L’inégalité salariale, fléau persistant en France comme en Europe

Alors que les femmes « ont été et sont encore en première ligne face à la triple crise sanitaire, économique et sociale que nous traversons », les inégalités de genre ne seraient aujourd'hui plus acceptables, selon Élisabeth Moreno. [Ludovic Marin/epa]

9h22 : c’est l’heure, en ce mercredi 3 novembre, à partir de laquelle les femmes travaillent gratuitement par rapport aux hommes cette année. Face à l’inégalité salariale persistante en France, la ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes Élisabeth Moreno admet qu’il n’y a « plus ni excuse ni prétexte ».

Le constat est « sans appel » : dans la France de 2021, les femmes gagnent toujours 16,5 % de moins que les hommes, selon la newsletter Les Glorieuses, publiée par l’économiste Rebecca Amsellem. En d’autres termes : pendant presque deux mois, les femmes travailleront gratuitement par rapport aux hommes cette année.

Un écart que vient de condamner la ministre déléguée à l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances, Élisabeth Moreno, dans un discours au Sénat (où était discutée, le 27 octobre dernier, une proposition de loi visant à accélérer l’égalité économique et professionnelle).

« Au pays de l’égalité, il est insupportable que les femmes – qui représentent la moitié de l’humanité – restent victimes de discriminations, de violences et de préjugés », a martelé Mme Moreno devant les sénateurs. Il serait temps de faire de l’égalité – en l’occurrence économique et professionnelle – une « réalité concrète et effective ».

Une proposition de loi pour lutter contre l’inégalité économique et professionnelle

Comme l’a rappelé la ministre, l’écart salarial entre femmes et hommes – à poste équivalent et compétences égales – est toujours de 9 % en France. 78 % des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes qui, en revanche, ne représentent que 30 % des dirigeants d’entreprise. En outre, les femmes touchent des retraites inférieures de 42 % à celles des hommes.

Alors que les femmes « ont été et sont encore en première ligne face à la triple crise sanitaire, économique et sociale que nous traversons », ces inégalités ne seraient plus acceptables, a déclaré Mme Moreno.

Il n’y aurait aujourd’hui plus « ni excuse ni prétexte » pour que les femmes soient moins bien payées que les hommes et « absentes de la table où se prennent les décisions » tout en occupant des métiers essentiels « pourtant les moins reconnus et les moins valorisés ».

La ministre a ainsi souligné son soutien à la proposition de loi visant à accélérer l’égalité économique et professionnelle qui, selon elle, « laissera une empreinte indélébile dans le combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes ».

Pour rappel, cette proposition de loi, déposée à l’Assemblée nationale en mars dernier et actuellement examinée en commission mixte paritaire après sa lecture au Sénat fin octobre, vise notamment à étendre le bénéfice de places réservées en crèches aux familles monoparentales bénéficiaires de l’allocation de soutien familial pour leur permettre de prendre un emploi, d’augmenter le financement de l’entreprenariat des femmes et d’encourager une meilleure représentation des femmes pour les postes à plus forte responsabilité au sein des entreprises.

Les territoires ruraux de France, « zones blanches » en termes d’égalité femmes-hommes

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Trois demandes pour plus d’égalité salariale en France

De son côté, Rebecca Amsellem a annoncé, le 27 octobre, le lancement d’une pétition à l’attention des candidats à l’élection présidentielle en avril 2022.

L’économiste appelle tout d’abord à « appliquer le principe d’éga-conditionnalité », c’est-à-dire conditionner l’accès aux marchés publics, l’obtention de subventions publiques et de prêts garantis par l’État au respect de l’égalité salariale au sein des entreprises et organisations. Mesure qui « ne coûte rien de plus à l’État » et pourrait garantir « que le budget alloué par les fonds publics n’accentue pas les inégalités ».

Autre demande de la fondatrice des Glorieuses, la revalorisation des salaires pour les emplois majoritairement occupés par les femmes – notamment les postes d’infirmières, de sage-femmes et d’enseignantes. Alors que la crise sanitaire a souligné l’importance des emplois de soin et d’éducation, « une réévaluation économique de toutes les professions à prédominance féminine est indispensable », selon Mme Amsellem.

Enfin, l’économiste souhaite voir créé un congé parental post-naissance de même durée et payé de manière équivalente pour les deux parents d’un enfant. Il s’agirait de partager « équitablement » le temps de congé entre les hommes et les femmes et de « permettre aux couples hétérosexuels de vivre leur parentalité de façon égale dès aujourd’hui ».

Au niveau européen, des inégalités toujours flagrantes

Ces demandes interviennent alors que le dernier rapport de l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes (EIGE), publié le 28 octobre, a mis en lumière l’étendue des inégalités au sein de l’Union européenne.

Avec un index de 68 points sur 100, « l’UE a encore beaucoup de chemin à faire en termes d’égalité des sexes », indiquent les auteurs du rapport. En termes d’emploi, le taux d’emploi des femmes (41 %) reste largement en-dessous de celui des hommes (57 %), ces derniers jouissant également de meilleures perspectives de carrière.

Les hommes gagnent en outre nettement plus d’argent que les femmes, avec un revenu mensuel moyen de 2819 euros pour les premiers contre 2333 euros pour les dernières. Le risque de pauvreté est ainsi plus accentué pour les femmes (17 %) que pour les hommes (15 %).

Si la France se situe au-dessus de la moyenne européenne, avec un index d’égalité de 75,5 points la plaçant 4e au niveau européen, des avancées restent à faire dans les domaines de la santé et de l’emploi, selon le rapport. Depuis 2018, l’inégalité hommes-femmes s’est par ailleurs creusée dans le domaine de la répartition des ressources financières et de la situation économique.

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