La COP23 à la recherche de leadership politique

Des manifestants de Greenpeace sur le Rhin, à Bonn, le 15 novembre. Photo Greenpeace

Entre l’Allemagne qui creuse ses mines de charbon, l’UE empêtrée dans ses contradictions et la France qui apporte des idées mais aucun nouvel engagement, l’épisode politique de la COP s’est avéré un peu léger.

À seulement 50 km de Bonn où se tient la COP23, la forêt millénaire de Hambach est menacée par l’extension d’une mine de charbon, qui pourrait se traduire d’ici quelques semaines par l’abattage d’arbres centenaires. L’électricité consommée par la COP23, qui se targue d’être neutre en carbone, est partiellement produite à partir de centrale à charbons.

Voilà le genre de contradiction auxquelles est confronté la première puissance européenne en accueillant la COP23. La pression inhérente à ce type de manifestation est montée d’un cran, mercredi, avec l’arrivée des chefs d’État pour la traditionnelle farandole des déclarations en séance plénière.

Déjà interpellée le week-end dernier, la chancelière a été accueillie par de grandes banderoles réclamant de laisser les hydrocarbures sous terre (« Keep it in the ground »).

En réponse, la chancelière a courageusement évoqué le sujet du charbon dans son propre discours, soulignant la question de la lignite, un charbon particulièrement polluant. « Nous avons des conflits au sein de la société allemande, qui seront discutés » dans les prochaines semaines a-t-elle promis.

En pleine négociation Verts-FDP-CDU pour la formation d’une coalition de gouvernement, le sujet arrive à point nommé. Les Verts viennent de refuser la fermeture de seulement 10 centrales à charbon d’ici 2020. Mais alors que l’Allemagne a déjà raté son objectif d’une réduction de 40 % d’émissions de réduction avant 2020, les ONG rêvaient d’une date butoir pour renoncer au charbon.

Un objectif 2030 modeste pour l’UE

À l’inverse, la chancelière a réitéré l’objectif de réduction de 40 % des émissions de CO2 de l’Union européenne d’ici 2030, une cible fixée par la Commission européenne, que de nombreux acteurs jugent peu ambitieuse.

Interrogé dans la matinée sur cette ambition plutôt décevante de l’UE sur le long terme, puisque le potentiel est plus important selon les ONG, le commissaire espagnol s’est employé à se cacher derrière le Parlement européen.

« Nous attendons de savoir quelle sera la position du Parlement européen, et si on nous demande de rehausser l’ambition nous ferons une proposition en ce sens en 2018 », a simplement assuré Miguel Arias Canete. Pas de leadership de ce côté là non plus.

Empêtrée dans ses propres contradictions, l’UE tente déjà non sans mal de convaincre la Pologne de ratifier la seconde partie du protocole de Kyoto à la COP23.

L'UE tentée de contourner la Pologne pour tenir ses engagements climat

Le commissaire au climat a assuré que l’UE allaient tenter de dépasser le blocage de la Pologne pour la signature de l’amendement de Doha, qui représente la seconde partie du protocole de Kyoto.

Second chef d’État européen présent, Emmanuel Macron n’a pas non plus appelé à une ambition plus poussée.

Il a toutefois déroulé plusieurs propositions concrètes qui ont suscité les applaudissements de la salle. Notamment en invitant les autres pays de l’UE à contribuer, avec la France, au financement des recherches scientifiques du GIEC (IPCC). « Je souhaite que l’UE se substitue aux Américains, et qu’un maximum d’États puisse à nos côtés compenser la perte de financement américain pour le GIEC », a-t- il proposé.

Un prix plancher du carbone à 30 euros

Au niveau européen, il s’est aussi engagé à multiplier les interconnexions électriques avec l’Irlande, l’Espagne, l’Italie et le Portugal, et à fixer un prix plancher du carbone. « Je suis favorable à ce que nous puissions acter un vrai prix à 30 euros la tonne qui permettra de changer les comportements », a-t-il précisé, assurant que ce plancher complèterait l’accord obtenu la semaine dernière, en trilogue, pour la réforme du marché du carbone.

Beau discours, mais pas d’engagement

Le chef d’État dont l’éloquence impressionne plus fortement à l’international qu’en France a aussi marqué des points du côté des pays du Sud, en reconnaissant que « les pays riches ont une double responsabilité : nous avons participé au changement climatique, nous devons donc participer activement à l’atténuation. Les pays riches ont imposé au monde leur universel, aujourd’hui il leur est interdit d’opposer au monde leur propre tragédie », a-t-il souligné.

Malgré son enthousiasme, les ONG qui devaient le rencontrer dans la soirée à Bonn se sont montrées dubitatives. Le chef d’État n’a notamment pas évoqué les 5 milliards promis par le précédent gouvernement pour les pertes et dommages des pays du Sud, ce qui inquiète les observateurs comme Lucile Dufour du Réseau Action Climat.

« Emmanuel Macron est venu les poches vides à la COP23 et n’a fait aucune nouvelle annonce financière pour les pays les plus pauvres, qui sont pourtant en première ligne du changement climatique », a regretté Armelle Le Comte d’Oxfam.

« Ce qui est décevant c’est l’absence de nouvelle annonce. Espérons qu’elles soient gardées pour le sommet du 12 décembre », a renchéri Célia Gauthier de la fondation Nicolat Hulot sur Twitter.

Le sommet du 12 décembre vise notamment à réveiller l’ambition et le leadership politique sur le sujet climat, même si le projet reste aujourd’hui à l’état de pari. Comme à la COP, une cinquantaine de chefs d’État africains ont déjà toqué à la porte pour y participer. Mais pour créer de nouvelles coalitions de poids contre le changement climatique, l’Élysée a surtout besoin des plus gros émetteurs de CO2 comme la Chine, l’Inde, les collectivités locales et la société civile américaine. Il devra aussi convaincre les pays plus en retrait dans la lutte, comme le groupe « parapluie » (Canada, le Japon et l’Australie). Pour l’heure, le leadership franco-allemand sur le climat reste à l’état de souhait.

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