« Empoisonnement » d’Alexeï Navalny. Le bras de fer autour de son transfert en dix actes

Le convoi d'ambulances transportant le militant d'opposition russe Alexei Navalny à l'aéroport de Tegel à Berlin. [EPA-EFE/FILIP SINGER]

Le principal opposant russe à Vladimir Poutine a été transféré ce samedi 21 aout en Allemagne après avoir été la cible, selon son entourage, d’un empoisonnement. Retour en 10 actes sur un long bras de fer et une course contre la montre pour sauver Alexeï Navalny. Un article de notre partenaire Ouest France.

L’avion médicalisé transportant l’opposant russe Alexei Navalny s’est posé samedi 22 août peu avant 9 h à Berlin, mettant un terme à un feuilleton qui durait depuis jeudi.

Depuis son malaise dans un avion au-dessus de la Sibérie, Alexei Navalny se trouve dans le coma. Ses proches assurent qu’il s’agit d’un empoisonnement et ont tout fait depuis le départ pour organiser un transfert vers l’étranger.

Entre déclarations contradictoires des médecins, interventions du Kremlin et saisie de la Cour européenne des droits de l’homme, voici les différentes étapes de cette affaire.

Acte I. Alexei Navalny est hospitalisé

« Alexeï a été empoisonné » et « se trouve désormais en soins intensifs », annonce la porte-parole d’Alexeï Navalny, principal opposant au président russe Vladimir Poutine, jeudi 20 août dans la matinée. Selon son entourage, l’avocat de 44 ans aurait été intoxiqué par une substance introduite dans son thé à l’aéroport. Il était dans un vol de la Sibérie pour Moscou quand l’avion a dû atterrir en urgence à Omsk en raison de la dégradation subite de son état de santé. L’homme est depuis hospitalisé en réanimation dans le service de toxicologie de cet hôpital, entre la vie et la mort.

Dans un communiqué, le Kremlin souhaite à l’opposant « un prompt rétablissement ».

C’est le début d’un long bras de fer entre son entourage et les médecins de l’opposant.

Acte II. Ses médecins russes demandent son transfert

En fin d’après-midi jeudi, l’un de ces médecins à l’hôpital d’Omsk aurait demandé son transfert vers un autre établissement. Une décision justifiée par le manque d’équipements de l’hôpital qui pourrait coûter la vie à Alexeï Navalny.

La France et l’Allemagne se disent prêts à accueillir l’opposant « mais il faut bien sûr que la demande en soit faite », estime alors Angela Merkel, la chancelière allemande, lors d’une conférence de presse conjointe avec Emmanuel Macron au fort de Brégançon, dans le sud-est de la France.

Acte III. Une ONG allemande affrète un avion médicalisé pour la Russie

« Nous allons envoyer à minuit un avion ambulance avec de l’équipement médical et des spécialistes, avec lequel Navalny pourra être ramené en Allemagne », expliquait jeudi soir le président de l’ONG allemande.

Une fois arrivés sur place, les médecins allemands se voient refuser l’accès à l’opposant.

Acte IV. Les médecins russes refusent son transfert

Ce vendredi 21 août dans la matinée, environ 24 heures après l’empoisonnement supposé d’Alexeï Navalny, ses médecins russes annoncent qu’il n’est pas transférable.

Son état serait trop « instable » pour envisager de le déplacer. Toujours selon ces soignants, « aucun poison » n’aurait été retrouvé dans son organisme.

Pour le bras droit de Navalny, Léonid Volkov, il s’agit d’une « décision politique et non pas médicale ». « Ils attendent que les toxines sortent et cessent d’être détectées dans le corps. Il n’y a ni diagnostic, ni analyse. La vie d’Alexeï est en grand danger », écrit-il sur Twitter. Il plaide également pour un changement rapide d’avis de ses médecins :« C’est clairement plus sûr à bord d’un avion moderne qu’à l’hôpital à Omsk, transférez-le le plus vite possible.»

Acte V. L’épouse de Navalny en appelle à Poutine

Alors que l’entourage de l’opposant est persuadé que l’empoisonnement a été commandité par le Kremlin dont Alexeï Navalny est un fervent opposant, son épouse se voit obliger de demander à Vladimir Poutine d’autoriser son transfert vers l’Allemagne. « Je m’adresse à vous officiellement pour demander d’autoriser le transfert d’Alexeï Navalny vers l’Allemagne », écrit Ioulia Navalnaïa dans sa lettre adressée au président russe.

Le Kremlin avait précédemment assuré que le refus de transfert était une décision « purement médicale » et que les médecins russes faisaient « tout leur possible pour établir les raisons du malaise du patient et le guérir ».

Acte VI. Les médecins allemands estiment que Navalny est transférable

Dans l’après-midi de vendredi, les médecins allemands arrivés dans la nuit obtiennent finalement l’autorisation d’examiner Alexeï Navalny. Ils estiment alors que l’homme est transportable jusqu’en Allemagne par avion médicalisé.

« L’équipe médicale allemande nous a dit qu’elle était capable et désireuse de transférer M. Navalny à Berlin et que c’était également le souhait de sa famille », déclare l’ONG allemande dans un communiqué.

Acte VII. L’entourage fait appel à la CEDH pour autoriser le transfert

Pour forcer la Russie à autoriser le transfert d’Alexeï Navalny, l’entourage de l’homme de 44 ans a saisi la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH).

Ils demandent « que la Cour invite le gouvernement russe à autoriser M. Navalny à être transporté en Allemagne pour y être soigné », déclare la CEDH dans l’après-midi de vendredi. L’institution qui siège à Strasbourg précise que l’affaire « sera examinée dans les tout prochains jours ».

Acte VIII. Les médecins russes annoncent que Navalny est transférable

Moins d’une heure après que l’entourage a saisi la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), les médecins de l’hôpital d’Omsk reviennent finalement sur leur décision du matin : Alexeï Navalny est finalement assez stable pour être transporté.

Il serait toujours en coma artificiel.

Acte IX. Navalny quitte l’hôpital d’Omsk dans la nuit de vendredi à samedi

« Alexeï Navalny a été chargé dans une ambulance et emmené à l’aéroport », a indiqué sur Twitter sa porte-parole Kira Iarmych.

Des journalistes de l’AFP ont vu une ambulance partir de l’hôpital et arriver peu après à l’aéroport de cette ville de Sibérie occidentale, escortée par un cortège policier, puis entrer sur le tarmac.

Acte X. Départ pour l’Allemagne

L’avion médicalisé transportant Alexeï Navalny s’est envolé samedi matin de la ville d’Omsk (Sibérie) vers l’Allemagne, où il doit être soigné, ont constaté des journalistes de l’AFP.

L’avion s’est envolé avec à son bord Alexeï Navalny et sa femme Ioulia Navalnaïa. Il s’est posé samedi vers 08h47 locale (06h47 GMT) sur le tarmac de l’aéroport Tegel, dans le nord-ouest de Berlin.

Son état était jugé « stable » jeudi matin.

 

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