Helena Dalli : « Le racisme structurel existe aussi au sein de la Commission »

La commissaire à l’égalité Helena Dalli.

Pour Helena Dalli, la commissaire à l’égalité, le racisme est « vivant » en Europe. Dans un entretien accordé à Euractiv, elle appelle à « penser différemment » pour lutter contre les préjugés, notamment au sein de la Commission.

Helena Dalli est la première commissaire européenne à l’égalité, une question à laquelle la politicienne maltaise a consacré une grande partie de sa vie. Elle a notamment été ministre des Affaires européennes et de l’Égalité de 2017 à 2019 dans son pays.

La Commission présentera un plan d’action sur le racisme dans le courant de l’année. Quelles sont les mesures que vous envisagez ?

Nous avons lancé ces discussions avant les événements auxquels nous assistons actuellement, car le racisme est vivant en Europe, il ne se limite pas aux États-Unis. Il est ironique que nous soyons en train de célébrer les 20 ans de la directive sur l’égalité raciale, et que nous ayons toujours des problèmes structurels en la matière.

Le racisme n’a pas été éradiqué. Il existe un décalage considérable entre la législation et l’effet que celle-ci peut avoir sur la vie des gens. Nous allons nous concentrer sur la partie immergée de l’iceberg, soit le racisme structurel, qui est plus difficile à combattre.

Que voulez-vous dire ?

C’est un problème qui se pose dans le secteur de l’emploi, lors des recrutements par exemple, ou lors de la recherche de logements, ou encore dans le domaine de la santé. Il existe aussi des préjugés inconscients. Parfois, sans en avoir conscience, des gens peuvent être racistes, en particulier nous qui sommes blancs, dans le sens où nous nous identifions à des personnes qui sont « comme nous », ce qui peut engendrer des comportements discriminatoires.

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Qu’en est-il de la Commission ?

Nous allons également faire un état des lieux de la situation au sein de la Commission. Nous avons déjà travaillé avec le commissaire Johannes Hahn, chargé des ressources humaines, pour voir comment nous pouvons remédier au problème. Cela ne peut pas changer du jour au lendemain.

Mais il ne suffit pas de dire que les Noirs ne postulent pas. Nous devons nous pencher sur le type de formation qu’ils reçoivent, afin qu’ils puissent disposer de solides qualifications et être compétitifs.

Notre intention est de ne rien négliger. Le fait que, pour la première fois, l’UE dispose d’un portefeuille entièrement consacré à l’égalité montre que l’Europe doit s’attaquer à ces réalités de manière énergique. Nous avons du pain sur la planche.

Pensez-vous que le racisme structurel existe aussi au sein de la Commission, étant donné le manque de diversité au sein de son personnel ?

Il existe un préjugé dont nous n’avons même pas conscience. Et oui, il y a un racisme structurel, mais je pense qu’il est partout. C’est pourquoi nous devons nous attaquer aux racines du problème, et pas seulement aux symptômes ou aux résultats.

Nous devons penser « en sortant des sentiers battus » et trouver des moyens d’accroître la diversité dans l’ensemble du processus. Par exemple en examinant les parrainages d’étudiants, afin que lors du recrutement des stagiaires, nous nous assurions d’effectuer des choix plus diversifiés.

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Votre collègue, le commissaire Didier Reynders, a fait de tièdes excuses après être apparu avec le visage peint en noir lors d’un festival traditionnel en Belgique. Pensez-vous qu’il aurait dû se montrer plus convaincant ?

Le commissaire Reynders a réellement contribué au débat sur le racisme au sein du collège. Il a également présenté la stratégie sur les droits des victimes, qui est excellente et concerne les personnes victimes de discrimination raciale. J’aime juger les gens en fonction de leur travail. Je pense que le commissaire Reynders a fait du très bon travail dans le cadre de cette stratégie sur les droits des victimes.

Êtes-vous satisfaite de ses excuses ?

Je n’ai pas dit que j’étais satisfaite. Je dis simplement que je suis satisfaite du travail qu’il accomplit dans ce domaine. Il travaille très dur.

Devrions-nous reconsidérer la présence de certaines statues dans nos villes ?

La connaissance de notre histoire nous aidera à ne pas répéter certaines erreurs commises dans le passé. Je n’aime pas beaucoup les statues, en principe. Je les apprécie lorsqu’elles sont de belles œuvres d’art. Mais j’ai toujours soutenu que les monuments que nous laissons derrière nous, l’héritage, c’est notre travail.

Vous sentez-vous à l’aise de voir la statue du roi Léopold II à l’entrée du quartier européen, sachant ce qu’il a fait au Congo, où jusqu’à 10 millions de personnes sont mortes pendant qu’il contrôlait le pays ?

Quand je vois sa statue, je me souviens de toutes ces choses, et ce n’est pas un bon souvenir. C’est pourquoi il est important de connaître notre histoire. Nous en tirons les leçons. Nous pouvons être critiques sur la façon dont elle est représentée aujourd’hui. Mais il est bon qu’il y ait une discussion à ce sujet parce que cela signifie que nous sommes, à juste titre, critiques et que nous exprimons cette réprobation. Il est sain d’avoir un tel débat.

La discrimination raciale progresse en Allemagne

L’Agence allemande anti-discrimination a reçu, en 2019, plus de 3500 plaintes pour discrimination et a noté une hausse significative de la haine raciale. Les experts appellent à la modernisation des lois fédérales.

Les minorités ont été plus durement touchées par la pandémie de coronavirus, et celle-ci a accentué les inégalités en Europe. Cela vous inquiète-t-il ?

Je suis très inquiète à ce sujet. Au cours des dernières semaines, j’ai été en contact virtuel avec certains de ces groupes : les personnes handicapées, les personnes LGBTI+, les femmes et les minorités ethniques. Nous rassemblons ce que nous avons appris et nous allons l’intégrer dans notre stratégie LGBTI+. Ce sera la première stratégie européenne en la matière et elle sera présentée d’ici à la fin de l’année. Nous avons également une stratégie en matière de handicap qui sera lancée au début de l’année 2021. L’expérience de la pandémie va aussi alimenter la stratégie sur l’inclusion des Roms.

Qu’en est-il des femmes qui ont dû vivre avec leurs agresseurs pendant la pandémie, parfois dans de petits appartements ?

Avec le commissaire à l’emploi Nicolas Schmit et la commissaire à la santé Stella Kyriakides, j’ai écrit aux États membres pour leur dire de prendre garde à ce phénomène. J’ai été très encouragée de voir que la plupart d’entre eux étaient attentifs à l’évolution de la situation et proposaient des solutions, afin que ces femmes ne soient pas encore plus abandonnées.

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