Les observateurs européens dénoncent les irrégularités des élections au Zimbabwé

Les sondages indiquaient un coude-à-coude pour les deux favoris. [Aaron Ufumeli/EPA/EFE]

Les observateurs européens au Zimbabwé pointent du doigt la commission électorale et les médias d’État, qui n’ont toujours pas annoncé le résultats des élections, alimentant des craintes quant à une fraude.

Dans son rapport préliminaire, la mission d’observation électorale européenne, dirigée par l’eurodéputé Elmar Brok, accuse la Commission électorale du Zimbabwé (ZEC) d’un « manque persistant d’inclusion et de transparence ».

Ce sont les premières élections depuis le coup d’État mené en novembre par l’ancien vice-président, Emerson Mnangagwa, qui a chassé du pouvoir le président Robert Mugabe après plus de 37 ans de pouvoir. C’est aussi la première élection à laquelle Robert Mugabe ne se présente pas depuis l’indépendance du pays.

Les sondages indiquaient une course au coude-à-coude, Emerson Mnangagwan du parti au pouvoir, le ZANU-PF, et son homologue de l’opposition, Nelson Chamisa, du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), obtenant tous deux 40 % des intentions de vote.

Plusieurs jours après le scrutin, qui s’est déroulé le 30 juillet, il n’y a toujours pas de résultat officiel, ce qui a poussé les deux camps à réclamer la victoire.

Le résultat de l’élection présidentielle doit être annoncée le 4 août, mais le ZANU-PF a déjà récolté une majorité au deux tiers de sièges parlementaires.

Selon le code électoral zimbabwéen, un candidat doit rassembler plus de 50 % des voix pour éviter un second tour qui aurait lieu le 8 septembre. Les spécialistes de la région estiment cependant qu’un accord de coalition sera mis en place, afin d’éviter un nouveau vote qui pourrait engendrer des violences dans le pays.

Processus pacifique

Le rapport de la mission d’observation de l’UE souligne que « l’organisation du scrutin s’est caractérisée par de plusieurs aspects positifs », tels qu’une participation élevée et « un processus bien géré et pacifique dans l’ensemble ».

« À d’autres égards, il subsiste cependant des inquiétudes graves », estime cependant Elmar Brok. Le rapport se réfère par exemple à « un grand nombre d’électeurs ayant bénéficié d’une assistance électorale et d’électeurs ne figurant pas sur les listes électorales ».

Ce sont cependant la commission électorale et le média d’État qui sont le plus égratignés par le rapport des Européens. En ce qui concerne la ZEC, le rapport note que « son manque de transparence et l’absence d’information claire et cohérente sur l’inscritpion des életeurs a alimenté un sentiment de méfiance ».

La mission de l’UE ajoute que « la couverture électorale de la télévision, de la radio et des journaux appartenant à l’État, qui dominent le paysage médiatique, a été fortement biaisés en faveur du parti au pouvoir et du président sortant », concluant qu’il y avait eu un « manque d’égalité des chances » dans la campagne.

L’ancien ambassadeur des États-Unis à Harare, Johnnie Carson, qui dirige une autre équipe d’observateurs électoraux, a pour sa part tiré la sonnette d’alarme au sujet de la gestion des bulletins de vote et de l’absence d’un audit indépendant du registre électoral.

« Il est impératif que le processus de résultats soit crédible et transparent, avec des informations complètes pour chaque bureau de vote, afin d’assurer la confiance dans les résultats », a estimé Brok.

La mission de l’UE a également exhorté les partis politiques à « attendre le résultat final et à rester pacifiques jusqu’à la fin du processus ».

Les soupçons de trucage du scrutin ont suscité des manifestations devant les bureaux de la ZEC dans la capitale, Harare, mercredi, la police utilisant des canons à eau et des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants.

Tendai Biti, qui dirige le parti d’opposition du MDC, fait partie de ceux qui ont menacé de rendre le pays ingouvernable si la commission électorale annonce un résultat truqué.

Des rapports indiquent également que le ZANU-PF a utilisé des menaces de violence et la collecte de bulletins d’inscription sur les listes électorales pour saper la confiance dans le secret du vote. Le parti au pouvoir a également été accusé de manipuler l’aide alimentaire et les programmes agricoles au profit de ses partisans.

Subscribe to our newsletters

Subscribe