En Syrie, la crise migratoire se poursuit

epa06910238 Frappes aériennes du côté syrien du plateau du Golan au village d'Arab Asudi, dans la province de Quneitra, vue du côté israélien de la frontière, le 25 juillet 2018. La province méridionale de Quneitra en Syrie, le long du plateau du Golan, a été le théâtre de combats accrus ces derniers jours entre les forces loyales au régime du président Bachar al-Assad et les groupes d'opposition armés islamistes. EPA-EFE/ATEF SAFADI [EPA-EFE/ATEF SAFADI]

750 000 Syriens sont rentrés chez eux depuis le début de l’année, mais plus de 900 000 ont quitté leurs foyers. Une analyse de notre partenaire, Der Tagesspiegel.

Une fois n’est pas coutume, c’est une bonne nouvelle qu’a annoncé le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) a au sujet de la Syrie : de plus en plus de personnes déplacées au sein du pays rentrent chez elles.

Durant les six premiers mois de 2018, ils seraient 750 000 enfants, femmes et hommes de différentes régions à être retournés où ils vivaient avant le début de la révolte contre Bachar al-Assad, soit presque autant que sur toute l’année 2017.

Les spécialistes de l’ONU estiment que les succès militaires du régime sont à l’origine de ce mouvement. Ces derniers mois, les unités progouvernementales, avec des aides considérables de l’Iran et de la Russie, ont repris le contrôle de la plus grande partie du territoire national. Les insurgés ont ainsi été contraints de quitter Homs, Alep et les alentours de Damas.

La Banque mondiale évalue le coût de la reconstruction syrienne

La désorganisation économique de la société syrienne, la perte de connectivité et la destruction des réseaux professionnels ont un impact 20 fois plus important sur le RNB que la destruction des bâtiments, selon la Banque mondiale.

Extrême pauvreté

Si ces avancées militaires ont permis aux habitants de rentrer chez eux, ceux-ci se retrouvent le plus souvent sans rien, leurs maisons ayant été détruites, pillées ou simplement investies par d’autres familles.

Sans emploi, les familles ne parviennent qu’à survivre. Plus de 70% de la population syrienne vit dans une pauvreté extrême, avec moins de deux dollars par jour par personne. Les hôpitaux, centres de soins et écoles en activité sont rares.

Martin Kessler, qui dirige l’ONG Diakonie Katastrophenhilfe, estime donc que le débat sur le retour des Syriens est prématuré. « Tant que la paix ne s’est pas réellement rétablie, rien ne change en termes de perspectives », assure-t-il.

« Le gouvernement allemand doit revoir sa copie »

La consolidation du pouvoir d’Assad permet aux ONG de se déployer et des volontaires peuvent à présent opérer dans plusieurs régions syriennes. Le gouvernement allemand ne fournit cependant de l’aide que pour les actions menées dans les zones rebelles, alors que le peuple ne souffre pas moins dans les régions contrôlées par le gouvernement. « Nous demandons donc au gouvernement allemand de revoir sa copie », poursuit Martin Kessler.

S’ils sont 750 000 déplacés internes à avoir retrouvé leur ville ou village d’origine, ils sont aussi 920 000 à avoir été forcés de quitter leurs foyers rien que durant les quatre premiers mois de l’année, un record depuis le début de la guerre, en 2011.

Ce nouvel exode est principalement lié aux combats féroces qui ont eu lieu dans le sud de pays, poussant au moins 6,6 millions de Syriens à fuir. La plupart d’entre eux dépend toujours de la nourriture, de l’eau et des médicaments qui leur sont fournis au quotidien pour survivre. Ils ont trouvé refuge dans des abris précaires : camps, ruines ou espaces abandonnés. Les enfants ne peuvent en général plus aller à l’école.

Les Syriens qui ont fui vers les pays voisins vivent dans des conditions similaires. Trois pays se partagent la plus grosse part du fardeau : la Turquie, où vivent plus de trois millions de réfugiés, le Liban et la Jordanie, qui en accueillent chacun environ un million.

La communauté internationale promet 6 milliards d'aide à la Syrie

Les participants à la conférence sur l’avenir de la Syrie à Bruxelles ont condamné l’attaque chimique présumée à Khan Cheikhoun et promis six milliards de dollars d’aide humanitaire pour les Syriens en 2017.

Promesses creuses

La plupart d’entre eux ne sont cependant pas prêts de rentrer chez eux. L’UNHCR n’a compté que 13 000 personnes ayant retraversé la frontière depuis le début de l’année. Les réfugiés ne font en effet pas confiance au régime, qui a promis de les accueillir à bras ouverts et craignent des représailles s’ils sont considérés comme des opposants à Assad.

La peur des arrestations arbitraires des services secrets omniprésents reste forte. Il est connu que la torture est pratiquée dans les prisons syriennes. Les jeunes craignent aussi d’être enrôlés de force dans l’armée et d’être déployés vers le front.

Fardeau migratoire

Au Liban, l’hospitalité envers les réfugiés syriens est mise à mal. Le pays, qui ne compte que 6 millions d’habitants, peine à s’en sortir avec le million de réfugiés arrivés depuis le début du conflit. Le gouvernement, et nombre de Libanais, préfèreraient se débarrasser au plus tôt des Syriens, étant donné les difficultés économiques du pays.

Pour les réfugiés, la situation est donc de plus en plus précaire. Il y a quelques jours, des centaines de personnes ont repris le chemin de la Syrie, un retour vers l’inconnu.

La FAO veut reconstruire l’agriculture syrienne

L’agriculture syrienne s’est avérée remarquablement résiliente après plus de six ans de guerre civile. Mais il est temps de reconstruire le secteur, estime un représentant de l’ONU.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.