Des chercheurs français prévoient un réchauffement climatique plus accentué

EPA-EFE/GUILLAUME HORCAJUELO

Selon de nouvelles projections, l’objectif de 1,5 ° de l’accord de Paris serait hors d’atteinte, et la hausse des températures pourrait atteindre 6 à 7 degrés Celsius en 2100.

Terre de mathématiciens, la France s’enorgueillit souvent de la fiabilité de ses modèles mathématiques, souvent considérés comme des références. Or les dernières projections sur le climat réalisées par plusieurs organismes scientifiques révèlent une situation assez alarmante : les prévisions actuelles seraient un peu trop optimistes par rapport à la réalité du réchauffement.

Selon les modèles de l’institut Pierre-Simon Laplace (IPSL) et du Centre national de recherche météorologique, la planète pourrait se réchauffer jusqu’à 6 – 7 ° en 2100 dans le pire des scénarii. Mais dans le meilleur, la réalité n’est pas tellement plus engageante : si la planète parvient à la neutralité carbone en 2060, ce qui est loin d’être acquis, alors le réchauffement sera de 1,9 °, et non pas inférieur à 1,5 °.

Dans un scénario intermédiaire, qui verrait la planète atteindre la neutralité carbone en 2080, la hausse ne serait que de 2,6 °. « Aucun de nos modèles ne permet d’envisager une hausse des températures limitée à 1,5 ° degrés, mais d’autres modèles le prévoient » tempère Olivier Boucher, directeur de recherche au CNRS et responsable du centre de modélisation du climat. Dans le milieu scientifique, cette hypothèse de 1,5 ° semble de plus en plus fragile. Même si les climatologues répugnent désormais à évoquer un scénario « business as usual », tout simplement parce qu’il n’existe plus : les politiques climatiques sont certes d’une efficacité parfois douteuse, mais elles sont désormais légion.

Le changement climatique rend les canicules cinq fois plus probables

Les températures record de la semaine dernière en France et dans d’autres pays d’Europe seront désormais au moins cinq fois plus probables – voire 100 fois plus. En cause : le changement climatique, selon des chercheurs du World Weather Attribution.

La fiabilité des projections est-elle meilleure que les précédentes ? Les chercheurs répondent par l’affirmative : ces dernières données proviennent du mélange de plusieurs modèles, et le nombre de variables est donc énorme. Au total, elles sont le fruit de 500 millions d’heures de calcul sur des supercalculateurs, avec 3 pétaoctets * de données.

Les interactions entre les océans et la terre, l’atmosphère, les précipitations, les émissions anthropiques ou non, le cycle des glaces, les aérosols… « On tente de complexifier pour arriver à des résultats plus réalistes », explique David Salas y Melio, climatologue chez Meteo France, qui explique le mode de fonctionnement des modèles : chacun d’entre eux tente de traduire les évènements anthropiques en donnés climatiques. Émissions de gaz à effet de serre, d’aérosols et de particules atmosphériques, changement d’affectation des sols ont des conséquences sur l’énergie reçue et perdue par la planète, et doivent donc être intégrés aux calculs en fonction de projections socio-économiques.

Plus de canicules, de sécheresse, de feux de forêt en Europe

Les conséquences plus concrètes de ces projections peuvent sembler compliquées à envisager. « On aura une hausse de la fréquence des canicules en France, au point qu’elles seraient systématiques à partir de 2060 ; pour les précipitations, il se dessine un recul sévère des précipitations pour le bassin méditerranéen, avec une augmentation des épisodes de pluies violentes.

Pour Pascale Braconnot, paléoclimatologue, c’est surtout la rapidité induite par le changement climatique actuel qui rend ses conséquences difficiles à appréhender. La dernière fois qu’une concentration aussi importante de CO² a été constatée dans l’atmosphère, soit 400 ppm, c’était au Pliocène, il y a 400 millions d’années, mais alors la température n’avait varié que de 3 ° et sur plusieurs milliers d’années » souligne l’experte. «  On n’a jamais exploré ça, si vite, on est en perte de repères. Mais ce qui est assez certain c’est que bientôt, on risque d’avoir 47 ° tous les ans, avec tout qui grille. »

Dans un bulletin météo pour 2040 réalisé récemment, Meteo France envisageait pour la France des sécheresses plus longues, des précipitations plus faibles qui rendraient impossibles certaines pratiques agricoles, une multiplication des feux de forêt et des épisodes « cévenols » plus violents.

Le grand écart sur le climat de la France se confirme

Les grandes ambitions sur le long terme et à Bruxelles contrastent avec les renoncements du gouvernement français, concrétisés dans la loi climat énergie actuellement en discussion.

*Un petaoctet =1000 teraoctets ou un million de gigaoctets

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