Erdogan obtient l’annulation des élections d’Istanbul

epa07551975 Les partisans du maire élu d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, lors d'une manifestation contre l'annulation des élections à Istanbul, Turquie, le 6 mai 2019. [Erdem Sahin/EPA/EFE]

Saisi par l’AKP d’Erdoğan, le Haut-comité électoral turc a ordonné l’organisation d’un nouveau scrutin municipal à Istanbul, après une surprenante victoire de l’opposition.

Un peu plus d’un mois après la défaite de l’AKP, au pouvoir, lors des élections stambouliotes, le Haut-comité électoral turc a estimé que certaines commissions électorales n’avaient pas été formées de fonctionnaires, comme le veut la loi. L’élection a donc été annulée et sera réorganisée le 23 juin. Des poursuites ont été engagées contre les responsables de ces manquements.

Lors du premier scrutin, le 31 mars, le candidat de plusieurs partis d’opposition, Ekrem İmamoğlu (issu du CHP), avait battu de peu le candidat de l’AKP, l’ex-Premier ministre Binali Yildirim. Depuis, le parti du président appelait l’autorité électorale à annuler le vote.

Ce jour-là, l’AKP a non seulement perdu le contrôle d’Istanbul, la plus grande ville du pays, mais aussi celui de la capitale, Ankara, pour la première fois en 25 ans. Le parti du président et son allié nationaliste, le MHP, ont immédiatement refusé de reconnaitre la victoire du CHP, invoquant des « irrégularités ».

Pas de victoire face à l’AKP

« On peut se présenter aux élections contre l’AKP, mais pas gagner ! », dénonce l’opposition. « Ce système qui nie la volonté du peuple et ne respecte pas la loi n’est ni démocratique ni légitime », s’emporte de vice-président de CHP, Onursal Adıgüzel.

Le gagnant détrôné condamne quant à lui un Haut-comité qui a cédé face aux pressions politiques. « Ce même comité a présidé à l’élection du président en juin dernier, au référendum et au changement de constitution. Si cette élection est mise en cause, on devrait aussi réévaluer la Constitution », a-t-il souligné, assurant être sûr de l’irréprochabilité des élections à Istanbul.

Dans un communiqué, la Haute Représentante de l’UE, Federica Mogherini, et le commissaire européen au voisinage, Johannes Hahn, ont souligné qu’un processus électoral juste, libre et transparent était essentiel pour toute démocratie et se plaçait au cœur des relations de l’Union avec la Turquie.

« La justification de cette décision importante, prise dans un contexte hautement politisé, doit être soumise au public sans délai », estiment-ils.

Kati Piri, la rapporteuse du Parlement européen sur les questions liées à la Turquie, juge pour sa part que la décision enterre la crédibilité de la transition démocratique via les élections dans le pays.

Suite au jugement du Haut-comité électoral, la livre turque vient de faire son pire plongeon depuis plus d’un mois. Depuis les élections, la monnaie a perdu 10 % de sa valeur. L’incertitude et la prolongation de la campagne inquiète les investisseurs, qui estiment que ces fonds seraient mieux utilisés dans la mise en place de réformes économiques.

Une inflation frôlant les 20 % et un taux de chômage proche de 15 % ont poussé de nombreux électeurs à abandonner l’AKP le 31 mars. D’ici le 23 juin, le pays risque également des sanctions américaines. L’achat prévu de système de missile de défense S-400 à la Russie fâche en effet Washington.

 

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.