La guerre est déclarée entre pro-européens et anti-migrants

En élargissant le centre de l’échiquier politique, Macron a provoqué une radicalisation de la rhétorique des partis traditionnels en France. En Europe, le clivage entre pro et anti-européens se creuse autour du thème des migrations.

Où va la droite française ? s’interroge le député Les Républicains Maël de Calan dans un ouvrage, « La tentation populiste », sorti le 30 aout. Chez LR, le virage droitier du chef de parti, Laurent Wauquiez, suscite interrogations et doutes. Le discours tenu lors de l’université d’été du parti de droite, « aurait très bien pu être prononcé par Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan », peste un militant découragé.

C’est une des conséquences du succès politique de La République En Marche : en ravivant le centre de l’échiquier politique, le phénomène Macron incite les partis traditionnels à radicaliser leurs positions pour se démarquer.

Dénonçant une «  petite élite confite dans ses certitudes », Laurent Wauquiez a demandé au gouvernement Macron de « rendre l’argent » aux Français en abaissant le niveau de prélèvement obligatoire. Une phrase utilisée par les opposants à François Fillon durant la campagne présidentielle de 2017, et qui fait donc référence à un épisode d’argent sale. Il a aussi déclaré que les Français refusaient de « devenir étrangers dans leur propre pays », laissant entendre que des flots de migrants menaçaient la France. Dans les faits, 8000 demandes d’asile ont été déposées au premier semestre 2018. Soit 1 demande pour 8750 habitants.

À gauche, le Parti socialiste se veut plus modéré. Mais en tentant de rester à équidistance entre Macron et Mélenchon, le parti qui avait porté François Hollande au pouvoir est devenu inaudible. Il peine même à se trouver une tête de liste en France pour les élections européennes. Malgré les candidatures spontanées de Pierre Moscovici ou Julien Dray, le premier secrétaire du parti, Olivier Faure, a proposé au Belge Paul Magnette de mener la bataille, avant d’essuyer un refus.

L’ancien Premier ministre Manuel Valls a préféré aller voir ailleurs et devrait annoncer sa candidature à la mairie de Barcelone. Devant l’absence de consensus ou de personnalité, la gauche est renvoyée tout en bas des projections électorales, avec 6 % des intentions de vote pour le PS selon le dernier sondage, ou 3 % pour Benoit Hamon. C’est en revanche Jean-Luc Mélenchon qui se fait entendre et grimpe dans les sondages avec 14 % d’intention de vote, juste derrière les Républicains (15 % et le Rassemblement national, ex-FN (17 %). « Nous voulons faire des élections européennes un referendum anti-Macron »,  assure Mélenchon.

Le cas de la délégation socialiste au Parlement européen illustre bien comment l’effet Macron fait imploser la gauche : Emmanuel Maurel devrait rejoindre prochainement Mélenchon, Édouard Martin a décidé de jeter l’éponge, Isabelle Thomas et Guillaume Balas ont rejoint Benoit Hamon au sein de son mouvement Génération.

Le phénomène de renforcement des extrêmes est aussi à l’œuvre au niveau européen.

La guerre est d’ailleurs déclarée entre pro-populistes et pro-européens. Le leader de la Lega italienne, Matteo Salvini, ainsi que le Premier ministre hongrois Viktor Orban ont estimé que Macron était leur ennemi numéro un.  « Si Salvini et Orban me voient comme leur adversaire politique, ils ont raison », a clairement indiqué Emmanuel Macron, après une rencontre entre les populistes italien et hongrois. Un discours repris par la ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau. « Le populisme peut venir des partis traditionnels. Le Brexit émanait de partis traditionnels modérés », a souligné la ministre lors de la rentrée de Sciences Po cette semaine.

Risque d’implosion de la droite ?

Cette approche assumée de Macron contre les populismes montre que LREM a clairement l’intention de s’opposer frontalement à la droite européenne, dont le leader, Manfred Weber, a annoncé sa candidature le 5 septembre. Issu de la droite assez radicale de Bavière, la CSU, le responsable du groupe PPE a fermé les yeux jusqu’à maintenant sur les errements son membre hongrois, le Fidesz.

Une position dangereuse pour le PPE, qui risque l’implosion tout comme la droite LR s’est divisée en France autour du clivage entre pro-Européens et anti-immigrations.

Au sein du prochain hémicycle européen qui sortira des urnes fin mai, cette opposition entre « progressistes », qui inclurait des élus socialistes, verts, et de droite traditionnelle contre tous les autres pourrait fonctionner.

Lorsque Christophe Castaner, a rencontré Guy Verhofstadt à Bruxelles cette semaine, ils ont conclu qu’ils partageaient une ambition commune : « l’alliance des forces progressistes européennes pour faire barrage aux conservateurs et nationalistes ». Mais Castaner ne soutient pas le système des Spitzenkandidat qu’il considère anti-démocratique. Dans les faits, aujourd’hui, c’est Angela Merkel qui élit seule le président de la Commission européenne, en adoubant le candidat du PPE pour les élections européennes, puisque le PPE gagne systématiquement.

Les macronistes deviennent « progressistes » pour les élections européennes

Emmanuel Macron veut bouleverser l’écosystème politique européen. Il espère forger une nouvelle alliance progressiste à la fin de l’année pour les élections européennes de 2019.

On comprend pourquoi la France préfère laisser le jeu des principaux postes européens ouverts. Et aussi la préférence de Macron pour la  commissaire danoise Margrethe Vestager, réputée pour sa diplomatie, que le sanguin Guy Verhofstadt, pour mener le centre aux élections européennes.

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