Du Nigeria au Vanuatu, le groupe des pays ACP s’interroge sur sa pertinence

Carte d'Afrique - © Shuttershock - BrunoRosa

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Cet article fait partie de l'édition spéciale Accord de Cotonou: nouveau départ ou marche arrière?.

L’Union africaine veut dialoguer de continent à continent avec l’Europe. Un changement qui risque de faire imploser le cadre de l’accord de Cotonou.

Les 79 pays du groupe Afrique, Caraïbes et Pacifique doivent entamer au 1er septembre les négociations officielles avec l’Union européenne pour redessiner les contours de l’accord de Cotonou.

Le bloc des pays ACP s’interroge sur son avenir. « Quand cette coopération a débuté en 75, l’accord  entre l’UE et les pays ACP était vraiment novateur. C’était une tentative de la part des pays européens de construire un partenariat avec leurs anciennes colonies, en les aidant à s’intégrer dans l’économie mondiale tout en les gardant proches. C’était un pacte postcolonial » explique Jean Bossuyt, spécialiste des relations ACP-EU, le Centre européen de gestion des politiques de développement (ECDPM).

« Mais c’était il y a 50 ans. Est-ce qu’aujourd’hui ce cadre est toujours pertinent ?  La question se pose » explique l’expert. « Le groupe ACP rassemble 79 pays qui sont tellement différents : il y a le Nigéria et Vanuatu. Ce groupe est devenu trop hétérogène », poursuit-il. Côté européen, le maintien du cadre actuel qui regroupe des pays des quatre coins de la planète n’allait pas de soi.

Certains pays tels que la France, la Belgique, l’Italie ou le Portugal souhaitaient maintenir la coopération avec le groupe ACP. Mais d’autres, à l’image de l’Allemagne, la Suède ou des Pays-Bas réclamaient la fin du cadre ACP.

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« Cette coopération permet de conserver un pôle de stabilité de 79 pays, notamment au moment où les États-Unis se désengagent du multilatéralisme », veut-on croire côté français. À l’inverse, d’autres puissances européennes ont considéré que le cadre ACP n’était plus pertinent, au regard de la diversité des pays qu’il regroupe.

« Il y a des frictions entre l’Union africaine (UA) et le Pacifique et les Caraïbes concernant le cadre de négociation », reconnait un diplomate français. Et pour cause, sans le partenaire africain, le groupe de 79 pays ne constituerait plus un pôle d’intérêt suffisant pour l’Union européenne. « L’enjeu principal du partenariat ACP, c’est tout de  même la relation entre l’Afrique et l’Europe » reconnait un diplomate français.

Une position ACP ? 

Contrairement aux autres parties prenantes, l’Union africaine refuse de démarrer les négociations début septembre, et réclame un délai supplémentaire pour adopter une position séparée sur le mandat ACP.

Lors d’une session en mars à Kigali, les représentants de l’Union africaine ont résolument pris position contre l’alliance entre les pays ACP. « Nous nous engageons à mettre en place un nouveau cadre de coopération avec l’UE séparé du contexte ACP » a affirmé l’UA dans ses conclusions.  « Le nouvel Accord doit être séparé du contexte des ACP et fondé sur un partenariat solide et durable entre les deux continents » poursuivent-ils.

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Pour les représentants de l’UA, « le groupe des ACP ne peut en aucun cas représenter un cadre politique pertinent pour aborder les questions de gouvernance mondiale et régionale, de paix et de sécurité, et de migration. ».

Autre point noir pointé par l’Afrique, la fragmentation de l’unité africaine induite par la forme actuelle de la coopération. En effet, le groupe ACP regroupe la majorité des pays d’Afrique, mais exclu les économies les plus avancées, telles que le Maroc ou l’Algérie.

« Cette fragmentation géographique de l’Afrique dans ses relations de coopération avec l’UE fragilise et ralentit le processus d’intégration en cours sur le continent et sape les intérêts politiques et socioéconomiques de l’Afrique » souligne la position commune africaine sur le post-Cotonou.

Pagaille

Pour autant, la position africaine est loin d’être unitaire. « C’est la pagaille totale, car les pays africains ne sont pas d’accord entre eux sur le besoin du groupe ACP », rappelle Jean Bossuyt. Au-delà de la coopération politique et commerciale prévue par l’accord de Cotonou, la coopération au développement constitue le troisième canal des relations ACP-UE. Et celui auquel les pays en développement craignent le plus de renoncer pour une question de ressources.  Le Mali, le Togo ou Burkina Faso sont toujours en faveur du cadre ACP, car ils craignent d’avoir moins de fonds européens dans le cadre d’un accord de partenariat avec l’Afrique seulement.

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