L’agence pour les réfugiés palestiniens pourrait disparaître, selon l’ONU

« Le fort soutien politique [à l’agence] ne se traduit pas par la mise à disposition de ressources équivalentes », a confié à EURACTIV le commissaire général de l’UNRWA, Philippe Lazzarini. [EPA-EFE/ALAA BADARNEH]

L’effondrement de l’agence internationale responsable des réfugiés palestiniens en raison du sous-financement chronique de la part des pays de l’ONU pourrait avoir des conséquences imprévisibles dans une région déjà en proie à l’instabilité, avertissent des experts et des responsables.

En novembre dernier, l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), qui opère à Gaza, en Cisjordanie ainsi que dans les pays environnants, était sur le point de cesser ses activités par manque de ressources financières. Son effondrement immédiat a alors été évité, mais des solutions à long terme doivent encore être trouvées.

« Le fort soutien politique [à l’agence] ne se traduit pas par la mise à disposition de ressources équivalentes », a confié à EURACTIV le commissaire général de l’UNRWA, Philippe Lazzarini.

La Syrie, le Liban et la Jordanie accueillent actuellement plus de 3 millions de réfugiés palestiniens.

L’agence dépend des contributions volontaires des États membres de l’ONU pour fournir des services tels que l’éducation et les soins de santé, que les pays d’accueil ne sont pas en mesure de fournir.

En fournissant ces services de base aux réfugiés, l’agence maintient « une situation relativement acceptable aux yeux de la communauté internationale et des principaux acteurs régionaux », a déclaré Michael Dumper, professeur de politique du Moyen-Orient à l’Université d’Exeter.

« L’UNRWA stabilise ce qui serait une situation politique très critique », a-t-il ajouté.

Cependant, des années de sous-financement mettent l’agence dans une position de plus en plus précaire, au point qu’elle ne peut plus garantir les salaires de son personnel.

M. Lazzarini craint que la situation ne se détériore encore et n’atteigne un « point de non-retour » où les coûts ne pourront plus être couverts, provoquant « l’implosion de l’organisation ou la poussant dans une situation où nous serons incapables de couvrir les besoins ».

« La région dans laquelle nous opérons est une région très instable qui ne peut pas se permettre une autre crise aux conséquences imprévisibles », a déclaré M. Lazzarini.

Des services essentiels

L’UNRWA a été créée en tant qu’agence d’aide temporaire pour les Palestiniens déplacés après le conflit de 1948, mais son mandat a été renouvelé depuis, puisque les tensions israélo-palestiniennes ne sont toujours pas résolues.

L’agence compte plus de 30 000 employés, principalement des enseignants et des travailleurs de la santé, et aide jusqu’à 5,6 millions de personnes enregistrées comme réfugiés palestiniens.

Outre l’aide alimentaire et les aides financières d’urgence, l’UNRWA fournit actuellement une éducation à plus de 550 000 jeunes Palestiniens de la région et des soins de santé primaires à plus de 2 millions de réfugiés.

Cependant, la population toujours plus importante de réfugiés palestiniens exerce une pression croissante sur le budget de l’UNRWA. Rien qu’à Gaza, l’agence accueille chaque année 3 000 nouveaux enfants dans ses écoles.

« Nos coûts vont continuer à augmenter avec les besoins croissants des réfugiés et s’il n’y a pas d’alternatives pour que les réfugiés puissent accéder à ces services différemment, l’UNRWA sera mis dans une situation de plus en plus intenable », a déclaré M. Lazzarini.

Crise financière

L’agence accuse actuellement un déficit de 100 millions de dollars sur un budget de 806 millions de dollars, selon Mathias Burchard, directeur du bureau européen de l’agence.

En 2022, l’UNRWA n’a obtenu que 49 millions de dollars sur les 365 millions qu’elle avait demandés pour les réfugiés touchés par la crise en Syrie, où vivent actuellement 438 000 Palestiniens.

L’agence a réduit ses coûts de 600 millions de dollars au cours des six dernières années afin de garantir la continuité de l’aide humanitaire.

« Le prix à payer a été très élevé, puisqu’il a fallu réduire les coûts d’entretien, augmenter considérablement la taille des classes, etc. », a expliqué M. Burchard lors d’un point presse avant la conférence de Bruxelles sur l’avenir de la Syrie qui a eu lieu le 10 mai.

La crise financière affecte également les services de santé. À Gaza, par exemple, la cheffe du programme de santé de l’UNRWA, Ghada Al Jadba, a déclaré que les restrictions financières sont « une autre forme de souffrance » pour les réfugiés traumatisés.

« J’ai tout le temps l’impression d’être attaquée et les attaques ne sont pas nécessairement des frappes aériennes », a-t-elle confié à EURACTIV, ajoutant qu’elle « s’attend chaque jour à des mesures d’austérité ».

« En tant que chef du programme, je me bats pour essayer de fournir des services vitaux essentiels très basiques avec des ressources très, très limitées », a-t-elle affirmé.

Pour ne rien arranger, la guerre entre la Russie et l’Ukraine a perturbé l’approvisionnement alimentaire de la région et affecté le financement de l’UNRWA, plusieurs pays ayant retardé leurs promesses ou détourné des fonds vers la crise qui se déroule à la frontière orientale de l’UE.

Un soutien européen hésitant

Si l’Union européenne reste l’un des principaux contributeurs à l’agence des Nations unies, avec 356 millions d’euros de dons en 2021, M. Burchard a déclaré qu’il y avait eu « une diminution brutale du financement de l’UE ».

Le soutien de l’UE à l’agence a considérablement diminué après la fin du Fonds fiduciaire régional de l’UE en réponse à la crise syrienne en 2021.

L’UNRWA demande maintenant à l’UE de maintenir au moins les niveaux de financement de l’année dernière.

M. Dumper a déclaré que si l’UE devait cesser de financer l’UNRWA, « ce serait une crise totale, un peu comme avec le retrait de Trump ».

Le gouvernement américain a décidé de réduire les fonds de l’agence onusienne dès 2018, malgré l’opposition des pays d’accueil et des services de renseignement israéliens qui craignaient que la fermeture des écoles ne soit « une recette pour la radicalisation ».

Le président américain Joe Biden est revenu sur cette position en avril 2021.

Selon M. Dumper, l’agence devrait également commencer à diversifier ses sources de revenus, en s’adressant à des institutions financières internationales comme la Banque mondiale.

Le mois dernier, M. Lazzarini a déclaré que l’agence ne pouvait pas continuer à compter uniquement sur des financements volontaires, laissant entrevoir la possibilité de déléguer certains services à d’autres organisations des Nations unies.

« Une option actuellement à l’étude consiste à maximiser les partenariats au sein du système des Nations unies au sens large », a-t-il déclaré dans un message adressé aux réfugiés palestiniens.

Bien qu’il ait expliqué que cela n’impliquait pas un « transfert de responsabilités », cette déclaration a suscité l’indignation des Palestiniens, qui craignent que cette décision ne signe la mort de cette agence.

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