À Davos, les dirigeants européens appellent à plus d’égalité sociale

Angela Merlek, Emmanuel Macron et Paola Gentiloni. [Palazzo Chigi/Flickr]

Les dirigeants allemand, français et italien ont affirmé être prêts à repenser la mondialisation et à corriger les erreurs du passé afin de rééquilibrer les inégalités au niveau mondial.

Lors de son intervention au Forum économique mondial, la chancelière allemande, Angela Merkel, a estimé que le multilatéralisme était en danger, et regretté que le monde ait oublié les leçons du passé, à l’approche du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale.

Elle a insisté sur le fait que l’unilatéralisme et le protectionnisme n’étaient pas une solution, une remarque sans doute adressée au président américain, Donald Trump, qui s’exprimera le 26 janvier, dernier jour du forum.

« À l’avenir, l’Allemagne voudrait contribuer à la résolution des problèmes du monde, nous estimons que se replier sur soi-même et s’isoler ne mènera pas à un avenir positif », a-t-elle ajouté, faisant référence à une UE toujours plus intégrée comme élément de solution.

Quelques heures plus tard, le président français, Emmanuel Macron, s’est à son tour exprimé dans la salle plénière bondée de Davos. Il a fait écho à la chancelière, appelant à la construction d’un monde libre et juste.

« Le capitalisme contemporain est en crise. C’est devenu un capitalisme de superstars où la répartition de la valeur ajoutée n’est pas équitable. Nous devons mettre en place des mécanismes plus juste pour le partage de la valeur ajoutée », a-t-il déclaré, exhortant les représentants du monde des affaires présents dans la salle à endosser leurs responsabilités et à contribuer à la réforme de la mondialisation.

« Si nous voulons mieux partager, nous devons instaurer une stratégie fiscale plus coordonnée au niveau mondial. Il ne devrait pas y avoir de nivellement par le bas », a-t-il poursuivi. « Nous devons mettre en place des mécanismes permettant d’éviter les stratégies d’optimisation fiscale de certaines entreprises. C’est une question morale. »

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Les inégalités : basta !

Les inégalités sont à la hausse partout dans le monde, mais n’augmentent pas au même rythme. Sur ce volet, l’Europe donne un exemple positif. En effet, l’UE reste la gardienne d’un certain degré de justice sociale, grâce à des systèmes sociaux aboutis.

« Certains pensaient que la croissance résoudrait tous nos problèmes. Ce n’est pas le cas, parce que cette croissance est moins équitable », fait remarquer le président français.

Pour lui, le fait de négliger la cohésion sociale, et avec elle de larges pans des populations plus pauvres en Europe, entraînera encore davantage d’opposition à la mondialisation. Il propose donc une nouvelle stratégie fondée sur trois éléments fondamentaux : l’investissement, le partage et la protection.

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Emmanuel Macron souhaite également un Fonds monétaire international plus solide, doté d’un mandat plus large incluant notamment des compétences réglementaires sur certains domaines du système financier qui échappent actuellement à ses réglementations, y compris les cryptomonnaies ou le système bancaire parallèle.

Le président français a par ailleurs souligné que sa vision du monde et celle de Justin Trudeau, le Premier ministre canadien, étaient alignées.

Depuis un an, les dirigeants d’entreprise présents à Davos ont profité d’une augmentation de la richesse, en raison de la hausse des marchés boursiers, a d’ailleurs déclaré Justin Trudeau plus tôt cette semaine, se demandant s’ils voulaient « vivre dans des enclaves fermées pendant que ceux qui les entourent luttent » pour survivre.

Malgré la décision de Donald Trump de retirer les États-Unis du Partenariat transpacifique, le Canadien a profité de son discours pour annoncer que les dix autres membres de l’accord allaient aller de l’avant avec l’accord de libre-échange.

Emmanuel Macron a également profité du forum pour réaffirmer que « la France [était] de retour au cœur de l’Europe ». Il estime cependant qu’il est temps de concevoir une nouvelle pour l’Europe, qui a notamment un rôle à jouer comme médiatrice entre la Chine et les États-Unis, selon lui.

« Pour éviter la fragmentation du monde, nous avons besoin d’une Europe plus forte. Nous devons avoir une stratégie sur dix ans pour faire de l’Europe une puissance verte, scientifique et politique. Nous avons besoin de plus d’ambition pour avoir une Europe plus unie », affirme-t-il.

Le Premier ministre italien, Paolo Gentiloni, a également critiqué les chefs d’entreprise en déclarant que « l’inégalité continue à augmenter, atteignant des niveaux intolérables, même si la croissance augmente ».

« Nous ne pouvons pas finir dans un monde qui compte une élite numérique cosmopolite et une armée de travailleurs mécontents », a-t-il souligné. « Aujourd’hui, nous devons répondre positivement et résolument à l’appel en faveur d’une Europe plus forte. Notre histoire et nos racines ne sont pas synonymes de protectionnisme. »

À l’heure où « les politiques européens sont en train de subir des changements radicaux », « la fragmentation politique est une nouvelle caractéristique du vieux continent », a-t-il ajouté, en référence aux nouveaux groupes politiques qui se forment en réponse au mécontentement généralisé, offrant des raccourcis et des solutions simplistes.

Pendant ce temps, une grande partie de la population est insatisfaite de l’absence de politiques appropriées pour faire face à des crises de longue date, comme celle de l’immigration.

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