Suppression de la jupe obligatoire : une première victoire pour les salariées de McDonald’s France

McDroits

Le Collectif McDroits a obtenu gain de cause la semaine dernière en abolissant un symbole du sexisme systémique, le port de la jupe obligatoire. [© Ana Gayon Photographies]

Suite aux nombreuse révélations de cas de harcèlement et de discrimination en tout genre au sein de la multinationale américaine, le collectif McDroits a obtenu gain de cause la semaine dernière en abolissant un symbole du sexisme systémique. Si rien dans le règlement de McDonald’s n’était spécifié, le port de la jupe obligatoire était d’usage dans les restaurants du groupe.

Non, nous ne sommes pas au 19ème siècle, époque durant laquelle une loi interdisant le port du pantalon aux femmes était en vigueur à Paris, mais bien en 2020.  Sous la pression initiée il y a plusieurs mois de cela par le Collectif McDroits, la direction de McDonald’s France s’est engagée à abolir le port de la jupe obligatoire dans ses restaurants, qu’ils soient franchisés ou non. De nouvelles formations destinées à l’ensemble des salariés afin de prévenir le harcèlement sexuel sont également en cours d’élaboration. Une première victoire.

« Les problèmes de harcèlement sexuel, de violence au travail et d’atmosphère sexiste chez McDonald’s ou dans des entreprises de restauration rapide existent dans de nombreux pays », explique à EURACTIV France Nicholas Allen, syndicaliste américain directeur des affaires internationales de l’Union internationale des employés des services (UIES), qui coordonne les actions menées contre le géant de la restauration rapide.

Une lutte systémique et mondiale

L’UIES et la Fédération internationale des syndicats de l’agro-alimentaire ont déposé en mai une plainte auprès de l’antenne de l’OCDE aux Pays-Bas pour non-respect des lignes de conduites des multinationales élaborées par celle-ci, qui inclue des cas de harcèlement sexuel documentés dans sept pays. « Au Royaume-Uni, en France, au Brésil ou encore aux États-Unis, des procédures judiciaires sont également en cours. Mais le mouvement social montre des résultats plus immédiats, car l’entreprise n’aime pas discuter de ces sujets à la lumière du jour », estime M. Allen. Un mouvement #MeTooMcDonalds avait même été lancé aux Etats-Unis.

Cependant, les solutions prendront du temps pour se mettre en place à grande échelle. En France, la direction a pour l’heure envoyé une note interne pour abolir le port de la jupe obligatoire dans ses restaurants de la région parisienne, premier champ d’action du collectif.

« La direction a envoyé un recommandé à tous les restaurants d’Île-de-France afin d’expliquer que le port de la jupe ne devait pas être imposé aux salariées par leurs supérieurs hiérarchiques, explique Maylis, porte-parole de McDroits.  McDonald’s s’est aussi engagé à généraliser ça partout en France par la suite, puis ailleurs en Europe. »

« Venez comme vous êtes », un slogan à double tranchant chez MacDo

« Venez comme vous êtes », c’est le slogan fétiche de MacDonald’s. Mais les 114 témoignages de salariés recueillis récemment en France raconte une toute autre histoire. Racisme, sexisme, harcèlement, grossophobie et même violences sexuelles, tout y passe. Vendredi 16 octobre, des employés de la multinationale ont manifesté devant le siège de l’enseigne.

Si la jeune femme se félicite de cette avancée de taille, le collectif est moins satisfait des propositions du groupe quant aux nouvelles formations qui seront proposées. « C’est une semi-victoire, estime-t-elle. Les formations en question sont certifiantes mais elles jouent sur les mots. En réalité, elles certifient simplement que le manager a été formé, mais pas que la formation en elle-même a été certifiée par un organisme spéclialisé sur les questions de harcèlement sexuel ou de comportements sexistes ».

« Nous exigeons donc que ces formations soient co-construites avec des salariés et des associations expertes. Pas qu’elles se résument à la lecture d’un PDF avec un QCM bouclé en 30 minutes comme c’est le cas actuellement ».

Pour M. Allen, le processus sera long. « McDonald’s reste une entreprise assez allergique à la notion de partage de pouvoirs avec les salariés. Pour nous la solution structurelle pour lutter contre ce fléau est de favoriser un système qui permette aux salariés de se syndiquer, l’organisation collective sur le lieu de travail étant l’outil le mieux adpaté. Les formations, il y en avait déjà… ». 

Interrogé par RSE Magazine le 5 novembre, le directeur des ressources humaines de McDonald’s France Salime Hassam a précisé qu’actuellement, « dès qu’un comportement déplacé est détecté ou fait l’objet d’une alerte, la direction des restaurants lance une enquête interne ». « Mais là encore, nous sommes déterminés à faire plus et mieux pour protéger tous les salariés. »

De nombreux problèmes à traiter

Restent également les cas de discriminations en tout genre, notamment à caractère raciste. La discussion est rude : « il y a plein de sujets que nous n’avons pas eu le temps d’aborder, car la direction était pressée. Certains sujets n’ont pas encore fait l’objet de prise de conscience de la part du groupe, raconte Maylis, comme l’utilisation du prénom d’usage pour les personnes trans. »

L’entreprise part en effet de loin. « Les problèmes sont très étendus dans le secteur et ce n’est pas surprenant, anlyse M. Allen. Celui-ci est caractérisé par des conditions de travail assez mauvaises, un taux de syndicalisation assez faible et des employés plutôt jeunes, précaires et à très bas salaires,  donc plus vulnérables à l’exploitation. Là où il y a un respect du salarié, on peut davantage lutter contre ces problèmes et les éliminer. »

McDonald’s a de plus été accusé d’optimisation fiscale au Luxembourg. En septembre 2018,  après trois ans d’enquête, la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager avait finalement statué que celle-ci était légale, reconnaissant toutefois que « McDonald’s n’avait payé aucun impôt sur les bénéfices en cause, ce qui n’est pas conforme au principe d’équité fiscale ».

« Il y a une certaine hypocrisie, d’autant plus au vu de la crise sanitaire que nous traversons, déplore M. Allen. Moins d’impôt cela signifie moins d’infirmières, moins d’argent pour les hôpitaux… C’est pourquoi nous tentons de maintenir une critique globale de l’entreprise. Il n’y a pas juste un problème, mais tout un modèle qui est mis en œuvre. »

« La bonne nouvelle est que le changement n’est pas impossible. Au Danemark, les syndicats ont pu lutter et obtenir des choses au fil des années, poursuit-il. Aujourd’hui, McDonald’s fonctionne là-bas comme une entreprise plutôt responsable, avec des syndicats bien établis, des impôts payés au Danemark,  en faisant tout de même des profits. »

Prochaine étape pour le Collectif McDroits, un autre rendez-vous avec la direction. Les salariés doivent encore négocier une date mais s’ils n’ont pas de réponse, Maylis est formelle : « nous prévoirons d’autres actions. C’est comme ça que les choses changent. Quand on commence à attaquer leur image, ils commencent à s’intéresser à nous. »  Preuve que la lutte paie. Et continue.

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