brulures et un mal-être en général.

Selon la Croix-Rouge, l’état général des migrants est « bon » et « acceptable » pour les jours de traversée passés sur le bateau. Ils sont arrivés « contents, souriants et sereins, mais fatigués ».

Les femmes enceintes et les mineurs souffrant de pathologie ont été envoyés dans des hôpitaux et les autres dans un centre de la ville de Cheste, dans la province de Valence.

Quatre heures plus tard, c’était au tour de l’Aquarius d’entrer au port, avec 106 migrants à son bord : 51 femmes, 45 hommes et dix mineurs.

Les bénévoles qui les attendaient sur le quai se sont émus d’entendre chanter, saluer et applaudir depuis le pont du bateau où se trouvaient six femmes enceintes, une douzaine d’enfants et une vingtaine de personnes souffrant de brulures.

L’arrivée des migrants s’est terminée avec l’Orione, qui est entré au port aux alentours de 13h avec à son bord 228 hommes et 22 mineurs non accompagnés.

La veille, le ministre espagnol du Développement, José Luis Ábalos, qui s’est rendu au port de Valence le 17 juin afin de vérifier l’état du dispositif extraordinaire, a assuré que les 630 migrants recevraient une autorisation spéciale d’un mois, mais que passé ce délai leur cas serait traité sans exception, conformément à la loi.

Il a critiqué l’attitude de l’Italie. « On ne peut pas atteindre une telle bassesse morale »,  insisté le ministre qui a assuré qu’il était urgent que l’UE adopte une politique migratoire à la hauteur des valeurs de l’Europe. « Le problème de l’immigration n’est pas dans ce bateau, c’est beaucoup plus complexe. »

Pour sa part, le ministre des Affaires étrangères, José Borrell, a souligné que l’Espagne travaillait avec la France pour accueillir les personnes de l’Aquarius, puisque « seule l’unité nous permet d’avancer ».

Examen au cas par cas de la France

Le gouvernement français a annoncé qu’il était pour l’instant « impossible » de déterminer le nombre de demandes d’asile des migrants sauvés par l’Aquarius traitées par le pays et a assuré que ces demandes seraient examinées au cas par cas.

Dimanche sur France 2, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a signalé que les immigrants venaient de débarquer dans le port espagnol de Valence et qu’un peu de temps serait nécessaire pour connaître leur nationalité et les raisons de leur demande d’asile.

« Il faut d’abord leur prodiguer des soins médicaux, les accueillir, les aider à se relever, et puis viendra le temps de l’examen de leur demande », a-t-il expliqué, avant d’insister que son pays les accueillera « s’ils répondent aux critères fixés par la loi. »

Le 14 juin dernier, le ministère français de l’Intérieur a ordonné le déploiement à Valence d’une mission de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) pour examiner les demandes d’asile des personnes ayant voyagé avec la flotte de l’Aquarius.

« L’OFPRA se chargera d’identifier parmi ces personnes les réfugiés ayant besoin d’une protection qui pourront être accueillis sur notre territoire », a déclaré le ministère dirigé par Gérard Collomb.

Au même moment, Marine Le Pen, cheffe de file du parti d’extrême droite, le Front national, prononçait ses premières critiques à l’encontre de la décision du président Emmanuel Macron d’accueillir une partie des réfugiés.

« Bien sûr, je suis heureuse qu’ils soient sains et saufs, mais je suis aussi extrêmement inquiète. J’ai entendu le Premier ministre français indiquer qu’une partie d’entre eux allait arriver en France », a-t-elle déclaré sur CNews.

Pour la présidente du Front national, l’accueil de réfugiés de l’Aquarius en France serait « le signal d’une ouverture de nos frontières nationales ». « Ce qui va se passer, c’est que la prochaine fois, les bateaux n’iront pas en Italie ou en Espagne, mais directement dans les ports français », a-t-elle dénoncé.

Elle a également critiqué la décision de l’Espagne de recevoir le bateau, après le refus de l’Italie et de Malte de laisser accoster le navire.

« Ils auraient pu débarquer plutôt en Tunisie ou en Algérie. Sauf qu’on est parti du principe depuis un certain nombre d’années que les migrants devaient systématiquement venir en Europe », a-t-elle déploré.

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