En Allemagne, le profilage racial fait l’objet d’une pétition à l’intention du Bundestag

Le racisme systémique pousse la société allemande à réexaminer le comportement de ses policiers. Ainsi, une pétition a été lancée à l’intention du Parlement afin d’établir une étude sur le profilage racial dans les interventions policières. Un article d’Euractiv Allemagne.

La pétition 113349 figurant sur le site internet du Bundestag appelle le gouvernement à mener une étude sur le profilage raciale au sein des autorités policières fédérales et des Länder. Cette étude devrait « [fournir] une base factuelle, et non une opinion, pour déterminer si une action est nécessaire ».

La pétition a été lancée un jour après l’affirmation du ministre allemand de l’Intérieur Horst Seehofer (CSU) selon laquelle une étude de ce type « n’était pas nécessaire ». Au fil de la semaine dernière, les réseaux sociaux se sont emparés de l’affaire, élevant le nombre de signatures à plus de 50 000 en quatre jours.

Le 17 août, elle comptait plus de 67 000 signataires et avait donc dépassé le seuil nécessaire (50 000) pour entamer des consultations au sein de la commission des pétitions du parlement allemand. Même si la requête recevait l’aval de la commission, rien ne garantit que le Bundestag lance une étude à ce sujet. En 2018, seuls 11 % de toutes les pétitions à son intention avaient abouti.

La discrimination raciale progresse en Allemagne

L’Agence allemande anti-discrimination a reçu, en 2019, plus de 3500 plaintes pour discrimination et a noté une hausse significative de la haine raciale. Les experts appellent à la modernisation des lois fédérales.

Une étude planifiée puis annulée

Depuis la montée du mouvement « Black Lives Matter » (BLM) aux États-Unis d’Amérique, les débats concernant le racisme systémique sont désormais à l’avant-plan de la politique allemande. Alors que les événements aux États-Unis d’Amérique ont suscité l’indignation générale, nombreux sont les Allemands qui ont également marqué leur mécontentement face à l’histoire coloniale de leur pays et à la discrimination quotidienne dont sont victimes les personnes de couleur sur leur territoire.

Le recours au profilage racial par la police, que la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) définit comme « l’utilisation par la police, sans justification objective et raisonnable, de critères tels que la “race”, la couleur, la langue, la religion, la nationalité ou l’origine nationale ou ethnique dans le cadre d’un contrôle, ou d’une enquête », est particulièrement préoccupant.

L’Allemagne ne dispose pas de données concrètes concernant cette pratique sur son territoire. Un rapport de l’ECRI publié en mars stipule toutefois qu’« il existe des indices marquants de profilage racial en outre-Rhin [dont] beaucoup de commissariats et de représentants de police ignorent l’existence ou [la nie] ».

Au vu de cette discrépance, l’ECRI a exigé qu’une étude soit menée en la matière. À la suite des manifestations BLM au début du mois de juin, les ministères de l’Intérieur et de la Justice ont annoncé qu’ils mettraient au point une méthodologie à appliquer pour ce type d’étude.

Cependant, le 5 juillet, M. Seehofer a fait volte-face, arguant que le profilage racial constituait déjà une violation à la loi en vigueur. Le porte-parole du ministère de l’Intérieur avait alors indiqué que « les cas individuels de discrimination portés à l’attention du ministère seraient traités sans pitié et feraient l’objet de sanctions dans les plus brefs délais ».

En outre, il existe des exceptions à l’interdiction du profilage racial. Dans les « endroits à haut taux de criminalité », notamment l’Alexanderplatz et le Görlitzer Park à Berlin, la police est autorisée à effectuer des contrôles aléatoires sans fournir de raison particulière.

Ce changement de décision de la part du ministère de l’Intérieur s’est rapidement attiré les foudres des sociaux-démocrates (SPD), des verts et des membres de la gauche. Selon Irene Mihalic, experte des verts sur la politique intérieure et fonctionnaire de police de longue date, le refus d’Horst Seehofer constitue une erreur : « Il ne fait aucun doute que la police a déjà recouru au profilage racial. Nous devons connaître l’ampleur du problème afin de trouver des solutions adéquates ».

Le roi des Belges exprime des "regrets" pour le passé colonial en RDC

Le roi Philippe a présenté mardi 30 juin, pour la première fois dans l’histoire de la Belgique, «ses plus profonds regrets pour les blessures» infligées lors de la période coloniale belge en République démocratique du Congo.

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