L’adieu de l’Espagne à un symbole de la dictature

Le mausolée du "Valle de los Caídos"où le dictateur Francisco Franco a été enterré pendant 44 ans. [EPA-EFE/MARISCAL]

L’Espagne a vécu un événement historique le 24 octobre : la dépouille du dictateur Francisco Franco a été exhumée de son mausolée du « Valle de los Caídos » pour être transportée dans un cimetière municipal madrilène. Un article d’Euroefe.

Le processus d’exhumation a pour but de clore un chapitre de l’histoire espagnole et de corriger ce qui constitue une anomalie dans un pays démocratique : depuis sa mort il y a 44 ans, en novembre 1975, le dictateur Francisco Franco repose dans un mausolée étatique.

Seul un groupe de 22 membres de la famille et un nombre restreint de fonctionnaires et d’ouvriers — le minimum indispensable au déroulement de l’opération — étaient présents. L’événement a eu lieu dans l’intimité, les médias et le public ayant été tenus à l’écart.

Seule une chaîne de télévision de l’État et une équipe du département iconographique de l’agence EFE ont été autorisées à accéder au périmètre extérieur de la basilique excavée dans la roche.

Le processus a commencé à 8 h 30 GMT, avec le déplacement de la dalle de granit d’une tonne et demie sous laquelle se trouvait le cercueil du dictateur.

L’événement a eu lieu en présence des proches de Franco, de ses sept petits-enfants et de certains de ses arrière-petits-enfants. Accompagnée de quelques fonctionnaires, la ministre de la Justice, Dolores Delgado, y a également assisté en sa qualité de grande notaire du Royaume.

Opposition du prieur

Selon des sources du gouvernement, le cercueil a été extrait de la fosse et après 12 h 30, le prieur du « Valle de los Caídos », Santiago Cantera, qui s’est opposé jusqu’au dernier moment à l’exhumation, a procédé à une brève oraison.

Après l’exhumation, le cercueil, porté par des descendants du dictateur, a été emmené jusqu’à l’esplanade du monument où il a été placé dans un corbillard. Le véhicule l’a ensuite transporté jusqu’à un hélicoptère qui l’a transféré au cimetière de Mingorrubio-El Pardo, un quartier situé dans un cadre verdoyant à plusieurs kilomètres de Madrid.

Durant le transport du cercueil dans le corbillard, des exclamations telles que « Vive l’Espagne » et « Vive Franco » se sont fait entendre.

Honneurs militaires refusés

Le gouvernement a rejeté les requêtes de la famille de Franco, qui réclamait un enterrement avec les honneurs militaires. Elle souhaitait aussi que le drapeau du pays soit placé sur le cercueil.

Après le départ de l’hélicoptère, le reste du cortège a pris l’autoroute pour effectuer le trajet de quelque 60 kilomètres séparant le « Valle de los Caídos » du nouveau lieu de sépulture.

Sur décision de la famille, la dépouille a été transportée dans son cercueil d’origine en dépit des dommages qu’il présente. Constitué d’une partie interne en zinc scellée et d’une partie en bois, il a été recouvert d’une étoffe de couleur marron avant le transfert.

La dépouille a été inhumée à nouveau au panthéon du cimetière d’El Pardo, où la veuve de Franco, Carmen Polo, est déjà enterrée depuis 1988.

Le cimetière ayant été préalablement fermé, une messe a été célébrée dans l’intimité.

À la demande de la famille de Franco, le prêtre officiant était un fils d’Antonio Tejero, l’officier de la Garde civile qui a dirigé l’assaut contre le Congrès des députés lors de la tentative de coup d’État contre la démocratie espagnole naissante en 1981.

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