La gardienne des finances de l’UE souhaite revoir les dépenses du bloc en Afrique

La Cour des comptes européenne (CCE), également surnommée la gardienne des finances de l’UE, souhaite revoir les programmes de dépenses du bloc établis pour soutenir le développement des pays du groupe Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP), et ce, afin de prioriser la fabrication et l’énergie locales.

Dans un rapport publié mardi (8 septembre) analysant l’utilisation des 435 millions d’euros d’aides européennes octroyés au Kenya entre 2014 et 2020, la Cour des comptes européenne a découvert qu’une « formule standard » de répartition des financements européens pour les pays africains « qui ne tient pas compte des obstacles en matière de développement propres à chaque pays ni du déficit de financement à combler. Les montants des subventions ou des prêts octroyés par d’autres donateurs n’ont pas non plus été pris en considération pour déterminer les dotations. »

De manière générale, les auditeurs de la Cour recommandent à la Commission européenne d’« examiner la méthode appliquée par l’UE pour répartir le financement entre les pays ACP et de lier la dotation à la performance du pays et à sa volonté d’engager des réformes ».

Une aide réellement bien acheminée ?

« Nous n’avons pas trouvé suffisamment d’éléments attestant que l’aide octroyée au titre du 11e Fonds européen de développement est acheminée là où elle est susceptible d’avoir le plus grand impact sur la pauvreté », a déclaré M. Juhan Parts, membre de la Cour des comptes européenne et responsable du rapport.

« La création d’emplois est le moyen le plus efficace et le plus durable de réduire la pauvreté ; les fonds de l’UE devraient donc servir en premier lieu au développement économique. »

En juillet, les leaders européens se sont mis d’accord sur le cadre financier pluriannuel qui attribuera 26 milliards d’euros à des programmes en Afrique subsaharienne, entre 2021 et 2027. Néanmoins, les dépenses en matière de développement de la part de l’UE devraient être soumises à certaines pressions à la suite de la pandémie COVID-19 tandis que plusieurs pays donateurs traversent actuellement une période de récession record et entendent réduire drastiquement leur budget d’aide.

Les dirigeants africains devraient demander davantage de soutien pour leur secteur manufacturier, agricole et énergétique au cours d’un somme UE-Union africaine prévu en octobre, bien que les représentants européens ne se soient pas prononcés sur un éventuel report des réunions en raison de la crise sanitaire. Le sommet avait été annoncé comme le point de départ « d’un partenariat stratégique » entre les deux continents.

Depuis plusieurs années, les gouvernements africains déplorent qu’il soit difficile de percevoir les programmes de financement européens et que la répartition des fonds soit trop parcimonieuse. De ce fait, ils ont appelé la Commission européenne à se concentrer sur le développement du secteur privé et la création d’emplois, les investissements dans les énergies renouvelables, les transports et la logistique.

À ce propos, le rapport rendu par l’institution sise à Luxembourg indique qu’il n’y a « aucune raison motivant le choix de la Commission et du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) de ne pas soutenir directement l’industrie manufacturière, alors que ce secteur présente un fort potentiel en matière de création d’emplois ».

228,5 millions d’euros pour la sécurité alimentaire et le climat 

Au Kenya, la Cour cite que 228,5 millions d’euros ont été distribués à la sécurité alimentaire et à la résilience face aux chocs climatiques, mettant en lumière que les fonds devraient « contribuer à améliorer le niveau de vie des communautés rurales et des petits agriculteurs, en particulier dans les zones sèches ».

Cependant, la CCE ajoute que le programme de financement européen à l’intention du Kenya « ne favorise pas la commercialisation des produits agricoles ou l’expansion de l’industrie agroalimentaire ».

Par ailleurs, les 175 millions d’euros attribués aux domaines de l’énergie et des infrastructures de transport « n’étaient pas suffisants pour permettre d’atteindre les objectifs très ambitieux arrêtés avec les autorités kényanes et pour avoir un impact substantiel. »

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