Lutte contre la précarité des familles monoparentales, « trop souvent oubliées » par la société, selon Martine Filleul

Précarité, emploi partiel, exclusion sociale : la monoparentalité entraîne de nombreuses difficultés. Les femmes, cheffes de famille monoparentale dans 84 % des cas, y sont particulièrement exposées. [SeeSaw GmbH/Shutterstock]

Près d’un quart des familles en France sont aujourd’hui monoparentales. Devant le constat des difficultés que subissent de nombreux parents seuls, et notamment les femmes, la sénatrice Martine Filleul vient de proposer une loi pour favoriser leur inclusion.

« La monoparentalité n’est plus un phénomène marginal » en France : elle concerne aujourd’hui 23 % des 8 millions de familles françaises et constitue donc « bel et bien une transformation démographique profonde », selon Martine Filleul. Or, ces familles resteraient « trop souvent oubliées » par l’État et la société – raison pour laquelle la sénatrice (SER) a soumis, fin mai, une proposition de loi pour une meilleure inclusion des familles monoparentales, rendue publique vendredi (4 juin).

Car « monoparentalité rime souvent avec précarité », rappelle la sénatrice en s’appuyant sur des chiffres de l’Insee et de l’Observatoire des inégalités. Pas moins de 34,9 % des familles monoparentales (soit deux millions de personnes) disposent ainsi d’un revenu inférieur au seuil de pauvreté à 60 % du revenu français médian. Et une famille monoparentale sur cinq reste même en-dessous du seuil de pauvreté à seulement 50 % du revenu médian – contre seulement 6,6 % pour les couples.

Sans surprise, ce sont les femmes qui souffrent le plus de cette précarité. Alors que les enfants de couples séparés vivent le plus souvent avec leur mère (84 %), ces dernières sont souvent inactives ou travaillent à temps partiel. « En assumant seules la charge de leur(s) enfant(s), les femmes isolées sont souvent contraintes de quitter le milieu professionnel », souligne Mme Filleul, vice-présidente de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes.

Les femmes paieraient aussi plus souvent « leur séparation au prix fort : la perte du niveau de vie, directement imputable à la rupture, est de 20 % pour les femmes » – contre seulement 3 % pour les hommes, selon Mme Filleul. Sans compter que ces mères cheffes de famille manquent considérablement de temps pour des activités sociales ou culturelles : « Aussi ne sont-elles plus résumées, par la force des choses, qu’à leur simple identité de mères, sans que ne soient reconnus, à leur juste valeur, leurs compétences et leur courage ».

« Parce que les femmes y sont plus exposées, la monoparentalité constitue donc, en elle-même, une inégalité de genre », soutient la sénatrice. Devant le nombre toujours croissant de familles monoparentales – leur part a doublé depuis 1990 – il serait désormais urgent de répondre à cette problématique. La proposition de loi de Mme Filleul vise ainsi à « agir contre la précarité dans laquelle ces familles peuvent se trouver, tout en permettant aux individus en situation de monoparentalité – particulièrement les mères isolées – d’articuler plus aisément leur vie professionnelle et sociale avec leur vie parentale et familiale ».

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Adaptation des aides et plus de souplesse au travail

La sénatrice propose ainsi une adaptation des aides aux besoins des familles monoparentales sur le plan de la garde d’enfant. La monoparentalité « participe à produire une plus grande fragilité sur le marché du travail ». De plus, afin « d’alléger la charge que peuvent représenter les inquiétudes liées au choix du mode de garde et de favoriser le maintien ou la reprise d’une activité professionnelle », la sénatrice propose de supprimer l’âge limite concernant le versement du complément de libre choix du mode de garde pour les parents seuls (il est aujourd’hui fixé à six ans).

Dans la même veine, la proposition de loi vise à étendre le bénéfice des places réservées en crèches aux familles monoparentales percevant l’allocation de soutien familial ou encore à accorder le versement de l’allocation familiale dès le premier enfant.

En complément avec ces aides à la garde d’enfants, la sénatrice milite pour plus de souplesse dans l’aménagement du temps de travail ainsi qu’un meilleur accompagnement du retour à l’emploi. Concrètement, sa proposition prévoit un assouplissement des possibilités de renouveler une période à temps partiel après un congé de maternité.

Elle vise également à encourager le télétravail – moyen qui permettrait d’améliorer l’articulation entre vie familiale et professionnelle – et à mieux prendre en compte les situations de monoparentalité dans la définition des dates de congés payés pour éviter des problèmes de garde.

Enfin, le texte propose d’approfondir le suivi professionnel des parents seuls après un long congé parental, de maternité ou d’adoption. Ce suivi serait « déterminant durant cette période de transition, trop souvent synonyme de l’éloignement à l’emploi » et devrait être compris « comme un moment privilégié d’accompagnement » pour les salariés de foyers monoparentaux, souligne Mme Filleul.

La proposition de loi doit maintenant être examinée par la commission des affaires sociales au Sénat.

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