Les ONG contestent le nouveau consensus sur le développement

La stratégie est loin de faire l'unanimité. [Matt Tempest/Flickr]

A peine adopté par les ministres des Affaires étrangères, le nouveau consensus sur le développement est décrié par les ONG de terrain. La priorité à la sécurité est notamment dénoncée.

Présenté l’an dernier par la Commission, le consensus sur le développement a pour objectif d’intégrer les 17 objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU à la politique européenne de développement.

Le document est cependant centré sur le programme dit de « sécuritisation » et sur le contrôle de l’immigration, dans le contexte de la crise des réfugiés, de l’accord avec la Turquie et du nouveau fonds d’urgence pour l’Afrique. Une approche dénoncée par nombre d’organisations, notamment celles qui sont actives en Afrique.

Réactions mitigées face à la nouvelle stratégie de l'UE pour le développement

Les ONG ont accueilli avec réserve la refonte totale de la stratégie de l’UE sur le développement.

Oxfam, l’une des ONG les plus importantes au monde, a ainsi rejeté le document, regrettant que « les intérêts [des États membres] priment sur la solidarité ». Concord, la fédération représentant les ONG de développement à Bruxelles, a également jugé que la priorité donnée aux « intérêts économiques, commerciaux, migratoires et sécuritaires européens » risquait sérieusement d’annuler tout le positif émanant de ce nouveau consensus.

En arrivant au sommet européen, auquel participait également Amina Mohammed, vice-secrétaire-générale de l’ONU, Federica Mogherini, Haute Représentante de l’UE, a défendu la réforme de la politique européenne de développement. « C’est une nouvelle manière d’envisager le développement, afin d’adapter celui-ci aux évolutions des priorités internationales de ces dernières années », a-t-elle indiqué.

« Le monde a changé, la situation du monde a changé et nous adaptons nos politiques à ces changements », a-t-elle ajouté. « Nous transformons donc notre approche de donateur-bénéficiaire en une approche de partenariat qui couvrent toutes sortes de domaines différents. Il s’agit toujours principalement de réduction et d’éradication de la pauvreté, mais cela couvre aussi beaucoup d’autres domaines qui touchent directement les gens sur le terrain. »

Suite à la crise des réfugiés en 2015, l’UE a signé un accord avec la Turquie, afin de rapatrier les migrants, et a mis en place le fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique, qui tente de limiter les causes originelles de l’immigration illégale.

Les sceptiques du nouveau consensus soulignent que celui-ci contient des mesures liées à la sécurité, à l’immigration et aux forces militaires et armées. Ils craignent donc que l’aide publique au développement (APD) ne finisse par être dépensée dans le but d’empêcher les Africains pauvres de quitter leur pays plutôt que d’améliorer leurs conditions de vie.

Les pays européens, champions du détournement de l’aide au développement

La crise migratoire a poussé les pays européens à utiliser une large partie de leur aide au développement pour financer l’accueil des réfugiés. Une pratique qui fait gonfler artificiellement la « générosité » de ces  pays sans qu’un centime ne quitte le territoire. Un article de notre partenaire The Guardian.

Natalia Alonso, directrice adjointe pour le plaidoyer et les campagnes chez Oxfam, estime qu’en adoptant cette nouvelle politique, « les gouvernements européens suivent la tendance selon laquelle l’aide au développement est utilisée pour remplir des objectifs nationaux à court terme ». « Ils ont adopté un cadre […] qui ne respecte ni les demandes des citoyens européens ni son engagement d’éradication de la pauvreté », dénonce-t-elle. « Au lieu de lutter contre les inégalités et la pauvreté, ils essayent d’empêcher les gens qui fuient vers l’Europe à la recherche de dignité et de sécurité. »

Du côté de Concord, qui représente davantage d’associations, on se montre cependant plus circonspects, admettant que le document s’est amélioré depuis sa toute première version. Toutefois, « ce cadre n’est pas réaliste, il ne peut être appliqué que si l’Europe s’en donne réellement les moyens », explique Johannes Trimmel, président de l’organisation.

« L’intention générale pourrait même entraver les éléments positifs du consensus. La coopération au développement ne peut prétendre viser un développement durable si elle est utilisée pour servir les intérêts économiques, migratoires, commerciaux et sécuritaires de l’Europe », ajoute Tanya Cox, également responsable chez Concord.

Les pays du Sud se rebiffent contre les exigences démocratiques de l’UE

Les États d’Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP) ont une nouvelle fois dénoncé les contraintes démocratiques prévues par les accords commerciaux de l’UE. Un débat qui ravive de vieilles tensions entre donateurs et pays en développement.

 

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