Les enfants issus de l’immigration, toujours désavantagés au sein du système éducatif allemand

Dans son rapport sur l’éducation publié en janvier 2020, le gouvernement fédéral allemand indique que le bagage socio-économique influe non seulement sur la transition à l’école secondaire, mais qu'il joue également un rôle primordial sur l’ensemble du parcours scolaire. [EPA-EFE | Sascha Steinbach]

En Allemagne, la réussite d’un enfant à l’école est étroitement liée à son foyer. Les personnes issues de la migration semblent toujours être particulièrement touchées par les inégalités structurelles. L’opposition exige certes des réformes, mais les experts craignent le manque de volonté politique nécessaire pour ce faire. Un article d’Euractiv Allemagne

En Allemagne, les inégalités au sein du système éducatif sont sujettes à de nombreuses recherches. Depuis des décennies, des études confirment que les élèves issus d’un tissu économique et social favorisé ont de meilleurs résultats à l’école. Plus tard, ceux-ci ont d’ailleurs plus de chances de suivre des parcours éducatifs plus avancés et d’entrer à l’université.

Dans son rapport sur l’éducation publié en janvier 2020, le gouvernement fédéral allemand indique que le bagage socio-économique influe non seulement sur la transition à l’école secondaire, mais qu’il joue également un rôle primordial sur l’ensemble du parcours scolaire.

Début du mois, lors d’un débat sur ledit rapport, plusieurs politiques allemands verts, libéraux et de la gauche ont appelé le gouvernement à apporter des réformes pour pallier les problématiques soulevées. Il faudrait, selon eux, endiguer les inégalités structurelles dans le système éducatif.

Cependant, les experts mettent en avant le manque de volonté politique nécessaire pour ce faire.

Une nouvelle étude fait la lumière sur la discrimination au sein du système éducatif allemand

Des inégalités persistent parmi les Roms et les Sinti au sein du système éducatif allemand, comme le révèle une nouvelle étude. Plusieurs politiques exigent désormais que des mesures soient prises afin de résoudre cette problématique. Un article d’Euractiv Allemagne.

 

Des difficultés pour les élèves issus de l’immigration

Les élèves issus de l’immigration sont particulièrement touchés par à ces inégalités. D’après le dossier, la probabilité que ces enfants soient à la fois confrontés à des facteurs de risque sociaux, financiers et éducatifs est quatre fois plus importante que chez les autres élèves. Leur situation constitue donc un défi de taille.

« Le défi devient particulièrement difficile à surmonter lorsque les risques s’accumulent, et que la discrimination et le racisme viennent s’y ajouter », a fait savoir l’association allemande de protection des migrants BV-NeMO dans un entretien avec Euractiv Allemagne.

Parmi le groupe des 30-35 ans, « seulement » 18,7 % des personnes issues de l’immigration et nées en Allemagne détiennent un diplôme universitaire. Parmi ceux dont les deux parents sont nés en Allemagne, ce taux s’élève à 29,6 %.

Les inégalités structurelles sont fonction de l’endroit d’où vient la famille de l’élève, dévoile le rapport. Les élèves originaires d’États membres à l’est ou au nord de l’UE ont plus de chances de décrocher un diplôme universitaire que ceux issus d’Europe orientale ou de Turquie.

Pour un meilleur accueil des gens du voyage

Les Sénateurs ont débattu mardi (19 janvier) en séance publique une proposition de loi visant à consolider les outils des collectivités afin d’assurer un meilleur accueil des gens du voyage. Victimes de pauvreté et de discrimination, le nombre de personnes de la communauté Roms est estimé entre  250 000 et 300 000 en France et à 10 millions au sein de l’Union européenne.

Désavantages structurels

« Les désavantages sociaux et la migration sont étroitement et historiquement liés en Allemagne », explique Albert Scherr, directeur de l’Institut pour la sociologie à l’Université de Fribourg-en-Brisgau, auprès d’Euractiv Allemagne.

De plus, ces désavantages sont renforcés par la façon dont le système éducatif allemand a été établi. « Il convient dès lors d’étudier la manière dont les écoles contrebalancent ce phénomène », maintient l’expert, soulignant deux éléments du système éducatif allemand qui rendent les actions des écoles plus difficiles qu’ailleurs.

Premièrement, en Allemagne, les élèves sont « séparés » en fonction de leurs compétences scolaires. Tandis que la plupart des nations européennes débutent les démarches de suivi scolaire de la sixième à la dixième année, de nombreux Länder allemands utilisent ce système dès la quatrième année en Allemagne. « Les recherches dans le domaine de l’éducation prouvent que ce “tracking” s’effectue bien trop tôt », avance M. Scherr.

Klaus Kohlmeyer, directeur de BQN Berlin, une association d’aide aux personnes issues de l’immigration, abonde également dans ce sens. « Ce processus de sélection prématuré et la pression constante exercée sur les enfants et les adolescents les humilient, et non l’inverse », estime-t-il.

Deuxièmement, généralement en Allemagne les journées scolaires se terminent tôt dans l’après-midi. Autrement dit, une partie de la formation éducative des élèves revient aux parents, qui ne sont pas tous en mesure de l’assurer de manière adéquate, selon M. Scherr.

La situation se complique encore davantage lorsqu’on y ajoute l’apprentissage des langues. « Les cours de langues ne sont pas suffisants en Allemagne », déplore M. Scherr, arguant que le système éducatif ne prend tout bonnement pas en compte les élèves dont l’allemand n’est pas la langue maternelle.

Dans ce contexte, le corps enseignant a aussi un rôle à jouer. Les enseignants allemands adoptent encore une position forte selon laquelle il en va de la responsabilité des parents sur ces questions et non de la leur, remarque M. Scherr.

« De ce fait, le système éducatif allemand ne fait que renforcer la place qu’occupe l’origine sociale dans la réussite scolaire », renchérit-il.

Manque de volonté politique

La politique d’éducation figure parmi les compétences attribuées aux Länder allemands, ce qui entraîne un véritable patchwork éducatif à travers le pays. Certains, comme Berlin, ont décidé de changer ces structures traditionnelles d’après lesquelles les élèves sont séparés après la sixième année. De plus, la ville dispose d’un système vaste d’écoles intégrées (Gesamtschulen) ouvertes à tous les élèves, peu importe leurs compétences scolaires.

Si M. Scherr propose de procéder au suivi scolaire après la dixième année, M. Kohlmeyer souhaiterait que les écoles renoncent complètement à ces pratiques.

Quoi qu’il en soit, le représentant de l’Université de Fribourg déplore le manque de volonté politique nécessaire pour mener à bien les réformes. « Chaque politique sait que tout changement substantiel du système éducatif porterait un coup à son électorat, parmi les parents de la classe moyenne. C’est la raison pour laquelle personne ne fait rien. »

Covid-19 : un confinement marqué par l'antitsiganisme

Selon un rapport publié par le Centre européen pour le droit des Roms (CEDR), le confinement a connu une montée de racisme institutionnel et de discrimination à l’égard des communautés roms à travers le bloc.

Supporter

Measure co-financed by the European Union

Le contenu de cette publication représente uniquement le point de vue de l'auteur et relève de sa seule responsabilité. La Commission européenne n'accepte aucune responsabilité quant à l'utilisation qui pourrait être faite des informations contenues.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer