L’UE peine à muscler ses objectifs climatiques avant la COP25

[Photo: European Council]

Les ministres de l’Environnement ont convenu de « revoir » leurs ambitions climatiques à partir de l’année prochaine, mais ils n’ont pas donné de chiffres concrets et dix États membres se montrent récalcitrants.

Lors d’une réunion des ministres de l’Environnement à Luxembourg le 4 octobre, les 28 États membres ont atteint une position commune avant la conférence annuelle sur les changements climatiques qui aura lieu à Santiago du Chili en décembre 2019.

Le texte sur lequel les États membres se sont entendus réaffirme que le Conseil de l’UE achèvera ses travaux sur son objectif de neutralité carbone d’ici à la fin de l’année. Les conclusions finales sur les objectifs de 2030 ont toutefois été revues à baisse.

Rétropédalage

Dans le premier brouillon du texte, l’UE indique qu’elle renforcera sa contribution déterminée au niveau national (CDN) de 40 %, « afin de montrer que nos ambitions climatiques vont au-delà de celles actuelles ».

Cette partie a finalement été supprimée de la version finale, qui stipule désormais « en 2020, l’Union européenne modifiera sa CDN, comme convenu dans l’Accord de Paris ».

Miguel Arias Cañete, commissaire européen au Climat et à l’Énergie, a indiqué dans un communiqué de presse à la suite de la réunion que « comme convenu dans l’Accord de Paris, les parties prenantes doivent “modifier” ou “communiquer”. Nous avons ici choisi de “modifier” ». Il s’est aussi exprimé sur les brouillons des conclusions, se référant à la version finale du texte comme étant une « progression des ambitions climatiques européennes ».

Dix pays — la Bulgarie, la République tchèque, la Croatie, l’Estonie, la Grèce, la Hongrie, la Lituanie, Malte, la Pologne et la Roumanie — ont refusé d’utiliser un vocabulaire plus explicite dans le texte. Par ailleurs, trois de ces États membres, la République tchèque, la Pologne et la Hongrie sont les derniers à refuser l’objectif de neutralité carbone d’ici à 2050.

« La décision tant attendue visant à revoir à la hausse les réductions d’émissions de gaz à effet de serre a été une nouvelle fois remise à plus tard, alors que des millions de personnes descendent actuellement dans les rues pour manifester contre l’apathie de leur gouvernement », a déploré Wendel Trio, le chef du groupe environnemental, CAN Europe (Climate Action Network).

Il a ajouté que « l’UE devait avoir des objectifs bien plus ambitieux pour le début de l’année 2020 afin d’encourager d’autres pays à la suivre ».

La présidente élue de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est engagée à augmenter la CDN à 50 %  voire 55 %, si nécessaire. Miguel Cañete a rappelé lors de la réunion à Luxembourg que les politiques européennes actuelles mèneraient de facto le navire européen aux 45 %.

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Du bon boulot  

Les diplomates européens n’étaient pas trop déçus des conclusions tirées à l’issue de la réunion et se sont même félicités d’être tombés sur accord avant la COP25 qui aura lieu à Santiago du Chili en décembre 2019.

Les fonctionnaires et diplomates contactés par Euractiv s’attendaient à ce que certains se montrent réfractaires à l’idée de revoir à la hausse les ambitions climatiques, mais ils ont averti que leur patience, envers ceux qui traînaient encore les pieds, avait ses limites.

La République tchèque et la Pologne sont celles qui refusent corps et âme de s’engager à atteindre de nouveaux objectifs tant que les coûts relatifs à l’abandon des énergies fossiles ne sont pas clairement expliqués. Les autorités polonaises de l’énergie ont martelé la semaine dernière que la neutralité carbone était une « utopie ».

Les diplomates européens ont souligné qu’ils comprenaient les inquiétudes économiques au vu des différences en amont entre la France et la Pologne, mais ils ont aussi affirmé que c’étaient à Budapest, Prague et Varsovie et d’autres, de faire part de leurs besoins au Conseil de l’UE.

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Une accalmie grâce à la BEI ?

Les États membres réfractaires s’attachent probablement à des vétilles, mais leur demande est assez simple : de l’argent, et beaucoup. La Pologne, en particulier, prône un nouveau soutien financier, et ce, en plus des flux financiers déjà existants en provenance du budget de l’UE et du système d’échange de quotas d’émissions.

La Banque européenne d’investissements (BEI), qui réfléchit actuellement à une façon d’affiner sa politique de prêt dans le secteur de l’énergie, est un donateur possible. Selon la proposition esquissée, le prêteur européen financera jusqu’à 75 % des projets présentés par les États membres plus pauvres, alors qu’il n’en couvre généralement que 50 %.

Mais, la proposition initiale de la BEI d’éliminer de ses portefeuilles de prêts les projets relatifs aux combustibles fossiles suscite une controverse. Le dernier brouillon du texte, qui doit être approuvé par les actionnaires, a néanmoins déjà fait taire les rumeurs.

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Plus de 60 groupes de la société civile ont écrit à la BEI lundi 7 octobre pour témoigner de leurs inquiétudes sur le dernier brouillon et ils ont appelé les représentants de la banque à soumettre la version originale à un vote le 15 octobre, date à laquelle une décision doit être prise.

« Les changements proposés vont à l’encontre du brouillon proposé par la BEI et s’opposent aussi à l’objectif européen de neutralité carbone d’ici à 2050 », indique la lettre.

Elle stipule, par ailleurs, que « nous sommes profondément déçus de voir que certaines parties prenantes de la BEI — en particulier la Commission européenne — semblent être parvenues à affaiblir le brouillon original pourtant solide.

La Commission aurait joué un rôle déterminant dans l’introduction d’échappatoires pour le gaz dans la version la plus récente et une source de la BEI a déclaré que les fonctionnaires souhaitaient également repousser le seuil de 2020 pour certains projets relatifs aux combustibles fossiles.

Dans une lettre séparée, envoyée par les investisseurs et les acteurs de l’industrie, la BEI est invitée à “ne pas subventionner les projets relatifs aux combustibles fossiles dont la durée de vie est susceptible de s’étendre à la seconde moitié du siècle”. La lettre ajoute que le premier texte de la banque “a envoyé un signal fort aux marchés financiers et aux institutions financières du monde entier”.

Visant à obtenir le soutien du Parlement européen, Ursula von der Leyen avait insisté, lors de sa campagne, sur sa volonté transformer la BEI en banque climatique de l’UE. Lorsqu’elle prendra ses fonctions le 1er novembre, cette tâche pourrait s’avérer plus ardue.

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