Scandinavie. Des « commissions de vérité » pour enquêter sur les injustices faites au peuple Sámi

Pas moins de 100 000 à 150 000 Sámi peuplent les régions arctiques scandinaves. Leur terre natale, souvent appelée la Sampi, couvre les régions septentrionales de la Norvège, la Suède et de la Finlande, ainsi que la Péninsule de Kola en Russie. [Shutterstock/footageclips]

Les politiques de l’ère coloniale dans le nord de la Scandinavie continuent de nuire à la vie des Sámi, leur culture et l’utilisation de leurs terres. Entretemps, des commissions « de vérité » voient le jour dans le but d’enquêter sur les injustices faites aux peoples indigènes par les autorités étatiques.

Pas moins de 100 000 à 150 000 Sámi peuplent les régions arctiques scandinaves. Leur terre natale, souvent appelée la Sampi, couvre les régions septentrionales de la Norvège, la Suède et la Finlande, ainsi que la Péninsule de Kola en Russie.

Depuis le 19e siècle au moins, ces pays pratiquent des politiques agressives d’assimilation afin de forcer les enfants Sámi à se soustraire à la culture dominante, et ce par le biais du système éducatif et de la religion.

Le Conseil de l’Europe et plusieurs organisations européennes de défense des droits humains ont condamné à maintes reprises le manque de représentation des Sámi dans les processus décisionnels nationaux.

Dans un entretien avec Euractiv, des représentants indigènes ont fait savoir que les mesures prises par les gouvernements nordiques continuaient de nuire à leur langue, éducation et mode de vie.

Si les transgressions aux droits à la culture et à la langue ont progressivement cessé, le changement climatique et l’exploitation des sols constituent de nouvelles menaces pour l’existence du peuple Sámi.

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« La pandémie a révélé les inégalités systémiques massives que subissent partout dans le monde les minorités, le personnel de santé et les femmes, qui font partie des populations les plus durement touchées », peut-on lire dans le rapport d’Amnesty International.

« Commissions de vérité »

Les Parlements Sámi à travers l’Europe septentrionale ont proposé de créer des « commissions de vérité », s’inspirant de la Commission canadienne de vérité et réconciliation (CVR), dans le but d’endiguer la discrimination systémique.

Mise sur pied en 2008, la CVR a recueilli les témoignages d’Autochtones qui avaient été enlevés à leur famille durant leur enfance avant d’être placés dans des pensionnats à travers le pays. Pendant six ans, les commissaires ont entendu plus de 6 000 témoins, parmi lesquels plusieurs avaient subi des violences physiques et sexuelles.

De même, les commissions d’Europe du Nord devraient mettre à disposition des services de soutien psychologique pour les participants afin de les accompagner avant et durant leurs audiences publiques.

L’organe norvégien afférent a vu le jour en 2018, tandis que le gouvernement finlandais s’est accordé sur la formation d’une commission de vérité en 2019 et Stockholm s’y est attelé en 2020.

Toutefois, de son côté, la Russie est à la traine sur ces questions. Moscou a d’ailleurs tenté à plusieurs reprises de réduire les voix indigènes au silence.

La plupart des mandats des commissions de vérité devraient s’étendre sur plusieurs années.

Interrogé sur les mesures nécessaires pour contrer la discrimination ethnique des Sámi, Tuomas Aslak Juuso, président du Parlement sámi de Finlande, a déclaré à Euractiv que la meilleure solution était de se sensibiliser les pays d’Europe septentrionale aux droits de l’homme.

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D’après lui, « il est crucial de rappeler que le respect des droits humains fait partie du noyau démocratique des pays nordiques, des pays où beaucoup croient que nous sommes bien placés en la matière ».

« C’est la raison pour laquelle nous avons besoin de commissions de réconciliation. Nous devons reconnaître que nous avons mal agi en suivant des pratiques coloniales qui nuisent toujours grandement aux groupes Sámi », a-t-il ajouté.

En outre, parmi les sujets épineux figure le manque de confiance de Sámi.

« La majorité de la population Sámi a appris qu’elle était de classe inférieure », met en lumière un rapport de 2018 sur la faisabilité des commissions de vérité rédigé pour le Premier ministre finlandais.

« Les Sámi soupçonnent que le gouvernement finlandais tente de redorer sur blason sur la scène internationale en tant que pays qui respecte les droits de l’homme alors qu’il continue de saper leurs libertés », peut-on lire dans le document.

Aux yeux de M. Juuso, les actions visant à sensibiliser la population et les moyens mis en place pour saisir au mieux la situation des Sámi pourraient permettre de dissiper les relents discriminatoires à leur égard.

« Il est primordial que les gouvernements s’engagent à appliquer ces droits, qui ont été promis et qu’ils sont contraints de respecter », a déclaré le représentant finlandais.

Coup de projecteur sur l’Europe

Tandis que l’UE met actuellement à jour sa politique arctique, qui devrait être publiée d’ici à la fin de cette année, les jeunes représentants de l’Arctique européen ont appelé les décideurs politiques à garantir la place de la jeunesse et des indigènes dans leurs actions.

« Peut-être que par le passé, d’une manière générale, les autorités avaient tendance à délaisser les populations arctiques, les indigènes et la jeunesse », a avancé Michael Mann, l’ambassadeur de l’UE pour l’Arctique, lors d’un évènement organisé par Euractiv.

À cette occasion, les parties prenantes arctiques ont souligné que l’identité était primordiale pour la jeune génération, qui « protège la langue sámi, les us et coutumes, et ce malgré une politique agressive d’assimilation ».

Les enfants issus de l’immigration, toujours désavantagés au sein du système éducatif allemand

En Allemagne, la réussite d’un enfant à l’école est étroitement liée à son foyer. Les personnes issues de la migration semblent toujours être particulièrement touchées par les inégalités structurelles. Un article d’Euractiv Allemagne. 

« Les Sámi risquent de perdre leur terre en raison, entre autres, de la création de parcs éoliens pour produire de l’énergie renouvelable. L’élevage de rennes et les projets industriels sur les terres natales des Sámi ne peuvent pas coexister », a maintenu Enni Similä, présidente de l’association de jeunesse Sami en Finlande.

« Nous avons analysé de près les différents procès qui se sont déroulés dans les pays d’Europe septentrionale et qui visent à sauvegarder ces terres ainsi qu’à protéger les modes de vie des indigènes », a conclu l’envoyé spécial européen. Affaire à suivre.

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