Le retour des réfugiés en Syrie commence à préoccuper la communauté internationale

La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini [Council newsroom]

Lors d’une conférence sur la Syrie à Bruxelles, le retour des réfugiés syriens dans leur pays a été évoqué. Démarrée en 2011, la guerre en Syrie touche à sa fin

La situation en Syrie est loin d’être stabilisée. Les besoins de financement,  de nourriture de matériel sont même en constante augmentation. Selon un haut fonctionnaire de l’ONU, un éventuel assaut contre la dernière enclave rebelle pourrait entraîner une «catastrophe humanitaire ». Pourtant, alors que 12 millions de Syriens, soit près de la moitié de la population syrienne avant la guerre, a fui le pays ou a été déplacée à l’intérieur, la question du retour, étape indispensable à la reconstruction, commence à se poser.

C’est le principal message ressorti de la conférence  «Supporting the Future of Syria and the Region» , qui vient de se tenir à Bruxelles.  Les diplomates européens ont mis l’accent sur les difficultés de l’Europe à isoler le Président Bashar al-Assad, vainqueur de la guerre, soutenu par la Russie et l’Iran, pendant que les États-Unis retirent leurs troupes.

La FAO veut reconstruire l’agriculture syrienne

L’agriculture syrienne s’est avérée remarquablement résiliente après plus de six ans de guerre civile. Mais il est temps de reconstruire le secteur, estime un représentant de l’ONU.

L’UE a  rappelé qu’un soutien à la reconstruction à long terme dépendrait du processus de paix de l’ONU pour mettre fin à une guerre responsable de la mort de centaines de milliers de personnes.

Les Européens sont toutefois divisés sur la question de la reconstruction du pays, dans la mesure où le processus de paix de l’ONU est bloqué, que l’intervention militaire russe de 2015 s’avère décisive et que les pays arabes voisins envisagent de rétablir des liens diplomatiques.

« Les États-Unis se retirent et les Russes n’ont pas l’argent. Voilà le contexte », a expliqué un haut fonctionnaire de l’UE, cité par Reuters. L’Allemagne, la France et les Pays-Bas défendent ouvertement l’idée de libérer les fonds de reconstruction uniquement quand le pays aura démarré sa transition politique et que Bashar-al-Assad ne sera plus au pouvoir. Aucun représentant officiel de la Syrie n’a été invité à la conférence. L’Italie, l’Autriche et la Hongrie, grands détracteurs de la politique migratoire européenne, plaident en revanche pour une négociation avec les autorités syriennes pour que les millions de réfugiés puissent rentrer chez eux.

Mogherini craint le « ni guerre ni paix »

La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a déclaré qu’il y avait un risque que le pays se retrouve coincé dans une situation de « ni guerre ni paix ». Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi, a déclaré qu’il était prévisible que 2019 soit la première année depuis le début de la guerre « où il y aura plus de Syriens (réfugiés et déplacés internes) qui rentreront chez eux que de nouveaux déplacés. S’étant rendu en Syrie la semaine dernière, le Haut Commissaire a déclaré avoir été « marqué et touché » par la résilience du peuple syrien.

« C’est dans un contexte de grandes destructions, avec des zones encore dangereuses et un manque de produits de première nécessité (nourriture, médicaments, eau) et d’emplois que de nombreux Syriens rentrent chez eux. Les agences humanitaires font ce qu’elles peuvent, mais un très grand nombre de déplacés internes et quelques réfugiés prennent la décision difficile de rentrer chez eux, et les besoins en produits de première nécessité ne font qu’augmenter », a-t-il expliqué, ajoutant que la plupart des réfugiés voyaient leur avenir dans leur pays natal et que « nous savons que 56 000 Syriens sont rentrés chez eux via des mouvements organisés l’année dernière, mais ce chiffre est certainement plus élevé ».

Engagements financiers

« Je suis heureux de vous annoncer que nous collaborons notamment avec le gouvernement syrien. Et j’aimerais particulièrement remercier la Fédération de Russie pour sa coopération face aux problèmes que le retour des réfugiés syriens implique pour eux », a ajouté Filippo Grandi. Dans le cadre de l’appel de l’ONU, 3,3 milliards de dollars seraient nécessaires pour venir en aide aux déplacés internes et 5,5 milliards de dollars pour les réfugiés et les communautés d’accueil dans les pays voisins.

Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, Marc Lowcock, a déclaré à la presse que les engagements financiers s’élevaient « au moins à 6,5 milliards de dollars » et peut-être même à près de 7 milliards de dollars. « C’est un très bon résultat, et si nous y parvenons vraiment en fin de compte, nous serons très heureux », a-t-il déclaré. Federica Mogherini a déclaré que l’UE contribuerait à hauteur de 560 millions d’euros pour venir en aide au peuple syrien durant l’année 2019 et que le même montant serait libéré les années suivantes.

Filippo Grandi a également exprimé son inquiétude quant à la situation en déclin de la ville d’Idlib, près de la frontière turque. Près de 90 personnes y ont été tuées par des obus et des frappes aériennes, et la moitié d’entre elles étaient des enfants.

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« La pire des catastrophes humanitaires »

« Permettez-moi de répéter ce que nous avons déjà dit à maintes reprises. Une attaque militaire d’envergure sur la ville d’Idlib occasionnerait la pire catastrophe humanitaire du 21ème siècle. Ce serait tout simplement inacceptable », a déclaré Filippo Grandi.

Avec l’aide d’avions russes, l’armée syrienne a attaqué des villes au mains des forces rebelles dans la région d’Idlib, dernier bastion rebelle du pays. Ce bombardement a été le plus important depuis des mois. Les forces rebelles qui se sont battues depuis 8 ans pour faire tomber le Président al-Assad sont désormais confinées dans une enclave du nord est du pays, près de la frontière turque. Près de 4 millions de Syriens y vivent aujourd’hui, dont des centaines de milliers d’opposants au régime qui ont fui d’autres régions du pays.

La Turquie, qui a commencé à patrouiller dans la zone tampon vendredi, a condamné ce qu’elle a qualifié de provocations croissantes pour mettre fin à la trêve et a averti qu’une offensive des forces russes et syriennes causerait une crise humanitaire majeure. De nombreux résidents sont exaspérés de l’incapacité des forces turques à répondre aux bombardements. L’armée syrienne a appelé au retrait des forces turques.

L’enclave est protégée par une zone de « désescalade », un accord négocié l’an dernier par les pays qui soutiennent Bashar al-Assad, la Russie, l’Iran ainsi que la Turquie, qui avait auparavant soutenu les forces rebelles et envoyé des troupes pour surveiller la trêve. Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, a déclaré que 320 000 Syriens avaient pu rentrer chez eux grâce aux « opérations anti-terrorisme » menées par la Turquie et la Syrie.

En Syrie, la crise migratoire se poursuit

750,000 Syrians have returned to their homes since the beginning of the year. At the same time, more than 900,000 people have become refugees. An analysis by EURACTIV Germany’s media partner Der Tagesspiegel.

 

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