Allemagne. Une étude sur les forces de l’ordre soumise à certains compromis

En Allemagne, l’étude tant attendue sur les forces de l’ordre se concrétise. Toutefois, la proposition initiale des sociaux-démocrates (SPD) d’examiner minutieusement le racisme au sein de la police d’outre-Rhin semble avoir fait l’objet de quelques compromis. EPA-EFE/SASCHA STEINBACH

En Allemagne, l’étude tant attendue sur les forces de l’ordre se concrétise. Toutefois, la proposition initiale des sociaux-démocrates (SPD) d’examiner minutieusement le racisme au sein de la police d’outre-Rhin semble avoir été soumise à quelques compromis. Un article d’Euractiv Allemagne.

Désormais, l’étude imaginée par le SPD devrait s’atteler davantage au travail quotidien de la police, le racisme n’apparaissant qu’au second plan. Grâce à ce compromis, la CDU/CSU, partenaire des sociaux-démocrates dans la grande coalition (Groko) au pouvoir en Allemagne, peut reprendre son souffle. Le chemin était pourtant semé d’embûches. En effet, en juin, le ministre de l’Intérieur Horst Seehofer, figure quelque peu protectrice de la police allemande, s’était fermement opposé à l’offensive du SPD. «  Sous mon mandat, je m’opposerai à toute étude ne traitant que de la police et des allégations de racisme structurel en son sein  », avait-il rétorqué en septembre dans un entretien avec BILD.

Depuis, il semble bien camper sur ses positions, comme en témoignent ses propos lors d’une conférence de presse organisée aujourd’hui (20 octobre). En effet, M. Seehofer s’oppose encore à la réalisation «  d’une étude fondée sur des allégations  » et souhaite enrayer tout « soupçon généralisé  » envers les forces de l’ordre, car plus de 99 % des agents «  respectent la constitution allemande  ». Les cas de racisme sont «  une honte  », mais nul n’est infaillible, et il ne faut pas «  faire d’un écart de conduite isolé un problème structurel [généralisé]  ».

La violence contre les policiers aussi passée au crible

De manière générale, l’étude devrait examiner les relations entre la police et la société. Horst Seehofer, met d’ailleurs l’accent sur les «  nouvelles conditions-cadres  » dans lesquelles se déroule le travail de la police. Un intérêt tout particulier sera en outre porté sur les motivations ayant poussé les nouvelles recrues à envisager ce métier.

Outre la volonté de savoir si la tolérance zéro à l’égard du racisme et de l’extrémisme est toujours respectée au sein de la police, M. Seehofer souhaite également que la «  hausse des actes de violence contre les policiers  » fasse l’objet d’une enquête.

Le ministre se fixe ainsi comme objectif de dissoudre l’extrémisme de droite, l’antisémitisme et le racisme dans le secteur policier. De ce fait, le gouvernement entend «  travailler sans relâche  » jusqu’à ce que celui-ci soit atteint. Toutefois, «  il convient de faire savoir aux forces de l’ordre que le sérail politique soutient toujours leurs actions  ».

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L’extrémisme de droite dans les discussions instantanées

Depuis quelque temps maintenant, l’extrémisme de droite au sein des autorités de sécurité défraye la chronique en Allemagne. Que ce soit en Rhénanie-du-Nord–Westphalie (NRW) ou à Berlin, plusieurs groupes de discussion ont en effet été découverts, dans lesquels des agents de police échangeaient des propos racistes. Ainsi, pas moins de 30 personnes ont été limogées en NRW pour ces raisons. Dans la capitale, ce sont sept policiers en herbe qui ont été accusés d’incitation à la haine par le parquet fédéral.

«  Dans certains de ces groupes, les enquêteurs ont identifié des images de croix gammée et des références antisémites ou du moins haineuses à l’encontre des demandeurs d’asile. D’autres auraient minimisé la Shoah d’une manière susceptible de perturber l’ordre public  », a indiqué le parquet dans un communiqué de presse.

Violences policières, un complexe français ?

Alors que le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a publié son tout nouveau « Schéma national du maintien de l’ordre », Amnesty international pointe, dans un rapport, l’« usage illégal de la force » par les policiers français en manifestation.

Un thème de campagne électorale inadapté

En fonction de sa date de publication, l’étude pourrait être un sujet abordé lors des élections fédérales de 2021. La proposition du SPD est déjà un sujet de discorde au sein de l’actuelle Groko. En juin, Saskia Esken, coprésidente des sociaux-démocrates, avait tenu des propos particulièrement virulents au sujet «  du racisme manifeste  » dans la police. Elle se référait alors aux manifestations du mouvement «  Black Lives Matter  » aux États-Unis d’Amérique, qui avait déclenché plusieurs débats sur les répressions policières en Europe.

Par la suite, celle-ci avait dû essuyer plusieurs critiques, y compris de son propre parti : certains membres SPD du ministère de l’Intérieur, notamment Boris Pistorius de Basse-Saxe, ne partageaient pas son point de vue. «  Insinuer que le racisme est un problème plus profond dans la sphère policière qu’ailleurs est erroné et fait peser un soupçon généralisé injustifié sur les quelque 300 000 agents de police du pays  », a-t-il déclaré en réponse à Mme Esken.

Reste à voir si Olaf Scholz (SPD) osera évoquer les résultats de l’étude ou les répressions policières lors de sa campagne électorale – notamment, car il a lui-même témoigné son soutien aux forces de l’ordre lorsqu’il était maire de Hambourg, et ce, à la suite de violents affrontements avec des manifestants au cours du G20 en 2017. Par ailleurs, il se pourrait également que l’étude, sous sa nouvelle forme, n’offre pas assez de matière pour la campagne.

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