La Covid-19, « révélateur » du racisme anti-asiatique

En France, l’immigration vient d’Asie de l’est et du sud-est, comme la Chine, des anciens pays de l’ancienne Indochine, ainsi que du Japon et de la Corée.  [EPA-EFE/ETIENNE LAURENT]

La crise sanitaire a mis en lumière la discrimination subie par les personnes d’origine asiatique. Explications avec Ya-han Chuang, post-doctorante à l’Institut national d’études démographiques (Ined).

Une semaine après les fusillades meurtrières dans des salons de massage aux États-Unis, le procès des cinq twittos ayant appelé à la haine contre « les Chinois » s’est tenu mercredi (24 mars), à Paris. Ya-han Chuang, post-doctorante à l’Institut national d’études démographiques (Ined), a expliqué à Euractiv France comment la crise de la Covid-19 a permis « une prise de conscience » du racisme subi par les personnes d’origine asiatique en France. 

Ya-han Chuang rappelle tout d’abord que la communauté asiatique n’est pas homogène : « L’Asie comporte au total une quarantaine de pays. Même au sein des populations chinoises, c’est diversifié et hétérogène, car c’est un grand pays ». L’immigration asiatique en France se distingue de celle des États-Unis ou du Royaume-Uni. Dans ces deux pays, la population est majoritairement issue du sud du continent, notamment du Pakistan ou du Sri Lanka. En France, l’immigration vient d’Asie de l’est et du sud-est, comme la Chine, des pays de l’ancienne Indochine, ainsi que du Japon et de la Corée. 

Ces trajectoires migratoires sont ancrées depuis longtemps. L’élite indochinoise est arrivée dès la fin du 19e siècle, ainsi que des entrepreneurs chinois de la province de Wenzhou, à 500 km de Shanghai. Cette région était connue pour le commerce de pierres précieuses comme la jade. Mais, l’intégration des Chinois dans la société française se fait plus difficilement que celle des Vietnamiens, Cambodgiens et Laotiens.

« Les populations qui ont fui le Cambodge ou le Vietnam sont venues en tant que réfugiées et ont eu un statut pour s’installer légalement dans les années 1950-60. La situation catastrophique dans leurs pays a coupé toute possibilité de repartir, donc ils ont investi dans leur vie ici », souligne la chercheuse.

La France, moins violente que les États-Unis

Les Chinois avaient quant à eux un statut de travailleurs et sont arrivés dans les années 1980, après l’ouverture des frontières ou par regroupement familial. « Ils sont longtemps restés en situation irrégulière et ont eu droit à une attitude politique différente », poursuit Ya-han Chuang. Avec l’émergence de la Chine dans les années 2000, les jeunes Français d’origine chinoise ont développé une sentiment de double appartenance.

D’ailleurs, les populations issues de l’immigration asiatique sont très localisées. Près de 90% d’entre elles vivent à Paris et dans la petite couronne, en particulier dans le Nord-Est, dans les 19e et 20e arrondissements, à Aubervilliers, La Courneuve et Bagnolet. Les Chinois sont même devenus la première communauté de La Courneuve, soit « la petite Asie en Ile-de-France ». « Maintenant des restaurateurs se sont installés en région et ont ouvert des grandes surfaces de wok ainsi que des bars-tabac. On retrouve des communautés chinoises à Lyon et Marseille, qui travaillent dans l’import-export », constate Ya-han Chuang.

Le nouveau coronavirus attise le racisme anti-asiatique

Avec la pandémie de Covid-19, les discussions sur la discrimination sont de nouveau à l’ordre du jour, tandis que le racisme anti-asiatique fait désormais souvent les gros titres. Un phénomène qui se propage également en ligne.

Le racisme anti-asiatique se fonde sur beaucoup de stéréotypes racialisés, liés à la langue. « Les immigrés subissent des micro-agressions dans la vie quotidienne, du racisme quotidien », relève la chercheuse. Outre les « Chintok », « rentre chez toi », « yeux bridés », subies dès l’enfance , les croyances sur la nourriture, comme la consommation de viande de chien, se perpétuent.

Ils souffrent aussi d’autres stéréotypes, tels que les liens avec la mafia et l’hypersexualisation des femmes asiatiques, qui sont encore relayés dans les médias et par les élus. « La Chine contemporaine, avec son hégémonie économique et son régime autoritaire, est vue comme un ennemi interne qui menace la cohésion nationale », relève Ya-han Chuang. Selon elle, la Covid-19 a mis en lumière et réactivé deux imaginaires concomitants : les mauvaises habitudes d’hygiène et alimentaires et les accusations de complot, avec la guerre virale. 

Mais elle relativise : « La France est moins violente qu’aux États-Unis, avec les suprémacistes blancs. On n’en est pas encore là ». Elle déplore tout de même les nombreux cas de l’école et la violente déshumanisation des réseaux sociaux. Pour elle, la mobilisation contre #jenesuispasunvirus est en bonne voie. « Depuis 2016, on commence à en parler. Avant ça, on pensait que c’était moins grave, car les maghrébins par exemple subissent un racisme systémique des violences policières.»

« Mon sentiment est que les jeunes Chinois se sentent français à part entière, ils regardent la télévision française, vont à l’école française, parlent français. Ils s’intègrent bien et leur dénonciation du racisme montre qu’ils adhèrent au modèle républicain », conclut-elle.

Le racisme se banalise en Europe

Selon plusieurs ONG et institutions, les actes et propos racistes sont en augmentation dans l’Union européenne. Parmi les causes, la crise économique mais aussi Internet qui véhicule des propos anonymes.

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