Les femmes ont moins de chances de travailler dans le secteur du numérique

L’écart entre les hommes et les femmes s’est uniquement réduit pour les compétences basiques d'utilisation d'internet, passant de 10,5 % en 2015 à 7,7 % en 2019. [GaudiLab / Shutterstock]

Alors que les femmes ont été à l’origine d’innovations essentielles dans les technologies numériques, elles n’ont aujourd‘hui encore pas accès comme les hommes à ce secteur économique en termes d’emplois et d’accès aux compétences.

Un rapport publié mardi (8 décembre) de la Commission européenne montre que les femmes sont aujourd’hui encore moins susceptibles d’avoir des compétences spécialisées ou de travailler dans ce domaine que les hommes. L’écart entre les hommes et les femmes s’est uniquement réduit pour les compétences basiques d’utilisation d’internet, passant de 10,5 % en 2015 à 7,7 % en 2019.

Pourtant, l’apport des femmes dans ce domaine est énorme. Le réseau Wi-Fi par exemple, que vous utilisez peut-être en ce moment même pour lire cet article, a été inventé par une femme, Hedy Lamarr. En plus d’être belle, actrice et productrice de cinéma américaine, elle a créé dès les années 40 un système « de codage des transmissions par étalement de spectre », la « technique Lamarr », utilisée également à l’heure actuelle pour les liaisons chiffrées militaires et la téléphonie mobile.

Hedy Lammar ne fut reconnue pour son invention que rétroactivement, en 1997, alors que l’armée américaine l’utilisait déjà dans les années 60.

« L’effet Matilda »

C’est la cas aussi de la britannique Ada Lovelace, qui a inventé en 1842 le tout premier programme informatique et qui est restée longtemps dans l’oubli. Ce n’est qu’en 1979, plus d’un siècle plus tard donc, que le département de la Défense américain lui a rendu hommage en donnant son prénom à un langage de programmation.

Dans les années 80, l’historienne des sciences Margaret W. Rossiter avait théorisé cette tendance des hommes à minimiser ou à s’attribuer les découvertes et les inventions des femmes. Elle l’avait appelée « l’effet Matilda », en référence à la militante féministe Matilda Joslyn Gage qui avait déjà observé cet état de faits au XIXe siècle.

« La contribution des femmes à l’économie numérique européenne est cruciale. Le tableau de bord montre que dans l’UE, seulement 18 % des spécialistes des technologies de l’information et de la communication sont des femmes, a déclaré la vice-présidente exécutive de la Commission européenne Margrethe Vestager. Nous devons donc faire encore davantage pour que la prochaine Ada Lovelace se voie offrir les chances qu’elle mérite. »

Un marché numérique pleinement opérationnel pourrait rapporter jusqu’à 415 milliards € à l’économie de l’Union européenne chaque année et créer plusieurs millions d’emplois, selon le Conseil européen.

Un marché très inégalitaire 

Le tableau de bord de la Commission montre que c’est en Finlande, en Suède, au Danemark et aux Pays-Bas que l’on trouve le plus de femmes actives dans l’économie numérique. La Bulgarie, la Roumanie, la Grèce et l’Italie détiennent en revanche le plus fort taux de disparité entre les femmes et les hommes quant à leur participation à l’économie digitale, que ce soit par leur métier, leurs compétences ou leur utilisation d’internet.

La France quant à elle occupe la 9e place dans l’estimation globale, qui comprend le niveau d’utilisation d’internet, sa portée ainsi que les compétences liées et l’emploi. Les chiffres montrent en outre que la part des femmes diplômées en Science, technologie, ingénierie et mathématique (STEM) sur 1 000 personnes s’élèvent à 16,8 % contre 36,5 % pour les hommes, et de 1,8 % contre 6,4 % pour les Technologies de l’information et de la communication (ICT). En termes de compétences spécialisées et d’emplois, la France occupe toutefois la 5e place au sein de l’Union européenne.

Quant à l’Allemagne, celle-ci se retrouve en 12e position dans le classement global. La part des femmes diplômées en STEM sur 1 000 personnes est également moindre qu’en France, avec 11,8 % contre 27,8 % pour les hommes, tout comme pour les ICT avec 1,4 % contre 6,2 % pour les hommes.  Sur les compétences spécialisées et l’emploi, l’Allemagne dégringole en revanche à la 22e place parmi ses voisins européens.

Pour remédier à ces disparités, la Commission européenne a prévu un plan d’action quinquennal présenté dans le cadre de la stratégie européenne en matière de compétences.

« Nous voulons que l’économie numérique européenne donne ses chances à chacun, quel que soit son sexe. Pour être à l’avant-garde de la transition numérique, notre industrie doit exploiter pleinement le potentiel de compétences de l’Europe et encourager les talents des femmes, a expliqué le commissaire au marché intérieur Thierry Breton. Nous allons ouvrir la voie au renforcement des compétences informatiques des femmes dans toute l’UE en nous appuyant sur le programme pour une Europe numérique et en consacrant au moins 20 % du fonds pour la reprise et la résilience au numérique. »

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