Paris tente une coalition pour protéger la PAC

[Ian Sane_Flickr]

Le ministre de l’Agriculture français tente de fédérer les autres pays agricoles pour éviter le recul de 5 % des aides PAC envisagé dans le budget 2021-2027 de l’UE.

La proposition de budget européen continue de faire grincer des dents en France. Les réactions se sont faites de plus en plus virulentes cette semaine, le gouvernement montant au créneau tout autant que les agriculteurs pour faire monter la pression sur Bruxelles. Un petit scénario qui était attendu à Bruxelles. « Le dernier budget, c’était le même cirque » soupire un fonctionnaire européen. De fait, le gouvernement Hollande avait bataillé pour récupérer une partie des aides directes menacées à partir de 2012, pour le budget 2014-2020. Et la partie se rejoue.

Le rabotage de la PAC dans le budget européen passe mal en France

La proposition de budget pour 2020-2027 est plutôt conforme à l’ambition française pour l’Europe : elle conserve des moyens et multiplie les priorités. Mais le léger rabotage de la PAC passe mal.

 

Le ministre de l’Agriculture, qui se défend pourtant d’être une annexe du puissant syndicat agricole FNSEA, a entonné exactement le même discours que le syndicat agricole, s’alarmant du recul des paiements directs aux agriculteurs.

« On ne peut pas passer de 408 milliards d’euros à 364 milliards… ce n’est pas normal à l’heure où on demande des efforts à nos agriculteurs », a assuré Stéphane Travert le 3 mai.

Le ministre a reçu jeudi son homologue irlandais, Michael Creed, et joint les ministres espagnols et portugais de l’Agriculture, pour tenter de former une alliance de pays contre le recul des aides aux agriculteurs.

Grandes puissances agricoles, la Pologne, l’Italie, la Roumanie et la Bulgarie pourraient potentiellement se joindre à cette coalition. A l’inverse, les pays du Nord et l’Allemagne qui plaidaient plutôt pour l’idée de l’exécutif européen de renationaliser une partie de la PAC, et  souhaitent surtout voir le budget européen réduit, risquent de leur côté de faire front contre le projet.

Bruxelles, mais aussi d’autres Etats membres, réclament de longue date une réflexion de fonds sur une meilleure efficience des aides PAC : le plafonnement des aides pour les plus grosses exploitations, le développement d’outils d’assurance récolte pourraient notamment réduire le coût global sans affecter les revenus des agriculteurs.

D’autres acteurs comme l’INRA en France, soutiennent que la PAC doit innover. «Il faut renforcer les capacités de transformation, non seulement par l’innovation technologique, mais aussi en travaillant sur des enjeux de société par un dialogue renforcé avec l’ensemble des parties prenantes et en favorisant l’action des politiques publiques », martèle l’agence nationale de la recherche en agriculture française qui vient de publier une université néerlandaise une proposition pour favoriser l’innovation.

Une bataille politiquement risquée

La lutte pour le statu quo dans laquelle la France s’engage risque d’être peu productive à un an des élections européennes : si le conflit larve durant de longs mois, le risque politique est important. Les extrêmes se réjouissent déjà de ces bisbilles, comme le Front national, qui a immédiatement réagi en indiquant que le budget européen « favorisait les immigrés » parce qu’il conditionne l’attribution de fonds européens au respect de l’état de droit, donc au respect des règles européennes, et défavorisait les Européens, en réduisant les aides aux agriculteurs.

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