Les territoires ruraux de France, « zones blanches » en termes d’égalité femmes-hommes

Selon les révélations de la délégation aux droits des femmes du Sénat, les femmes rurales sont plus en proie à l'isolation, à la précarité et aux violences conjugales que celles vivant en milieu urbain. [Halfpoint/Shutterstock]

À l’occasion de la journée internationale des femmes rurales vendredi (15 octobre), la délégation aux droits des femmes du Sénat vient de présenter un rapport sur la situation des femmes dans les territoires ruraux de France. Si le bilan est « triste », des solutions existent pour améliorer la vie de ces 11 millions de Françaises.

Le compte n’y est pas : en termes d’égalité femmes-hommes, les territoires ruraux de France restent des « zones blanches ».

Fruit d’un travail de dix mois, de nombreux témoignages, tables rondes, auditions et rencontres, le rapport « Femmes et ruralités », présenté jeudi (14 octobre) par la délégation aux droits des femmes du Sénat en amont de la journée internationale des femmes rurales, fait le point sur un grand nombre de difficultés que rencontrent les femmes dans ces territoires dans tous les aspects de leur vie.

Le travail de la délégation, qui vient d’accoucher d’un rapport de 245 pages, était parti d’un simple constat : des 181 mesures de l’Agenda rural que le gouvernement français avait adopté en 2019, et qui constitue la base de la politique gouvernementale en faveur des territoires ruraux, « aucune ne mentionne l’égalité femmes-hommes » ni la moindre problématique spécifique aux femmes, rappellent les auteurs du document.

Lacune qui a amené les membres de la délégation à enquêter sur la situation des femmes dans ces zones. L’enjeu est de taille : les femmes rurales, vivant dans des espaces à faible densité de population, sont du nombre de 11 millions, soit pas moins de 32 % des femmes du pays, selon les chiffres de l’Insee.

Malheureusement, « le bilan de notre travail est triste », a déclaré la sénatrice Annick Billon (UC), présidente de la délégation, lors de la conférence de presse de présentation du rapport.

Que ce soit dans l’accès aux soins, à la formation, à l’emploi ou à la protection de victimes de violences conjugales, les femmes rurales apparaissent systématiquement défavorisées et en proie aux inégalités hommes-femmes.

Mobilité et emploi : les femmes rurales en proie à l’isolation et à la précarité 

Au cœur de toutes les difficultés : la mobilité. Entre un service des transports publics limité et des services publics souvent éloignés, « les difficultés de mobilité signifient un accès plus compliqué à l’emploi, aux services publics, aux soins, aux modes de garde, aux commerces, aux associations et loisirs » ainsi qu’une plus grande isolation pour les femmes vivant en zone rurale.

Problématique qui les concerne davantage que les hommes : alors que la voiture représente le moyen de déplacement le plus important en zone rurale, seules 80 % des femmes y sont détentrices d’un permis B, contre 90 % des hommes, selon le rapport.

En termes de formation et d’insertion professionnelle, « les jeunes filles qui restent en zone rurale ont un champ d’opportunités plus limité que le reste de leur classe d’âge dans tous les domaines », selon les sénateurs. Souvent « invisibilisées dans les discours publics et sociaux », elles souffrent plus souvent du chômage ou de contrats précaires que les jeunes filles urbaines et les jeunes hommes ruraux.

Et si, tous âges confondus, les femmes des territoires ruraux sont moins touchées par le chômage que les femmes urbaines, elles se retrouvent plus souvent dans des emplois de moindre qualité, précaires ou à temps partiel, relève le rapport. Celui-ci pointe en outre un « manque criant de mixité », l’offre d’emploi étant « nettement orientée vers les secteurs à dominante masculine ». Somme tout, les femmes rurales encourent un « risque accru de pauvreté » et de dépendance financière vis-à-vis de leur conjoint.

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Santé et violences : pénalisation et « double peine » des femmes en zone rurale

Autre défi de taille, la santé. « C’est un sujet terrible », estime la sénatrice Marie-Pierre Monier (SER), l’une des huit rapporteurs de « Femmes et ruralités » qui affirme que « les femmes rurales sont pénalisées au niveau de leur santé ».

La désertification médicale des territoires ruraux, notamment concernant les gynécologues, et la division par trois du nombre de maternités en seulement 40 ans conduisent à des difficultés d’accès qui conduisent de nombreuses femmes à renoncer à un suivi gynécologique et au dépistage des cancers féminins, révèle le rapport.

Seule lumière, le « dynamise du réseau des sages-femmes en milieu rural » qui, en lien avec le « maillage territorial fort des pharmaciens pourraient combler certaines lacunes du maillage territorial des professionnels de santé ».

Concernant les violences conjugales, le rapport souligne la « double peine » des femmes rurales : celles-ci représentent 50 % des victimes de violences et 47 % des féminicides en France, alors qu’elles ne comptent que pour 32 % de la population féminine du pays.

En cause : une identification et protection des victimes « plus complexes en raison de l’isolement social et géographique des femmes victimes, de leur insuffisante mobilité, du manque d’anonymat et de confidentialité, d’une méconnaissance de leurs droits et des dispositifs existants et d’un manque de structures d’hébergement adaptées ».

70 recommandations pour combler les inégalités dans les territoires ruraux

Fort du constat de ces nombreuses difficultés, la délégation aux droits des femmes dresse une liste de 70 recommandations à l’adresse du gouvernement, mais aussi des communautés.

Si le constat du rapport est sombre, « il y a déjà des solutions qui existent et qu’il faut maintenant mettre en place », affirme Annick Billon. Parmi elles : une meilleure communication, à tous les niveaux, sur les droits des femmes et les aides à leur disposition, une éducation à l’égalité renforcée, le développement de la télémédecine et de permanences itinérantes ou encore la mise en place d’un « référent égalité » dans toutes les communes.

En outre, « il faut absolument que les femmes s’organisent en réseau » pour gagner en visibilité, mais aussi pour mettre en valeur des modèles – comme par exemple des femmes ingénieures, cheffes d’entreprise ou d’exploitation, engagées en politique – et créer un « effet de ruissellement », selon Mme Billon.

Compte tenu du décalage insoupçonné entre zones urbaines et rurales que dévoile ce rapport, « il y a du boulot », résume Marie-Pierre Monier. Mais en attendant les effets concrets de ce travail, la publication du rapport doit déjà envoyer un message important aux 11 millions de femmes rurales en France, selon le rapporteur Jean-Michel Arnaud (UC) : « Nous pensons à elles, elles ne sont plus seules et nous essayons d’apporter des solutions à leurs difficultés. »

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