Investir dans le partenariat Europe-Afrique

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Les 17 et 18 février prochains devrait se tenir à Bruxelles le 6ème Sommet Union africaine – Union européenne – le dernier s’était tenu en 2017. [wael alreweie/Shutterstock]

Les 17 et 18 février prochains devrait se tenir à Bruxelles le 6ème Sommet Union africaine – Union européenne – le dernier s’était tenu en 2017. Depuis son entrée en fonction, la Commission von der Leyen a souhaité faire de la relation avec le continent africain une priorité : pour son premier voyage hors d’Europe, en décembre 2019, la Présidente s’était rendue à Addis Abeba, où se trouve le siège de l’Union africaine. Le Sommet de février sera l’occasion d’acter cette priorité. 

Thierry Déau, Président-directeur général, Meridiam et Jean-Michel Huet, Partner, BearingPoint, tous deux membres du groupe de travail Europe-Afrique de l’Institut Montaigne.

En juin 2019, à l’occasion de la parution du rapport de l’Institut Montaigne Europe-Afrique : partenaires particuliers, nous plaidions pour une nouvelle relation entre les deux continents qui s’appuierait largement sur le secteur privé. Alors que les chefs d’État et de gouvernement des Etats-membres de l’UE se réunissent les 16 et 17 décembre pour évoquer notamment l’agenda du Sommet de février, celui-ci doit placer les entreprises des deux côtés de la Méditerranée, acteurs essentiels de la relation, au centre des discussions. 

L’Union européenne manifeste son intention de passer d’une logique d’aide au développement africain à une logique d’investissement sur le continent. Or, cela passe nécessairement par le secteur privé, africain et européen. Le plan d’investissement externe (PIE), adopté en 2017, reflète ce changement de paradigme et constitue une réelle avancée dans l’approche européenne de sa relation avec l’Afrique. Il convient néanmoins d’aller plus loin, d’avancer plus rapidement.   

D’une part, afin d’encourager les entreprises européennes à investir en Afrique et de soutenir le développement des entreprises africaines, il s’agit de limiter le risque – qu’il soit réel ou surestimé. Pour cela, l’Union européenne doit davantage miser sur des initiatives de finance mixte, alliant ressources publiques et privées, en particulier sur les projets les plus risqués, qui sont souvent délaissés par ce type de financement alors qu’ils ont susceptibles de générer des effets d’entraînement les plus forts sur l’économie. Autre manière efficace d’accompagner les entreprises africaines et européennes investissant en Afrique en limitant le risque associé :  avoir davantage recours aux instruments de garantie. Enfin, si l’UE oriente de plus en plus  ses financements vers le secteur privé, notamment par le biais du nouvel instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale (IVCDCI) adopté en 2020, les procédures leur permettant d’obtenir ces financements sont trop lentes et complexes. C’est là l’un des talons d’Achille de l’Europe, notamment face aux pays émergents. Un effort particulier doit être fait pour faciliter l’accès aux outils de financement européens pour les TPE et PME africaines, qui représentaient en 2019 plus de 75 % des entreprises formelles, plus de 50 % des emplois nationaux et 40 % des PIB nationaux du continent. Il pourrait être utile dans ce cadre de développer et institutionnaliser des chambres de commerce et d’industrie européennes dans les pays africains, chargées d’animer le dialogue entre entreprises des deux côtés de la Méditerranée et de diffuser de manière claire l’information sur les financements disponibles.  

Il convient d’autre part de promouvoir un environnement des affaires propice à l’investissement privé. Cela doit constituer une priorité commune de la relation entre les deux continents. En effet, l’environnement des affaires et son insécurité juridique sont la première cause de difficultés, de surcoûts et d’une surévaluation du risque économique en Afrique. La recherche de stabilité comme préalable à l’investissement est assumée par les entreprises européennes, qui sont soumises à de plus en plus d’exigences réglementaires. De la même manière, l’émergence de PME et de champions africains nécessite une plus grande facilité à la création d’entreprise, à l’obtention de prêts sans garantie et au commerce transfrontalier. Une chambre arbitrale euro-africaine sur les litiges commerciaux, financiers et judiciaires qui touchent les entreprises européennes en Afrique et africaines en Europe pourrait ainsi être mise en place. L’UE peut par ailleurs jouer un rôle important dans l’assainissement du climat des affaires en développant sa politique d’assistance technique, préférée à l’appui budgétaire. Celle-ci doit être ciblée vers les entreprises, ainsi que sur ce qui constitue un frein à l’investissement – en particulier la mise en œuvre des projets et l’harmonisation des législations.   

Alors que la crise du Covid-19 et ses conséquences sur les économies africaines ont accru les risques pour les entreprises investissant en Afrique, le soutien au secteur privé, qu’il soit africain ou européen, doit plus que jamais figurer comme priorité de la relation UE-UA – et donc du Sommet de février. 

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