Gouvernement et Défenseur des droits ont lancé la plateforme « antidiscriminations »

"On ne peut pas parler d'égalité des chances si on ne lutte pas contre les discriminations" selon Elisabeth Moreno. La plateforme anti-discriminations doit permettre de signaler discriminations et violences. [StunningArt/Shutterstock]

Annoncée par Emmanuel Macron en décembre dernier, une plateforme anti-discriminations vient d’être lancée ce vendredi (12 février). Elle permet de dénoncer tout type de discrimination en ligne ou par téléphone.

« On n’a pas réglé le problème des discriminations » en France, avait reconnu le chef d’État dans une interview accordé à Brut en décembre dernier. En réponse notamment aux violences policières et la pratique contestée des contrôles au faciès, mais aussi à tout autre type de discrimination et de violence, le nouveau dispositif vient donc de voir le jour.

Le site antidiscriminations.fr, accompagné du numéro 39 28, d’un tchat et d’un service de communication pour sourds ou malentendants, permet à toute personne s’estimant victime d’une discrimination ainsi que victime ou témoin de violence de le signaler. En plus, il liste les associations susceptibles de pouvoir aider une personne selon le type de discrimination subie – origines, handicap, LGBTI, égalité femmes-hommes, grand âge ou santé.

Lancée par la ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances Elisabeth Moreno, avec la Défenseure des droits Claire Hédon, la plateforme sera gérée par cette dernière.

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Le nouveau service doit tout d’abord être un lieu d’écoute : des « juristes du Défenseur des droits, spécialement formés à la discrimination » vont prendre en charge les messages et appels, explique l’instance – autorité indépendante au sein de l’État chargée de défendre les droits et libertés des citoyens – dans un communiqué publié ce matin. Ils vont ainsi répondre aux questions, donner une première évaluation juridique et expliquer les démarches possibles.

Dans un deuxième temps, « si la situation relève d’un des champs de compétence » du Défenseur des droits, celui pourra intervenir directement. Quand ce n’est pas le cas, le service orientera vers des associations ou des interlocuteurs institutionnels « compétents ».

« La frontière entre discriminations, violences et propos haineux peut être difficile à établir par les victimes », explique le Défenseur des droits. « Par ailleurs, la majorité d’entre elles n’engagent pas de recours, soit parce qu’elles ont le sentiment que la démarche n’en vaut pas la peine, soit qu’elles n’ont pas de preuve, ou qu’elles ne savent tout simplement pas vers qui se tourner. » La nouvelle plateforme doit permettre de mieux combler ce trou et « assurer la plus grande continuité possible dans le service rendu aux victimes. »

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L’ascenseur social « rouillé » en France

« On ne peut pas parler d’égalité des chances si on ne lutte pas contre les discriminations » a expliqué de son côté Elisabeth Moreno à SudRadio à l’occasion du lancement de la plateforme ce matin. La ministre déléguée a évoqué notamment l’ascenseur social « rouillé » en France : « Aujourd’hui, il faux six générations à un enfant d’ouvrier pour devenir cadre. C’était quatre, il y a encore quelques années. » Inégalités encore creusées du fait de la crise sanitaire. « C’est terrible, un pays dans lequel les jeunes ne croient plus dans leurs possibilités de réussite parce qu’ils ne sont pas nés au bon endroit, n’habitent pas la bonne ville ou n’ont pas le patronyme auquel on est habitué », déplore-t-elle.

Mais ce n’est pas la seule problématique à laquelle la nouvelle plateforme doit répondre. Elisabeth Moreno rappelle également les inégalités que les femmes continuent de subir dans le monde du travail, avec des « écarts de salaire colossaux, de 9 et 25%, entre hommes et femmes. » Dans son dernier baromètre de la perception des discriminations dans l’emploi, le Défenseur des droits avait soutenu que 23 % des personnes actives avait déjà vécu une discrimination ou un harcèlement discriminatoire. 40 % de ces discriminations étaient liés au sexe, 40 % à l’apparence physique et 30 % à l’état de santé.

Et dans son entretien à Brut en décembre, suite à l’interpellation violente du producteur de musique Michel Zecler, Emmanuel Macron avait promis vouloir réagir au défi des violences policières et à la pratique des contrôles d’identité dites au faciès. « Quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche, c’est vrai qu’on est beaucoup plus contrôlés », avait reconnu le président français. « On est identifiés comme étant un facteur de risques, de problèmes, et c’est insoutenable. » Le 27 janvier, six ONG françaises ont justement lancé une action de groupe contre l’État pour exiger la fin de cette pratique discriminatoire qui minerait, selon elles, le sentiment d’appartenance à la République de ceux et celles qui subissent ces contrôles.

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Besoin d’une « dynamique plus large »

« L’expérience répétée des discriminations a des conséquences délétères et durables sur les parcours individuels et mine la cohésion de la société française », affirme aussi Claire Hédon. Pour la Défenseure des droits, la plateforme anti-discriminations est une « pierre » de ce qui constitue pour elle « un des axes de travail majeur de mon mandat ». Cependant, cette mesure doit selon elle « s’inscrire dans une dynamique plus large si nous voulons être à la hauteur de l’enjeu. »

Pour rappel, le 25 janvier a débuté également le « Beauvau de la sécurité ». Ce grand débat national voulu par Emmanuel Macron doit aboutir à une réforme de la police pour rétablir le lien entre les Français et les forces de l’ordre dans un contexte tendu par les violences policières et le projet de loi sur la sécurité globale.

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