Droits sexuels et reproductifs. Quelles sont les menaces et les avancées en Europe ?

[EPA-EFE/RADEK PIETadek Pietruszka POLAND OUT]

Le Conseil économique, social et environnemental (Cese) publie ce mardi 12 novembre une étude sur les droits sexuels et reproductifs. Elle porte sur les menaces et progrès en Europe, avec un focus sur la France. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Les droits sexuels et reproductifs, qu’est-ce que c’est ? D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), c’est le droit d’accéder à la santé sexuelle, à l’information en matière de sexualité et à l’éducation sexuelle, à la liberté de choix d’avoir ou non des enfants et de décider du moment de leur naissance, à la liberté de choix en matière de sexualité, à la recherche d’une vie sexuelle satisfaisante, sûre et agréable.

Selon la rapporteure du projet, Véronique Séhier, co-président du Planning Familial : « Les droits sexuels et reproductifs devraient s’appliquer dans tous les pays d’Europe, sur toutes les personnes. Une femme polonaise devrait avoir les mêmes droits qu’une Française ». Pourtant, l’étude du Conseil économique, social et environnemental (Cese) montre bien une Europe avec une mosaïque judiciaire complexe, chaque loi dépendant de la législation des États.

Le Conseil de l’Europe s’alarme de la situation des droits des femmes

Les droits sexuels et reproductifs des femmes sont « en danger », s’inquiète le Conseil de l’Europe.

Le contexte de l’étude

Ces recherches arrivent « dans un contexte européen où l’on voit apparaître beaucoup d’attaques mais également des progrès », explique la rapporteure du projet, Véronique Séhier, co-présidente du Planning Familial. Certains mouvements « anti-choix », c’est-à-dire qui aspirent à « un retour à l’ordre naturel » en luttant contre l’avortement, sont la cause, entre autres, de la réalisation d’une telle étude. Ils mettent en exergue un « droit à la vie pour l’enfant à naître ».

Avec ce rapport, Véronique Séhier s’attarde sur ces mouvements « pro vie », comme ils s’auto-désignent. Selon elle, ils ne sont pas seulement « ailleurs », mais aussi « chez nous, en Europe », « notamment en Pologne, en Espagne ou en Hongrie ».

En effet, l’étude rapporte qu’il existe aujourd’hui « plus de 100 organisations anti-droits humains, antidroits des femmes et anti-LGBTQI +, implantées dans plus de 30 pays européens ». Ces mouvements persistent et se développent puisqu’ils « énéficient d’importants soutiens financiers internationaux ».

Revoir les bases

L’éducation à la sexualité chez les jeunes est un outil majeur « pour prévenir des violences faites aux femmes et pour promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes », assure Véronique Séhier. La reconnaissance et le développement des droits sexuels et reproductifs vont de pair avec la question de la sexualité dans les programmes scolaires. « Il faut faire en sorte que les jeunes puissent faire le tri dans toutes les informations qu’ils reçoivent. »

Selon la rapporteure du projet, il ne suffit pas de dire que la pornographie c’est « moche », puisque les jeunes en auront toujours l’accès, mais il faut, selon elle, leur expliquer que « ce n’est pas la vraie vie ». Il est nécessaire de leur permettre de « décoder les images ».

Une éducation sexuelle dès le plus jeune âge permettrait, non seulement de connaître ses droits et de se respecter davantage mais également de prôner la tolérance envers les homosexuels et les LGBTQI + (lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, queer et intersexes). Ces droits sexuels et reproductifs toujours considérés « à part » sont pourtant fondamentaux, notamment pour l’émancipation des femmes.

« Ce n’est pas qu’une affaire de fille »

« Il faut étendre la gratuité des dispositifs contraceptifs aux 18-25 ans. Ils sont les plus concernés, car souvent en situation de précarité », affirme Véronique Séhier.

« En 2019, dans le monde, 63 % des femmes entre 15 et 49 ans utilisent régulièrement un moyen de contraception toutes méthodes confondues. » Parmi eux, la pilule contraceptive, le préservatif, le stérilet, l’implant, etc. Ces différentes méthodes de contraception permettent de distinguer la femme de la maternité en dissociant l’acte sexuel de la reproduction.

Ce droit n’est pas encore une réalité pour tout le monde, pourtant, elle est la base de l’émancipation de la femme et de leur implication dans la vie sociale politique et professionnelle.

La responsable associative est sans équivoque concernant le rôle des hommes dans la contraception : « Ce n’est pas qu’une affaire de fille, pas qu’une responsabilité de femme ». L’étude affirme qu’il est important d’ouvrir davantage la contraception aux hommes et pousser les avancées scientifiques pour les impliquer et les responsabiliser.

L’avortement à travers l’Union Européenne

À divers degrés, l’avortement est majoritairement autorisé dans les pays membres de l’Union européenne. 25 des 28 pays l’ont légalisé ou dépénalisé. D’après la chercheuse Nathalie Bajos, 35 % des européennes y ont recours au moins une fois dans leur vie. Pour Véronique Séhier, « ceux qui s’opposent à l’avortement, s’opposent à l’égalité entre les femmes et les hommes ».

Toutefois, à Malte, les femmes qui se font avorter et les médecins qui pratiquent l’avortement risquent jusqu’à trois ans de prison ferme. En Pologne, l’avortement n’est autorisé qu’en cas de viol, inceste ou malformation fœtale graves. En Irlande du Nord, les seules exceptions admises sont les cas de risques pour la vie ou pour la santé de la femme alors que, dans le reste du Royaume-Uni, l’avortement est légal depuis 1967. Enfin, en Allemagne, l’avortement est accessible et dépénalisé mais non légalisé.

« L’aile dure du PiS déteste les femmes »

Des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues des villes polonaises le 23 mars pour protester contre une proposition de loi visant à durcir la législation sur l’avortement. Un article d’Euractiv Pologne.

L’étude rapporte qu’en « novembre 2017, une gynécologue allemande a ainsi été condamnée à une amende de 6 000 € pour avoir précisé sur son site internet qu’elle pratiquait les avortements et donné des informations sur l’IVG ».

Malgré cela, il peut exister un large fossé entre la loi et la pratique. En France, où l’avortement est autorisé depuis la loi de Simone Veil en 1975, son accès « n’est pas si simple, et non égalitaire sur le territoire, avec notamment des centres IVG qui ferment », affirme Véronique Séhier. Dans certains cas, la stigmatisation peut même venir des pouvoirs publics, comme ça a été le cas en Hongrie, en 2011.

De plus, il persiste une « clause de conscience », rappelle la rapporteure de l’étude. En matière de santé, la clause de conscience consiste à « reconnaître à un professionnel ou une professionnelle de santé le droit de ne pas pratiquer certains actes, pourtant autorisés par la loi, pour des raisons professionnelles, personnelles sans être inquiété ou que cela soit assimilé à un refus de soin ou un manquement professionnel ».

Certains médecins refusent alors de pratiquer l’avortement et certaines femmes se sentent freinée face à l’acte. « L’an dernier, le président du syndicat des gynécologues de France a quand même annoncé que l’avortement était un homicide », désire rappeler Véronique Séhier.

Pour davantage de droits sexuels et reproductifs en France, Véronique Séhier propose d’avoir un « délai plus important pour l’avortement, comme dans certains pays voisins ».

Lire la suite sur Ouest-France.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.