Récit d’un voyage contre la mort: une escale en Serbie

Migrants à la frontière entre la Grèce et la Macédoine [Martin Leveneur/Flickr]

Chaque jour, des centaines de réfugiés arrivent en Serbie. La plupart d’entre eux espèrent traverser la Hongrie pour finalement atteindre l’Europe occidentale. Mais les Syriens, les Irakiens et les Afghans se retrouvent souvent bloqués à la frontière. Une interview d’Euractiv Roumanie.

Tatjana travaille pour l’ONG Save the Children dans la capitale serbe.

Ce petit État aux aspirations européennes est tout simplement dépassé. Les centres de réfugiés sont au complet. Les rues sont pleines. Le centre-ville de Belgrade ressemble à une zone dévastée par la guerre.

Tatjana travaille pour l’ONG Save the Children, dans la capitale serbe. Elle a vu beaucoup de choses, plus que ce que la plupart d’entre nous pourrions supporter dans une vie entière.

Quelques jours avant notre rencontre avec elle, une mère syrienne a donné naissance. Le bébé est en bonne santé et très détendu.  Tatjana, en revanche, ne l’est pas. Elle a peur pour les réfugiés. À mesure que l’hiver approche, elle sait que la plupart d’entre eux trouveront refuge dans des entrepôts abandonnés, entourés de déchets, sans fenêtre, avec de vétustes toits menaçant de s’écrouler à tout moment.

Nous leur avons rendu visite en novembre, mais en janvier, la neige et le gel ont touché Belgrade de plein fouet, avec une intensité jamais vue depuis plus de dix ans. Le paysage a été transformé en un scénario de fiction post-apocalyptique, un enfer gelé, avec des centaines de personnes frissonnant, enroulées dans des couvertures. Prendre un bain est devenu un événement extraordinaire, à l’extérieur, par des températures négatives, dans des tonneaux chauffés.

Personne ne sait ce qu’ont dû endurer les réfugiés pendant l’hiver.

L’Europe n’a pas de programme défini pour les aider. À travers le continent, dans des bâtiments arborant le drapeau européen, le temps passe à un rythme différent.

De la Syrie à la Bulgarie, récit d’un voyage contre la mort

Après des années à fuire puis militer contre le régime de Bachar El Assad, Elias, originaire de Syrie, a atterri en Bulgarie. Un article d’Euractiv Bulgarie.

À quel genre de cas devez-vous faire face au centre?

En ce moment, nous nous occupons d’un bébé de trois ans et de sa mère dans la section réservée aux mères et aux bébés du centre d’information pour l’asile. Le bébé est né à Belgrade. C’est une famille originaire irakienne. Leur voyage a duré longtemps, et la femme était enceinte tout le long. Elle a accouché à peine arrivée à Belgrade. Sa famille était présente, avec notre équipe, lors de l’accouchement.

A-t-elle accouché ici même ?

Elle était dans un hôpital avec les membres de sa famille et notre personnel. Lorsqu’ils ont appris que tout s’était bien passé, et qu’aussi bien la mère que l’enfant se portaient bien, la famille a fêté la nouvelle en dansant et en chantant. Ils ont également apporté des desserts et des jus à partager avec notre équipe. En dépit des circonstances difficiles, la vie suit donc son cours et des événements heureux ont lieu.

La femme qui a donné naissance a beaucoup de chance, parce que tout le monde ne se sent pas toujours aussi bien en arrivant à Belgrade, après un si long voyage.

Aujourd’hui, nous avons accueilli une autre femme arrivant de Syrie. Elle est enceinte de huit mois, mais son bébé n’est pas en bonne santé. La famille a voyagé par la mer. Ils ont embarqué dans un bateau pneumatique en Turquie en direction de la Grèce, mais le bateau a chaviré et trois de ses enfants sont morts sur le coup. Malgré son état de grossesse avancée, elle a continué son voyage vers la Grèce, avec son seul enfant survivant et son mari.

Après y avoir passé deux mois, ils sont arrivés en Serbie, mais… Il y a des conséquences à ces terribles événements. En réalité, le bébé ne va pas bien. La femme a donc été hospitalisée. Notre équipe l’a aidée à se rendre à l’hôpital et son mari et son enfant ont été installés dans un centre d’accueil, près de Belgrade, à Krnjaca.

De la Syrie à la Bulgarie : "Maintenant, j'enseigne à l'université" (II)

Elias vit à présent à Sofia, la capitale de la Bulgarie, un pays qui n’était pas du tout préparé à recevoir des réfugiés à l’époque où le jeune homme est arrivé. Un article d’Euractiv Roumanie.

Qu’en est-il des autres?

La plupart des migrants qui arrivent en Serbie en ce moment se portent très mal. Ils arrivent avec des habits sales, ont des douleurs, des cicatrices, parce qu’ils ont traversé les bois. Ils sont nombreux à avoir des cicatrices sur le visage et des bleus sur leurs mains.

Nous voyons que la plupart des réfugiés qui arrivent ont besoin d’assistance médicale. Ils peuvent se rendre à Micksaliste ou dans n’importe quel hôpital serbe.

Les poux et la gale se propagent à une vitesse phénoménale. Ces personnes ont voyagé pendant longtemps, ou sont restées dans des camps pendant plusieurs mois dans de très mauvaises conditions d’hygiène. C’est devenu un gros problème à Belgrade, surtout pour ceux qui n’ont pas d’abris et restent à l’extérieur.

Plus d’un millier de réfugiés, principalement des hommes, s’installent dans des parcs ou dans des bâtiments abandonnés près de la gare. Ils ne veulent pas quitter le parc de façon à rester près des passeurs, sur lesquels ils comptent pour traverser la frontière. Ils sont nombreux à être malades.

Le plus déplorable est qu’il y a parmi eux de nombreux enfants qui dorment à l’extérieur et sont très vulnérables. Ce sont eux qui ont avant tout besoin d’aide et de soutien.

Les réfugiés et les migrants qui arrivent en Serbie y restent à présent pour plus longtemps qu’avant, mais la plupart prévoient de continuer leur voyage. Depuis le début de la crise, c’est que nous avons pu observer.

Subscribe to our newsletters

Subscribe