L’Autriche menace de sanctions les binationaux turcs illégaux

Des manifestants avec une banderole « Libérez Deniz » lors d'un rassemblement solidaire pour le journaliste turc-allemand Deniz Yücel à Vienne, en Autriche, le 28 février 2017. [Lisi Niesner/ EPA]

10 % des Turcs résidant en Autriche possèdent une double nationalité illégale. Une situation à laquelle le ministre l’Intérieur entend agir pour mettre un terme, au lendemain du référendum turc. Un article d’Euractiv Allemagne

La double nationalité est un sujet épineux en Autriche. Elle est considérée comme illégale et n’est autorisée que dans de rares cas, pour Arnold Schwarzenegger par exemple.

Pourtant, la plupart des Turcs d’Autriche seraient enregistrés aussi bien dans leur pays d’origine que dans leur pays d’adoption. Les chiffres officiels du gouvernement autrichien font état de 273 000 citoyens d’origine turque dans la république alpine, dont deux tiers possèdent la nationalité autrichienne. Le nombre de ceux possédant un passeport turc reste encore peu clair, mais d’après les estimations, ils seraient près de 10 000.

L'Autriche pourrait interdire les meetings politiques étrangers sur son sol

Faut-il interdit aux personnalités politiques étrangères de faire campagne sur le sol autrichien ? Le parlement national est pour. Un article d’Euractiv Allemagne.

Les personnalités politiques autrichiennes réagissent à présent au référendum du 16 avril et au soutien pour le changement constitutionnel de plus de 73 % des électeurs situés en Autriche.

Le ministre de l’Intérieur, Wolfgang Sobotka (ÖVP), propose de lutter contre le problème de la double nationalité. Il préconise d’en faire une infraction administrative aux yeux de la loi et d’introduire des amendes et des sanctions contre ceux qui la violent délibérément.

Retrait de nationalité

« Nous ne pouvons plus accepter que certaines personnes désobéissent à nos règles et conservent illégalement deux nationalités », estime le ministre.

En vertu des nouvelles dispositions, les personnes déclarées coupables se verraient retirer leur nationalité autrichienne et imposer une amende de 5 000 euros. Le ministre espère que ces sanctions auront un effet dissuasif. Or, d’après le dirigeant du SPÖ, Andreas Schieder, il n’est pas nécessaire de durcir les règles.

Le ministre de l’Intérieur souhaiterait également instaurer de meilleurs échanges de données entre Ankara et Vienne. Une coopération renforcée ne semble cependant pas imminente, au vu des relations tendues entre les deux capitales en ce moment.

Le député autrichien vert Peter Pilz a  farouchement critiqué le vote turc. Il a notamment dénoncé les « fraudes électorales évidentes au cœur de Vienne ».

Peter Pilz a indiqué que les partisans du président turc avaient été transportés en masse vers les bureaux de vote de Vienne, de Salzbourg et de Bregenz. D’après lui, les électeurs anti-Erdoğan auraient également été intimidés, surveillés et suivis avant le référendum. La plupart des électeurs inscrits n’ont donc pas participé (le taux de participation n’a été que de 48 %) en raison de « l’espionnage de la police d’État de Recep Tayyip Erdoğan, qui opère ouvertement en Autriche et en Allemagne depuis des années ».

La Commission «s'inquiète sérieusement» des changements constitutionnels en Turquie

La Commission européenne a souligné les « sérieuses préoccupations » exprimées par le Conseil de l’Europe au sujet des modifications de la constitution turque, soumises au referendum du 16 avril prochain.