Rome visée par une plainte sur son recours aux gardes-côtes libyens

Des membres de l'ONG "SOS Méditérannée" du bateau "Aquarius" aidant une femme durant une opération pour secourir plus de 250 migrants à environ 50 km des côtes libyennes, 21 avril 2018 [EPA-EFE]

17 migrants rescapés en Méditerranée ont porté plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme contre le gouvernement italien, accusé de se défausser sur des gardes-côtes libyens « négligents et violents ».

Les plaignants accusent l’Italie d’avoir enfreint leurs droits en « sous-traitant » les secours en mer à la Libye, dans le cadre d’accords controversés mis en place en 2017 avec les autorités libyennes pour bloquer les flux de migrants en Méditerranée.

Ils souhaitent que la CEDH ordonne à l’Italie de verser des dommages aux plaignants et surtout de mettre fin à sa politique de renvoyer les migrants vers la Libye, qu’elle avait déjà condamnée en 2012.

Les accords avec les autorités et les milices libyennes, qui s’accompagnent d’un appui concret aux gardes-côtes libyens, ont fait chuter de 80 % les arrivées en Italie cette année par rapport à 2017. Mais de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer le coût humain de ces accords pour les migrants subissant détention, violences et extorsions en Libye.

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La plainte a été déposée la semaine dernière par 17 Nigérians, partis de Tripoli le soir du 5 novembre à bord d’un canot surchargé, qui s’est en partie dégonflé en début de matinée le lendemain.

Selon une reconstitution détaillée de l’organisation Forensic Architecture s’appuyant sur les images de l’ONG allemande Sea-Watch et de nombreux autres documents, les gardes-côtes libyens sont arrivés les premiers, mais ne se sont pas préoccupés des personnes à l’eau, qui ont été récupérées par les secouristes allemands.

Parmi les migrants encore sur le canot, l’espoir d’être conduits en Europe, mais aussi la rudesse des gardes-côtes libyens, ont poussé certains à sauter à l’eau pour rejoindre les secouristes allemands.

Dans le chaos, cinq personnes se sont noyées, dont un jeune enfant, tandis que 59 personnes récupérées par Sea-Watch ont été conduites en Italie et 47 autres — celles sur le canot — ramenées en Libye.

Selon le récit des rescapés, le canot comptait 130 à 150 passagers au départ, ce qui laisse au moins une vingtaine de disparus, pour la plupart quand le canot s’est dégonflé.

À l’époque, Sea-Watch et les gardes-côtes libyens s’étaient mutuellement accusés du chaos, mais la plainte déposée par 17 Nigérians — 15 conduits en Italie et deux reconduit en Libye et ayant opté pour le retour au Nigeria pour échapper à la détention — pointe Rome du doigt.

Selon les plaignants, le soutien actif du gouvernement italien aux gardes-côtes libyens rend Rome responsable à la fois de leurs manquements en mer, mais aussi du sort souvent dramatique des migrants qu’ils ramènent en Libye.

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