UE-Cambodge, des relations dans de beaux draps

Les vêtements, les chaussures et les articles de voyage en provenance du pays khmer, représentant 1,1 milliard d’euros sur le plan des exportations. [EPA-EFE/MAK REMISSA]

Au Cambodge, le secteur du textile a porté plainte contre la Commission européenne devant la Cour de justice de l’Union européenne après la perte de son accès en franchise de taxes et de quotas aux marchés européens.

Selon les plaignants, l’exécutif européen « a échoué à évaluer correctement l’ampleur » de cette action auprès de la filière textile cambodgienne et a enfreint le « droit à une bonne administration » en vertu des traités de l’UE.

Malgré un lobbying intensif, Bruxelles a pris la décision de retirer le pays de son accord « Tout sauf les armes » (TSA) le 12 août, qui permet aux pays en voie de développement de bénéficier de droits de douane réduits ou d’exportations en franchise de droits vers l’UE, autrement dit de stimuler leur croissance économique. Une nouvelle qui touche 20 % des exportations du Cambodge vers le bloc.

Les vêtements, les chaussures et les articles de voyage en provenance du pays khmer, représentant 1,1 milliard d’euros sur le plan des exportations, sont désormais assujettis aux droits douaniers de l’Organisation mondiale du commerce ; une action qui appuie l’appel lancé par l’UE exhortant le pays à accorder davantage d’importance au respect des droits de l’homme.

La Commission européenne avait déjà amorcé le retrait en 2018 à la suite de la dissolution du Parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP) en 2017, le principal parti d’opposition viable aux yeux de Bruxelles. À l’époque, Kem Sokha, leader du parti, avait également été accusé de trahison.

Le Premier ministre cambodgien, Hun Sen, est à la tête du pays depuis 35 ans et son parti siège exclusivement au parlement depuis les élections de 2018.

Les dirigeants de l’UE veulent un meilleur arsenal de sanctions commerciales

Les dirigeants de l’UE enjoindront le Parlement européen et le Conseil de l’UE à examiner au plus vite la possibilité de sanctionner les pays qui enfreignent les règles commerciales et bloquent le processus de règlement des différends.

L’UE a déclaré que « les autorités devaient prendre des mesures pour restaurer les libertés politiques dans le pays, rétablir les conditions sine qua non à la création d’une opposition crédible et démocratique, et initier lancer le processus de réconciliation nationale » ; des étapes à suivre pour débloquer l’accès désormais suspendu.

Jusqu’à présent, la Commission européenne maintient qu’« aucun progrès significatif n’avait été accompli en la matière », ajoutant toutefois qu’elle pourrait revoir sa position si « Phnom Penh montrait des avancées majeures, notamment au sujet des droits civils et politiques ».

Les sanctions commerciales touchent les exportations de vêtements (770 millions d’euros), chaussures (210 millions d’euros) et articles de voyage (12 millions d’euros). Le retrait du pays de l’accord « Tout sauf les armes » se reflète sur environ 20 % des exportations cambodgiennes vers l’UE.

Selon un sondage, les fabricants de chaussures ont essuyé un déclin moyen de 20 à 40 % dans leur volume de production par usine au cours du premier semestre de l’année.

Avant le retrait, le syndicat cambodgien des fabricants de vêtements a fait état de 30 000 à 40 000 licenciements sur les 150 000 employés que comptait l’industrie de la chaussure en début d’année. « Ces chiffres accablants sont le résultat des répercussions de la pandémie de Covid-19 sur la demande en chaussures. »

En outre, l’association dénombrait environ 400 fermetures d’usines au milieu de l’été, soit 150 000 licenciements dans la filière du vêtement.

Les autorités asiatiques ont qualifié la décision européenne d’« immorale », en raison des difficultés économiques résultant de la pandémie. Elles accusent le bloc d’avoir deux poids, deux mesures.

De son côté, la Commission européenne campe sur ses positions, arguant que « même dans le contexte actuel, l’UE était tenue de respecter les règles de la législation européenne ».

« De plus, la crise sanitaire actuelle ne balaie pas la nécessité urgente du Cambodge de respecter les droits de l’homme et du travail », a soutenu un porte-parole de la Commission européenne.

Le respect des droits de l’homme doit rester au cœur de la lutte contre la pandémie et du soutien de la relance mondiale », a-t-elle ajouté.

Le coronavirus bouscule l'Europe, la Chine se félicite d'avoir surmonté la crise

La session du Parlement européen prévue la semaine prochaine à Strasbourg est annulée en raison du risque sanitaire trop élevé lié à la pandémie de Covid-19 et se tiendra à Bruxelles. La Chine se félicite d’avoir surmonté la crise sanitaire.

En juin, le bloc s’était engagé à verser 443 millions d’euros sous la forme de prêts et d’emprunts au Cambodge afin de contrer le nouveau coronavirus.

Certains États membres de l’UE souhaitent réévaluer leurs relations avec Phnom Penh.

La Suède a déclaré qu’elle supprimerait progressivement le financement bilatéral du développement au Cambodge d’ici à la mi-2021 et qu’elle acheminerait plutôt ses aides vers la société civile et les organisations de défense des droits de l’homme.

Par ailleurs, en juillet, le Cambodge a annoncé la conclusion d’un accord commercial avec la Chine concernant principalement les produits agricoles, mais les dates de ratification demeurent inconnues à ce jour.

« Les sanctions commerciales européennes ne restaureront pas une réelle démocratie dans le pays, mais elles permettront de contrôler les agissements du gouvernement. Le Cambodge repose beaucoup moins sur l’aide européenne qu’auparavant, mais les exportations européennes et américaines sont encore primordiales pour son économie », a évoqué John D. Ciorciari, de l’Université du Michigan.

La volonté d’établir un accord avec la Chine offre un coussin économique au Cambodge, mais les autorités doivent faire attention à ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier, a-t-il ajouté.

Parallèlement, au moins huit défenseurs de l’environnement et des droits de l’homme ont été emprisonnés au Cambodge en septembre – et plusieurs dizaines les moins précédents. Le Bureau des Nations Unies pour les droits de l’homme, accompagné de plusieurs organismes internationaux, a réagi sans tarder et appelé à leur libération.

En outre, le Parlement européen a également au retrait de privilèges commerciaux semblables dont jouissent les Philippines, à la suite de la publication d’un rapport sur le caractère systématique et étendu des exécutions extrajudiciaires qui y ont lieu.

« Au vu de la gravité des violations des droits de l’homme dans le pays, [le Parlement] appelle la Commission européenne, en l’absence de tout progrès et de volonté de coopérer de la part des autorités philippines, d’amorcer une procédure qui pourrait aboutir au retrait temporaire du système des préférences généralisées », ont déclaré les législateurs la semaine dernière.

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