L’Allemagne doit améliorer sa protection anti-discrimination pour les migrants

D’après le nouveau rapport de l’Indice des politiques d’intégration des migrants (Mipex), l’Allemagne ne figure plus parmi le top 10 des pays les plus avancés en matière de politique d’intégration. EPA-EFE/HAYOUNG JEON [EPA-EFE | Hayoung Jeon]

D’après le nouveau rapport de l’Indice des politiques d’intégration des migrants (Mipex), l’Allemagne ne figure plus parmi le top 10 des pays les plus avancés en matière de politique d’intégration. Le pays n’offre pas de sécurité à long-terme pour les migrants extra-européens, et sa protection contre la discrimination est « l’une des plus faibles » parmi l’ensemble des nations analysées, comme l’indiquent les données publiées le 7 décembre. Un article d’Euractiv Allemagne.

Entre 2014 et 2019, les progrès effectués par l’Allemagne sur la politique d’intégration ont connu un certain ralentissement, comme le montre le cinquième rapport du Mipex. Outre les améliorations observées à ce propos dans d’autres pays, ces conclusions signifient que « la politique d’intégration allemande actuelle est relativement moyenne pour les pays d’Europe occidentale / de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ».

Le Mipex compare les politiques d’intégration en place, les méthodologies appliquées et leurs résultats, afin de créer un « tableau multidimensionnel des possibilités pour les migrants de prendre part à la société ». Les nouvelles analyses réalisées à cet effet rassemblent 52 pays, dont tous les États membres de l’UE ainsi que des pays d’Amérique du Nord et du Sud, d’Asie et d’Océanie.

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Dans ce contexte, le rapport qualifie l’approche allemande d’« intégration temporaire », à l’instar de la France et de l’Autriche. Autrement dit, « certes, les immigrés jouissent des droits fondamentaux et bénéficient des mêmes chances, mais ils ne profitent pas de la même sécurité. En effet, pour s’établir à long terme [en Allemagne], ils doivent surmonter plusieurs obstacles ».

L’approche d’outre-Rhin « encourage la population à percevoir les migrants comme des voisins et des étrangers, et non comme des citoyens allemands titulaires des mêmes droits ».

Interrogé sur ces résultats, l’expert sur les questions de migration Lars Castellucci (SPD) a défendu la politique d’intégration du gouvernement au cours de cette période. « Plus de la moitié des migrants [arrivés en Allemagne en 2015/2016] paient aujourd’hui des cotisations de sécurité sociale ou suivent des formations. C’est plus que ce à quoi je m’attendais. Ce constat nous motive à pousser les chiffres vers le haut », a-t-il renchéri dans un entretien avec Euractiv Allemagne.

Filis Polat, porte-parole des Verts chargée du dossier migration, ne partage toutefois pas ce point de vue. « Les résultats de cette étude ne me surprennent pas. Au contraire, les lois toujours plus restrictives de ces dernières années ont engendré plus d’insécurité sur le plan juridique et ont entrainé une précarisation notamment auprès des réfugiés. L’Allemagne, en tant que terre d’accueil, ne remplit ses devoirs », a-t-elle déclaré.

Manque de sécurité à long terme

Le rapport critique une politique empêchant les migrants de bénéficier d’une sécurité à long terme en Allemagne, de même qu’il met en exergue les difficultés relatives à la prolongation d’un permis de séjour et l’impossibilité d’obtenir la double nationalité.

La procédure pour « une perspective de séjour sûre en Allemagne est chronophage et manque de transparence », déplore Albert Scherr, sociologue à la Hochschule Freiburg. Sur la base des différentes formes de permis de séjour, des exigences linguistiques et du niveau suffisant de revenus requis, la durée d’obtention d’un permis peut parfois durer jusqu’à dix ans.

D’après Mipex, l’Allemagne compte parmi les dix derniers pays en matière de regroupement familiales, car elle présente plus de limitations que les autres nations occidentales. Par exemple, seules les personnes détentrices d’un visa conforme sont habilitées à faire venir leur partenaire dans le pays. Elles ne sont autorisées à ramener leur parents, grands-parents ou enfants plus âgés que sous certaines conditions très restreintes.

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Moins de protection contre la discrimination

Dans la lutte contre la discrimination des personnes immigrées, l’Allemagne est également mauvaise élève, peut-on lire dans le document. Le pays a certes amélioré sa réglementation anti-discrimination ces dernières années, mais ses lois sont finalement entravées par des politiques de genre, des organes pour l’égalité et des mécanismes de mise en application parmi les moins performants des 52 pays étudiés.

Des études prouvent que les migrants dans les pays présentant de faible politique de lutte contre la discrimination ne sont pas assez informés des possibilités qui se présentent à eux afin de dénoncer les actes discriminatoires à leur encontre, si bien qu’ils ne les portent que rarement à l’attention des autorités.

Récemment, l’Allemagne a annoncé un paquet de mesures à hauteur d’un milliard d’euros pour lutter contre la discrimination et le racisme. Cependant, pour M. Scherr, ce n’est pas suffisant.

Le financement et les initiatives vont dans la bonne direction, « mais l’amélioration directe de la loi antidiscriminatoire n’est pas à l’ordre de jour », soutient-il.

C’est pourquoi les répercussions des mesures envisagées ne seront pas visibles de suite. « Il faudra s’attendre à des effets à moyen terme, car il n’y a pas de protection rapide et efficace contre la discrimination biunivoque ».

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