90 % des crimes de haine ne sont pas signalés, d’après l’Agence des droits fondamentaux de l’UE

Au sein de l’UE, neuf crimes de haine sur dix demeurent non déclarés. La raison ? Les victimes éprouvent des difficultés à les signaler, se méfient de la police et estiment que rien ne changera. [EPA-EFE/MARCO DE SWART]

Au sein de l’UE, neuf crimes de haine sur dix ne sont pas signalés. La raison ? Les victimes éprouvent des difficultés à les signaler, se méfient de la police et estiment que rien ne changera. Telles sont les conclusions d’une nouvelle étude de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA).

Le dernier rapport de la FRA « Encourager le signalement des crimes de haine : le rôle des services répressifs et des autres autorités » publié début juillet laisse entendre que des millions de personnes à travers le bloc subissent des violences et un harcèlement motivés par la haine.

Le document conclut que la pandémie de Covid-19 a exacerbé le racisme existant, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée. En effet, la crise sanitaire a entraîné une hausse des attaques racistes et xénophobes contre les personnes d’origine asiatique, rom et issues de l’immigration.

« Les pays de l’UE ont le devoir d’assurer l’accès à la justice pour tous. Mais trop de victimes de crimes haineux ne signalent pas les agressions subies et trop de pays n’enregistrent pas correctement les crimes haineux », a déclaré Michael O’Flaherty, directeur de la FRA.

« Cela doit changer. Les pays doivent simplifier le signalement et améliorer l’enregistrement des crimes de haine, les enquêtes et les sanctions, afin de faire respecter pleinement les droits des victimes. »

Dans ce contexte, l’Agence appelle les pays de l’UE à éliminer les obstacles qui empêchent les victimes et les témoins de crimes haineux de se manifester, et invite ces pays à encourager le signalement. Parmi les recommandations formulées figure le fait que les nations du bloc « doivent faciliter le signalement des crimes de haine, par exemple en permettant qu’il soit effectué par des tiers ou de manière anonyme ».

De plus, le dossier souligne la nécessité pour les États membres de « fournir des conseils et une formation pratiques à la police, créer des unités spécialisées dans les crimes de haine, et assurer une coopération structurée entre les autorités chargées de l’application de la loi, les organisations de soutien aux victimes, les organisations de la société civile et les organismes de promotion de l’égalité ».

En outre, au sein des populations noires, celles et ceux de confession musulmane sont plus souvent confrontés à des actes racistes que les non-musulmans (24 % contre 20 %), tandis que les groupes minoritaires sont plus susceptibles de subir du harcèlement ou des violences, avance l’étude.

Des 8 709 participants au sondage ayant fourni des renseignements sur la dernière attaque motivée par la haine dont ils ont été victimes, 13 seulement sont entrés en contact avec un organisme national chargé des questions d’égalité, une institution de défense des droits de l’homme ou un médiateur.

Une majorité de personnes juives et roms n’ont pas porté leur affaire à l’attention des forces de l’ordre ou d’une autre organisation, car elles n’étaient pas convaincues que leurs démarches changeraient quoi que ce soit. D’autres ont invoqué le fait que les procédures étaient trop chronophages et complexes sur le plan administratif.

9 % de l’ensemble des sondés ont subi des violences physiques dans les cinq années précédant l’enquête. Néanmoins, ce taux grimpe à 22 % pour ceux issus d’une minorité ethnique, 19 % pour la communauté LGBT et 17 % pour les personnes souffrant d’un handicap.

Dans ce cadre, la Commission européenne s’est engagée à renforcer ses stratégies pour lutter contre le racisme et toute autre forme de discrimination. Au fil des douze derniers mois, l’exécutif européen a mis sur pied le plan d’action de l’UE contre le racisme 2020-2025, le nouveau cadre stratégique de l’UE en faveur des Roms et la stratégie de lutte contre l’antisémitisme.

Néanmoins, les États membres de l’UE présentent des lacunes en matière de collecte de données. De plus, les organisations nationales chargées de questions d’égalité témoignent de plusieurs manquements. De ce fait, le navire européen enregistre des niveaux déséquilibrés en ce qui concerne le signalement des cas de violences motivées par la haine.

Le taux faible de signalement de crimes de haine brouille l’ampleur réelle du problème et le besoin urgent d’agir. Les victimes qui ne s’expriment pas ne recevront pas le soutien nécessaire, peut-on lire dans le rapport.

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