Pour l’Allemagne, Joe Biden insufflerait un vent de changement

Nombreux sont ceux qui, dans l’administration de Donald Trump, considèrent l’Allemagne comme le principal antagoniste idéologique de la Maison blanche sur la scène mondiale. Après l’élection présidentielle américaine de demain (3 novembre), Berlin espère un « nouveau départ pour le partenariat transatlantique », peu importe le vainqueur. [EPA-EFE | Alyssa Pointer/ The Atlanta Journal-Constution]

Nombreux sont ceux qui, dans l’administration de Donald Trump, considèrent l’Allemagne comme le principal antagoniste idéologique de la Maison blanche sur la scène mondiale. Après l’élection présidentielle américaine de demain (3 novembre), Berlin espère un « nouveau départ pour le partenariat transatlantique », peu importe le vainqueur.

Cependant, les experts estiment que – quel que soit le nouveau président – peu de choses changeront sur de nombreux sujets actuellement sources de différends avec Berlin, du gazoduc Nord Stream 2 aux relations avec Moscou et Pékin.

Donald Trump reste très impopulaire en Allemagne, selon un récent sondage de Pew Research, et ses faibles résultats n’ont d’égal que ceux de George W. Bush datant de mars 2003, tandis que les tensions concernant la situation en Irak étaient à leur paroxysme.

Ces chiffres sont d’autant plus étonnants pour un pays qui percevait l’Oncle Sam comme un modèle de liberté, de prospérité et de progrès après la Seconde Guerre mondiale, puis comme un grand partisan de l’unité allemande au début des années 1990.

Quatre années troublées

Au cours des quatre dernières années, l’outre-Rhin est devenu champion du multilatéralisme et se veut leader dans la lutte contre le changement climatique. Une transition qui a créé de profondes divisions entre Berlin et Washington, surtout après le retrait de l’administration Trump de plusieurs accords internationaux sur ces sujets.

La relation entre Donald Trump et Angela Merkel a connu un chemin pour le moins rocailleux, Berlin ayant été une cible fréquente des critiques de président, notamment sur le plan des dépenses allemandes de défense au sein de l’OTAN.

Bien que l’Allemagne continue de considérer les États-Unis d’Amérique comme le partenaire le plus proche de l’UE en matière de politique étrangère et de sécurité, les récents plans de retrait des troupes américaines ont donné une nouvelle tournure aux relations tendues entre Berlin et Washington.

M. Trump et son ancien ambassadeur en Allemagne, Richard Grenell, ont tous deux accusé le pays de faire cavalier seul au sein de l’OTAN en ne payant pas sa juste part en matière de défense, ainsi que de « saper la solidarité » au sein de l’alliance militaire. Finalement, Washington a retiré ses 12 000 soldats d’Allemagne en juillet.

Le Républicain s’en est également pris aux voitures allemandes, laissant entendre qu’elles devraient être frappées d’un droit de douane de 35 %, bien que de nombreux constructeurs automobiles d’outre-Rhin, tels que BMW, VW et Daimler, disposent d’usines de fabrication à grande échelle sur le territoire américain.

États-Unis. Un tiers de l’électorat masculin latino-américain pourrait soutenir Donald Trump

Tandis que les élections approchent à grands pas aux États-Unis, les sondages donnent 9 points d’avance à Joe Biden à l’échelle nationale. Néanmoins, l’analyse de différents groupes d’électeurs révèle que Donald Trump bénéficie d’un soutien inattendu : les Latino-Américains.

Depuis 2015, les États-Unis constituent le plus grand marché pour les exportations allemandes de marchandises, ce qui a poussé M. Trump à critiquer à plusieurs reprises le pays pour son excédent d’exportation. L’industrie allemande a déclaré qu’elle soutenait les efforts visant à désamorcer le conflit commercial et à parvenir à une normalisation des relations.

« L’Allemagne est un pays qui, traditionnellement, dans l’UE, s’est concentré sur la mise en place d’une réglementation adéquate et s’est assuré que nous ne surréglementions pas dans le domaine de la technologie et de la numérisation », a déclaré Casper Klinger, vice-président des affaires gouvernementales européennes chez Microsoft.

« Beaucoup d’entre nous se tourneront vers Berlin pour combler un peu de ce vide et s’assurer que l’Europe ira dans la bonne direction », a-t-il ajouté.

Pas de retour en arrière, même avec une remise à zéro

Peu importe les contentieux du passé ou les résultats prochains des élections, l’Allemagne et l’Europe devront se préparer à « une implication américaine moindre sur la scène internationale », a récemment soutenu le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas.

Berlin « présentera des propositions à Washington peu après les élections – comme une contribution à un nouveau programme transatlantique », a annoncé M. Maas, ajoutant : « Nous avons besoin d’une nouvelle compréhension commune des “règles du jeu” mondiales qui ont été violées par diverses parties au cours des dernières années ».

Cependant, Berlin a rarement aspiré à un changement de pouvoir à Washington comme c’est le cas actuellement, car le sérail politique allemand espère un possible vent de changement dans les relations transatlantiques.

« Nous n’avons pas le luxe de perdre plus de temps à attendre que quelque chose se passe ou ne se passe pas à Washington », a indiqué le député Peter Beyer (CDU), coordinateur de la coopération transatlantique au sein du ministère fédéral allemand des Affaires étrangères.

En ce qui concerne les dépenses de défense, M. Beyer a reconnu que « les exigences futures des États-Unis à notre égard seraient au moins aussi élevées que sous Trump », mais qu’il y aurait « une bien meilleure communication, un respect mutuel et une volonté sérieuse de renforcer la coopération commune, même dans les négociations commerciales ».

Une victoire de Joe Biden signifierait « des possibilités beaucoup plus grandes de développer des solutions transatlantiques communes aux défis du XXI siècle », a avancé la députée Dagmar Freitag (SPD).

Toutefois, même si le Démocrate l’emporte, nombreux sont ceux qui s’accordent à dire que les choses ne reviendront pas à ce qu’elles étaient avant Donald Trump.

La participation électorale américaine devrait écrire une nouvelle page de l'histoire du pays

Bien que les élections américaines aient lieu le 3 novembre, les scrutins sont ouverts depuis des semaines. Plus de 73 millions de personnes ont déjà voté, et au vu du climat actuel, le taux final de participation pourrait être historique. Un article d’Euractiv Allemagne.

« Personne ne devrait avoir l’illusion que tous les problèmes relatifs aux relations transatlantiques seront résolus dès que Donald Trump quittera la Maison-Blanche », a poursuivi Mme Freitag.

Celle-ci est également convaincue que les relations avec la Chine, une question clé de l’approche de la politique étrangère de Washington vis-à-vis de l’Europe et une priorité désignée de la présidence allemande de l’UE, constitueront « l’un des sujets de discorde au cours des débats transatlantiques des prochaines années ».

Trouver « une position commune ne peut être que le résultat d’un dialogue dans lequel les deux parties se rapprochent l’une de l’autre », a renchéri la députée du SPD.

En cas de réélection de Donald Trump, les prévisions concernant les relations UE-US sont nettement plus pessimistes. Le député Cem Özdemir (Verts) n’a pas mâché ses mots sur cette perspective, déclarant qu’elle représenterait « une catastrophe pour la coopération mondiale et un cadeau aux Poutines, Erdogans et Xis de ce monde ».

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer