Le casse-tête de l’avenir des jeunes s’invite au sommet UE-Afrique

30 millions de jeunes arrivent sur le marché du travail chaque année sur le continent

L’absence de perspective d’emploi jette de nombreux jeunes africains sur les routes de la migration vers l’Europe. Un constat qui met sous pression les dirigeants africains et européens réunis à Abidjan.

Trouver des perspectives d’avenir à la jeunesse africaine, c’est le mandat des chefs d’État africains et européens des dirigeants des 28 États membres ainsi que ceux des 55 pays de l’Union africaine, réunis à Abidjan pour le 5ème Sommet UE-Afrique.

Tous les trois ans depuis 2000, les représentants de l’UE et de l’Afrique l’Union africaine tiennent ce dialogue continental, qui se tient cette année « pour la première fois en Afrique subsaharienne », a souligné le président de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, en ouverture de la rencontre.

L’investissement dans la jeunesse pour un avenir durable, thème central du Sommet, mobilise à la fois l’Afrique et l’Europe. Et pour cause, l’Afrique est d’ores et déjà le continent le plus jeune de la planète avec 60% de la population de moins de 25 ans, dont 30% environ sont sans emploi.

Avec sa croissance démographique – le continent africain verra sa population doubler d’ici 2050 selon les estimations de l’ONU – c’est 18 millions d’emplois par an qui devront être créés, ont rappelé Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, et Moussa Faki, le président tchadien de la Commission de l’UA dans une tribune.

Côté européen, la question de l’emploi des jeunes est également un problème politique, puisque 17,2% des jeunes européens étaient au chômage en mars 2017, selon Eurostat. Un chiffre qui atteint des sommets dans certains pays comme la Grèce (48%) ou l’Espagne (40,5%).

Absence de perspectives

L’absence de perspectives pour les jeunes Africains apporte surtout de l’eau au moulin de l’immigration illégale, en jetant des milliers de personnes sur la route de l’Europe, en quête d’une vie meilleure. « Investir dans l’emploi des jeunes pourra permettre aux jeunes africains tentés de traverser la Méditerranée au péril de leur vie de ne pas le faire », a affirmé une représentante de la jeunesse africaine, lors de l’ouverture du Sommet. « Nous vous demandons de prendre des décisions qui permettront aux jeunes africains de ne pas partir en Europe » a-t-elle martelé.

Le chômage touche aussi les jeunes en Afrique

Malgré de fort taux de croissance, 38 millions de jeunes sont au chômage en Afrique. Le décalage entre le système éducatif et le marché du travail pose problème.

L’appel à l’investissement pour la jeunesse a également été défendu par le président ivoirien. « La jeunesse est en droit d’exiger, aussi bien en Europe, qu’en Afrique, les opportunités pour se projeter dans le futur avec sérénité. »  a-t-il rappelé. « Car la jeunesse constitue une opportunité, mais aussi un risque si on ne lui offre pas les opportunités qu’elle mérite » a-t-il poursuivi.

En conclusion de son discours, le président du pays hôte du Sommet a lancé un appel à la jeunesse du continent africain. « Chers jeunes, vous représentez l’avenir de notre continent, atout inestimable pour l’Afrique. Je vous invite à ne pas vous lancer dans l’aventure [de la migration illégale] au péril de vos vies ».

Crise migratoire

La question des migrations, qui occupera une grande partie des discussions officielles et bilatérales du sommet, touche particulièrement la jeunesse africaine. Pour de nombreux candidats au départ, l’absence de perspective d’emploi est un des principaux moteurs.

À 21 ans, Bamba Yaya a tenté le dangereux voyage vers l’Europe, faute de perspectives professionnelles en Côte d’Ivoire. « Quelqu’un comme moi qui n’a aucun espoir ici pour trouver un emploi décent n’a pas peur d’affronter le désert » affirme le jeune homme. Après plusieurs mois en Libye, Bamba vient d’être rapatrié à Abidjan, dans le cadre d’une opération organisée par l’état ivoirien et l’Organisation internationale des migrations (OIM).

La fin du rêve européen ramène Bamba à son point de départ, sans perspectives de travail. « Je crois que si les dirigeants trouvaient une solution pour que les jeunes aient un travail dans leur pays, ils ne voudraient pas partir. Ce serait un plaisir de rester dans mon pays si je pouvais travailler » affirme-t-il.

Pour le président ivoirien, une des solutions possibles pourrait être de réorienter une partie du Fonds européen pour le développement vers les domaines de l’éducation et de la formation, mais aussi d’offrir plus d’opportunité aux jeunes africains souhaitant étudier en Europe.

« L’Union européenne et ses membres doivent réfléchir et engager des fonds supplémentaires pour financer des programmes d’éducation, notamment au travers du Partenariat mondial pour l’éducation » a proposé Friederike Röder, porte-parole de l’ONG One à Abidjan.

Les ministres européens veulent plus d’efforts pour le partenariat africain

Les ministres européens des Affaires étrangères se sont engagés le 19 juin à travailler étroitement avec leurs partenaires africains en vue d’un sommet UE-Afrique « ambitieux et réussi », les 19 et 30 novembre à Abidjan en Côte d’Ivoire.