Un an après les attentats de Hanau : « Il est temps d’agir »

Le 19 février 2020, un terroriste faisait neuf victimes dans deux bars à chicha à Hanau. Un an après les faits, où en est l’Allemagne dans sa lutte contre les attaques d’extrême droite ? [EPA-EFE/Maximilian von Lachner]

Le 19 février 2020, un terroriste faisait neuf victimes dans deux bars à chicha à Hanau. Un an après les faits, où en est l’Allemagne dans sa lutte contre les attaques d’extrême droite ? Une analyse d’Euractiv Allemagne.

Il s’agit là d’une des attaques les plus macabres perpétrées sur le territoire allemand : il y a un an, le 19 février 2020, un homme faisait neuf victimes à Hanau, dans la Hesse.

Âgé de 42 ans, l’homme a ouvert le feu sur neuf personnes issues de l’immigration, avant de tuer sa mère et de se suicider à son domicile.

Les rapports des autorités font état d’une « attaque de droite radicale » et « raciste ». Aujourd’hui, l’Allemagne pleure encore les victimes : Gökhan Gültekin, Sedat Gürbüz, Said Nesar Hashemi, Mercedes Kierpacz, Hamza Kurtović, Vili Viorel Păun, Fatih Saraçoğlu, Ferhat Unvar, Kaloyan Velkov, et Gabriele Rathjen, la mère du terroriste.

À la suite de l’attentat, le gouvernement avait promis qu’il mettrait en place un paquet de mesures pour endiguer le racisme. Qu’avons-nous fait depuis ? Pas assez. Telle est la conclusion tirée lors d’un débat public organisé dans le cadre de la Bundeskonferenz der Migrantenorganisationen (BKMO), la Conférence fédérale des organisations de migrants, organisée jeudi (18 février).

« Nous sommes sans voix face au silence de la société », a résumé Marianne Ballé Moudoumbou, porte-parole de l’ONG Pan-African Women Empowerment & Liberation (PAWLO Germany).

« La République [fédérale d’Allemagne] a une mémoire sélective », a-t-elle renchéri, faisant référence à d’autres attaques racistes perpétrées l’année dernière n’ayant pas été suffisamment mises en exergue.

Allemagne : plus d'un milliard d’euros pour lutter contre le racisme

Le comité interministériel sur l’extrémisme de droite et le racisme a approuvé les 89 mesures du paquet « antiracisme » présenté mercredi (25 novembre). Un article d’Euractiv Allemagne. 

Comité interministériel : « des mesures, mais pas de stratégie »

Depuis les tristes événements de février 2020, le Comité interministériel sur l’extrémisme de droite et le racisme a approuvé les 89 mesures du paquet « antiracisme ». Dans ce catalogue, l’organisme tend à sensibiliser la population au racisme, œuvrer davantage pour la prévention de la discrimination raciale, fournir un soutien aux victimes et mettre en lumière l’égalité des chances.

Certains points ne sont pas dénués de sens, a indiqué Farhad Dilmaghani, fondateur et président de l’association DeutschPlus. Cependant, d’après lui, lesdites mesures constituent un salmigondis et non une réelle stratégie, de même que le sérail politique ne semble pas décidé à mettre en place des instruments sur le long terme visant à endiguer le racisme structurel.

De ce fait, M. Dilmaghani appelle à la formation d’un nouveau ministère chargé de ce dossier. Le mouvement pour les droits des femmes a vu la création du ministère fédéral de la Femme, l’accident de Tchernobyl a entraîné la création du ministère de l’Environnement. Selon M. Dilmaghani, il convient d’œuvrer à l’élaboration d’un ministère Antiracisme sans plus attendre.

Bruxelles encourage la sensibilisation médiatique à la discrimination raciale

Les propos racistes, les actes de violence et le profilage racial sont monnaie courante en Europe, ce qui rend le rôle des médias essentiels dans la lutte contre la discrimination.

Éducation et quotas

Par ailleurs, pour Saraya Gomis, représentante de l’organisme Each One Teach One, il est nécessaire de focaliser l’attention sur l’éducation : « Il faudrait que la lutte contre le racisme soit inscrite dans la loi relative à la scolarité. » Les autorités compétentes pourraient formuler de nouvelles normes nationales à cet effet, afin d’aborder le sujet du racisme efficacement dans les établissements scolaires et de commencer la prévention le plus tôt possible.

Aux yeux de Ferda Ataman, journaliste pour Der Spiegel et médiatrice lors de la conférence, « nous savons que les écoliers, dont le nom de famille “sonne étranger”, subissent certains désavantages structurels ». Ce ne sont pas les parents qui refusent à leurs enfants une éducation – le problème réside dans les écoles elles-mêmes, estime Mme Ataman.

De plus, un quota de migrants, sujet récemment abordé pour la fonction publique de la ville de Berlin, devrait être introduit à l’échelle nationale, a soutenu M. Dilmaghani. Cette année verra l’instauration d’un quota de femmes au sein de conseils d’administration, « pourquoi ne pas appliquer les mêmes arguments aux personnes issues de l’immigration ? », s’est-il interrogé.

Concrètement, il s’agirait dans ce cas d’élaborer un « quota souple » : pour deux demandeurs d’emploi aux mêmes compétences, la personne issue de l’immigration serait privilégiée. Toutefois, c’est aux personnes elles-mêmes qu’il appartiendrait de déclarer qu’elles sont d’origine étrangère.

Il est temps d’agir

Le fait que la chancelière allemande Angela Merkel (CDU) ait énoncé les noms des victimes lors d’un podcast récemment publié à l’occasion de la commémoration des attentats de Hanau « est un signe fort », selon Sami Dzemailovski, cofondateur de la Verband für interkulturelle Wohlfahrtspflege (Association pour le bien-être interculturel) et militant pour les droits des Roms. « Il est temps d’agir », appuie-t-il.

Des propos qui font écho à ceux de Mme Moudoumbou : « la population attend des mesures concrètes. »

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