Des activistes russes appellent l’UE à défendre ses valeurs

Les quatre activistes russes. [Georgi Gotev]

Des militants russes pour les droits de l’Homme présents à Bruxelles le 15 mai ont appelé l’UE à se battre pour ses valeurs, car ils craignent que ces principes ne s’érodent rapidement.

Le bureau européen d’Amnesty International a accueilli quatre activistes russes – Alexander Cherkasov, Valentina Cherevatenko, Kirill Koroteev et Nadezhda Kutepova – qui ont parlé à la presse de la situation déplorable des ONG catégorisées comme « agents de l’étranger » par les autorités du pays.

La loi de 2012 considérant les ONG en Russie comme « agents de l’étranger » car elles reçoivent un soutien financier, technique ou autre de l’étranger, a fait l’objet de vives critiques de la part des activistes en Russie et dans le monde.

Nadezhda Kutepova, avocate et activiste pour les droits de l’Homme pour l’ONG Planeta Nadezhd (Planète de l’espoir), défend les droits des victimes de la catastrophe nucléaire de la ville d’Oziorsk, aussi connue sous le nom de Tcheliabinsk-40. En 1957, une explosion a gravement contaminé la ville et les zones alentours de matières radioactives et exposé des centaines de milliers de personnes à la radiation. L’accident nucléaire est resté un secret d’État.

Après s’être battue pour rendre justice aux victimes, Nadezhda Kutepova a elle-même été victime de harcèlement, de persécutions et d’une campagne de diffamation. Elle a été forcée à fuir en France où elle a obtenu l’asile politique. Son organisation, Planète de l’espoir, continue d’opérer depuis Oziorsk.

30 ans de prison

Nadezhda Kutepova explique qu’elle n’avait d’autres choix que de quitter son pays, car elle risquait une peine de 30 ans de prison pour espionnage. Le cas de « Planète de l’espoir » est actuellement examiné par la Cour de justice de l’UE à Strasbourg, a-t-elle commenté.

Les deux organisations de Valentina Cherevatenko, Women of the Don Union et Women of the Don Foundation, opérant dans le nord du Caucase, ont été déclarées « agents de l’étranger » dans le cadre de la loi de 2012. La première organisation a ensuite été retirée de la liste.

Valentina Cherevatenko risque cependant  jusqu’à deux ans de prison pour violation présumée de la loi sur les agents de l’étranger. Cette activiste russe estime que les autorités russes ont fait peser de lourdes amendes sur son organisation pour pousser à sa fermeture.

Alexander Cherkasov, du centre « Memorial » pour les droits de l’Homme, basé à Moscou, explique que l’une des méthodes de harcèlement des autorités russes était de faire un nombre incommensurable de photocopies de leurs dossiers. La dernière fois que cela est arrivé, les autorités d’investigation ont fait 31 500 photocopies, a-t-il affirmé, ajoutant sur le ton de l’humour qu’il espérait au moins que des sociétés comme Xerox pouvaient profiter de la situation. Les autorités sont très douées pour créer des conditions dans lesquelles il est impossible pour les ONG de travailler, a-t-il déclaré.

Kirill Koroteev, directeur juridique de « Memorial », explique quant à lui que les autorités considèrent le moindre document publié sur un site Internet comme « activité politique » et que la seule présence d’un bouquin de Boris Nemtsov dans leur bureau avait aussi été considéré de la sorte.

Le Parlement européen réclame une enquête internationale sur l'assassinat de Nemtsov

Dans une résolution sévère adoptée le 12 mars, les eurodéputés ont condamné le meurtre de la figure d’opposition russe Boris Nemtsov, et le climat actuel en Russie.

Lui aussi dénonce le fardeau administratif et le « rétrécissement de l’espace de dialogue de la société civile ».

Les quatre activistes doivent rencontrer des responsables européens à Bruxelles. Interrogés sur leurs attentes vis-à-vis de l’UE, Alexander Cherkasov a déclaré que l’Union européenne devait défendre avec force ses valeurs et ne pas hésiter à prendre des mesures contre la Hongrie, la Pologne, ou la Slovaquie dans le cas de violations de l’État de droit ou des principes moraux de l’UE.

Influence grandissante

Nadezhda Kutepova a quant à elle souligné que l’influence de la fédération russe dans les pays européens devenait de plus en plus imposante et que de nombreux cercles dans divers pays de l’UE soutenaient Vladimir Poutine, affaiblissant ainsi la position commune de l’UE.

Les ministres des États membres se rencontrent aujourd’hui (16 mai) pour la première fois pour débattre de la situation de l’État de droit en Pologne. Malheureusement, la réunion risque de ne pas déboucher sur grand-chose.

Les ministres européens débattent de l’État de droit en Pologne

Pour la première fois, les gouvernements européens débattront le 16 mai des affaires intérieures d’un État membre, la Pologne, accusée de saper le contrôle démocratique, notamment via la nouvelle loi sur le tribunal constitutionnel.

Nadezhda Kutepova a par ailleurs affirmé que la diaspora russe dans les pays européens est fortement contrôlée par les ambassades russes. « Les Russes à l’étranger sont sans défense », a-t-elle soutenu.

Amnesty International a annoncé le lancement le 16 mai de sa nouvelle campagne mondiale « Brave » pour mettre fin aux vagues d’attaques et aux campagnes de diffamation contre ceux qui défendent les droits de l’Homme à travers le monde. Elle s’étendra sur deux ans.