La Biélorussie pour le transport des céréales ukrainiennes : le dilemme des dirigeants de l’UE

Le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel s'adresse aux journalistes, mardi 30 mai 2022. [Council Newsroom]

*Cet article a été mis à jour avec les commentaires des Premiers ministres de Lettonie et de Belgique.

L’une des solutions pour éviter la crise alimentaire mondiale qui se profile serait de réacheminer le million de tonnes de céréales bloquées en Ukraine via la Biélorussie. Néanmoins, la difficulté est de nature politique puisque, pour cela, l’Union européenne devrait lever les sanctions qu’elle a récemment imposées à Minsk.

Les dirigeants européens, qui se réunissent ce mardi (31 mai) pour la deuxième journée de leur sommet extraordinaire, discuteront de la crise alimentaire imminente et des moyens de contourner le blocage russe des exportations ukrainiennes.

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février, les chaînes d’approvisionnement agricoles mondiales sont en proie à l’incertitude, notamment en ce qui concerne le blé, les céréales et les huiles alimentaires.

On estime que les agriculteurs ukrainiens ont maintenant 22 millions de tonnes métriques de céréales bloquées dans les entrepôts. Des pays entiers, notamment au Moyen-Orient et en Afrique, dépendent des importations ukrainiennes de blé, de maïs et d’huile de tournesol.

L’Organisation des Nations unies (ONU) prévoit une crise alimentaire mondiale si les stocks ukrainiens restent bloqués.

Selon certaines sources, les diplomates ont discuté de la route de Biélorussie, qui consiste à acheminer les céréales de l’Ukraine vers la mer Baltique, au lieu de la mer Noire. L’avantage d’une telle solution est que les rails biélorusses sont de la même largeur que ceux de l’Ukraine, héritage de l’époque soviétique.

La Biélorussie est un pays enclavé, mais il exportait autrefois d’énormes quantités de potasse par voie ferrée vers le port lituanien de Klaipeda. La Lituanie est également une ancienne république soviétique qui a elle aussi hérité des rails aux normes soviétiques.

L’UE a interdit toutes les importations de potasse de Biélorussie, un engrais crucial dont la production est largement insuffisante en Europe. Cette décision a été prise en réaction au soutien apporté par Minsk à Moscou lors de son attaque militaire contre l’Ukraine.

Des sanctions économiques visant les exportations de potasse biélorusse avaient déjà été introduites en juin de l’année dernière en réponse à l’atterrissage forcé d’un vol Ryanair à Minsk, qui avait conduit à l’incarcération du militant de l’opposition Roman Protasevich et de sa petite amie Sofia Sapega, qui se rendaient tous deux en Lituanie.

Interrogé lundi sur la route de Biélorussie, le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel a confié que la situation était compliquée.

« Lever les sanctions [car cela représente une] opportunité pour nous, qui sont différentes des raisons pour lesquelles nous avons imposé les sanctions, je trouve cela un peu délicat », a-t-il expliqué.

M. Bettel a ajouté qu’il s’agissait d’une question qui devait être discutée lors du sommet.

« Parlons de tout et trouvons des solutions communes », a-t-il déclaré.

En février dernier lors d’une rencontre avec le président russe Vladimir Poutine, le président de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, avait déclaré qu’il attendait de la Russie qu’elle construise un nouveau port sur la mer Baltique pour ses exportations de potasse, qui sont frappées par les sanctions occidentales.

Interrogé par EURACTIV sur la route biélorusse, Krišjānis Kariņš, le Premier ministre letton, a déclaré mardi (31 mai) que toutes les options devaient être étudiées, mais qu’elles présentaient toutes des difficultés potentielles.

« La Biélorussie est soumise à des sanctions, et à juste titre, tout comme la Russie. Pour que la Biélorussie accepte d’exporter des céréales ukrainiennes, ce qu’elle aurait pu faire sans difficulté en passant par les ports de la Baltique, nous disposons d’une grande capacité. La question est de savoir ce que la Biélorussie va demander en retour. Et ce prix pourrait être trop élevé », a-t-il poursuivi.

Interrogé sur la même question, le Premier ministre belge Alexandre de Croo a estimé que l’option de la Biélorussie ne semblait pas envisageable en raison des sanctions.

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