L’idée d’un label européen pour les matières premières fait son chemin

De plus en plus de consommateurs s'intéressent à la provenance des matières premières. [Shutterstock]

Un groupe de recherche européen veut  créer un label spécifique pour les matières premières. Les métaux nécessaires à la transition énergétique proviennent en effet de sources plus ou moins durables. L’idée ne convainc pas tout le monde.

Puisqu’il existe des programmes de certification pour les textiles, les aliments et le bois, « alors pourquoi pas pour d’autres matières premières comme les métaux qui entrent dans la composition des batteries », souligne Andreas Hucke, spécialiste de transparence pour CERA, une nouvelle organisation de certification.

Le projet a pour but de se pencher sur toute la chaine d’approvisionnement en matières premières : exploration, extraction, raffinage et transformation. « Nous voulons montrer que chaque étape de la chaine de valeur correspond à des critères sociaux, environnementaux et de responsabilité économique », explique Lukas Förster, ingénieur des mines pour CERA. « Nous voulons que les consommateurs soient en mesure de voir directement la différence entre les produits qui sont certifiés et ceux qui ne le sont pas. »

Le projet est financé par EIT Raw Materials, une des huit communautés de recherche et d’innovation lancée par l’Institut européen d’innovation et de technologie, un organe de recherche européen. Il se divise en quatre parties.

La première partie, la « norme de performance », a été lancée plus tôt cette année et se concentre sur la section de la chaine d’approvisionnement de la mine. Le programme devrait être complété d’ici 2021, fin de la période de financement d’EIT Raw Materials.

Conseils de Volkswagen

L’institut finance à la fois des projets académiques et industriels. Le projet de label est co-dirigé par le géant de la consultance extractive, DMT, avec le concours d’acteurs industriels comme Volkswagen AG et Fairphone.

« Dans le secteur de l’énergie, les gens sont heureux de payer plus pour un produit durable », indique Patrick Nadoll, conseiller exploration et ressources à EIT Raw Materials. « Un label assurerait aux consommateurs que les métaux utilisés dans leurs portables, téléphones ou voiture électrique ont été extraits et fabriqués de manière responsable. »

Le programme devrait commencer dans les mines européennes, mais l’industrie minière se montre réticente. « L’Europe a déjà les normes les plus sévères du monde en ce qui concerne l’extraction minière, pourquoi ajouter un label à cela ? », se demande Johannes Drielsma, vice-directeur d’Euromines, le lobby pour les métaux et l’extraction en Europe.

« Aucun label ne peut remplacer la construction d’une relation forte avec une communauté hôte », ajoute-t-il, même s’il ne dirait pas non à une valorisation des matières premières produites en Europe ou à un changement de l’opinion public qui permettrait l’ouverture de nouvelles mines.

Peter Handley, qui dirige l’unité des matières premières à la Commission européenne, se félicite pour sa part de ce projet de label. « Le CERA a tout ce que nous voulons d’un processus de certification », assure-t-il.

Il estime que le label pourrait contribuer au lancement de nouveaux projets miniers en Europe. « Face aux critiques des groupes de défense de l’environnement, les autorités qui délivrent les permis auront à cœur de ne pas prendre de risque. Un label permettrait aux projets miniers de s’appuyer sur une référence et de prouver qu’ils respectent les normes. »

Pour lui, le label pourrait aussi améliorer l’acceptation de cette activité par le grand public, « ce qui est le plus grand obstacle des projets miniers européens ». Si le public est rassuré par un processus comme celui du CERA, « nous pourrions nous approvisionner en ressources comme les métaux des batteries en Europe plutôt qu’à l’étranger ».

Il souligne cependant qu’il existe actuellement une vague de création de labels sur les matières premières, et le CERA devra donc « montrer qu’il pourra durer au-delà de sa période de financement ».

Les eurodéputés renforcent l'encadrement des « minerais de conflit »

Le Parlement a voté en faveur d’un mécanisme de surveillance contraignant de la chaîne d’approvisionnement des minerais issus des zones de conflit. Les négociations s’annoncent toutefois difficiles avec le Conseil et la Commission. 

Métaux non éthiques

Comme l’Europe importe la plupart des métaux nécessaire à la création de batteries, les chaines d’approvisionnement sont en général internationales. Le CERA devra donc être un label mondial.

Le moment est le bon : la tendance est à plus de vigilance quant aux processus d’extraction et de production. L’un des exemples les plus controversés est celui du cobalt, élément essentiel des batteries rechargeables, pour lesquelles la demande devrait exploser avec la transition aux véhicules électriques.

À l’heure actuelle, environ 65 % du cobalt provient de la République démocratique du Congo, où nombre d’enquêtes ont révélé l’exploitation d’enfants, et des conditions de travail dangereuses. En 2017, un rapport d’Amnesty International dénonçait les efforts « minimaux » des grandes entreprises tech et des fonderies pour vérifier les conditions d’extraction et de transformation du métal.

La certification permettrait-elle d’améliorer les conditions sur le terrain ? Amnesty International en doute. « L’un des problèmes de ces programmes est qu’ils transfèrent la responsabilité du respect des droits de l’Homme au consommateur, qui sera toujours influencé par la pression du prix », souligne Nele Meyer, de l’organisation. « Les produits qui respectent les normes de durabilité et de droits de l’Homme ne devraient pas être une niche. »

Il existe des réglementations. En 2021, entrera en vigueur une loi sur l’extraction du tantale, de l’étain, du tungstène et de l’or – les 3TG. Le règlement relatif aux minerais provenant de zones de conflit adopté par l’UE se base sur les orientations de l’OCDE. Selon ce texte, les entreprises devront prouver qu’elles surveillent efficacement leurs chaines d’approvisionnement. La mesure est cependant limitée à ces quatre métaux.

D’autres substances sont couvertes par l’Initiative pour des matières premières responsables (RRMI), un processus de diligence raisonnable lancé par l’industrie elle-même et soutenue par les géants comme Apple, Microsoft ou Samsung, ainsi que par les producteurs de véhicules électriques Renault, Ford et General Motors.

Les critiques du projet rappellent toutefois que ces engagements sont tout à fait volontaires et n’auront que peu d’effets. « Les programmes volontaires sont rarement aussi efficaces qu’une réglementation », conclut Nele Meyer, « c’est pourquoi nous voulons une législation européenne qui exige que toutes les importations, production et entreprises liées à l’Europe respectent les droits de l’Homme. »

Anna Cavazzini, eurodéputée verte nouvellement élue, a pour sa part indiqué qu’un label était nécessaire. « À long terme, nous espérons cependant que cela mène à l’élargissement de la réglementation contraignante des 3TG, par exemple, afin d’inclure plus de minéraux et d’étapes de la chaine d’approvisionnement. »

La première évaluation de la législation, qui aura lieu en 2023, sera l’occasion idéale de l’étendre, souligne-t-elle.

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Les industries extractives sont responsables de la moitié des émissions de carbone et de la perte de plus de 80 % de la biodiversité, selon le bilan environnemental le plus complet de l’exploitation minière et agricole. Un article de notre partenaire, The Guardian.

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